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15 mai, 2011

Rencontre Intercommunautaire des fractions Inhadhan de l’Adagh. Kidal les 8, 9 et 10 mai 2011

Classé dans : histoire — ibrahim ag mohamed @ 15:42

RENCONTRE INTERCOMMUNAUTAIRE DES FRACTIONS INHADHAN DE L’ADAGH : KIDAL, LES 8, 9 ET 10 MAI 2011

RAPPORT GENERAL :

Du 8 au 10 mai 2011, les fractions Inhadhan de l’Adagh se sont rencontrées dans l’enceinte de l’Assemblée régionale de Kidal

I Des objectifs de la rencontre :

1. Faire connaître la place des Inhadhan dans le développement de la culture touarègue de l’Adagh

2. Faire découvrir le rôle que jouent les Inhadhan dans le développement économique et social de l’Adagh

II Des participants ;

La rencontre a enregistré la participation des Inhadhan de l’Adagh et de ceux de la région de Gao et de la diaspora (Arabie Séoudite, Niger et Algérie). Y étaient également des hommes de culture, des chefs de fractions, des élus locaux, des élus nationaux et autres notables de la région de Kidal.

III Du déroulement de la rencontre :

La rencontre a commencé par la lecture de la sourate du Coran « Asajda » par Aboubacrène AG M’Bakissa.

L’ouverture a été prononcée par le conseiller aux affaires économiques et Financière du Gouverneur de Kidal, monsieur Ahmed Mohamed AG GUIDI après les mots de bienvenue du Coordinateur des fractions Inhadhan de l’Adagh, monsieur Mahamad AG WANBADJA, ceux du chef de la fraction Inhadhan de Kidal, monsieur Amzahane AG AHMED et le discours du maire de la commune urbaine de Kidal, monsieur Arbacane AG ABAZAYACK.

La journée du 08 fut essentiellement consacrée à la conférence débats sur « la place des Inhadhan dans la société touarègue de l’Adagh ».

Elle était animée par monsieur Ibrahim AG MOHAMED, professeur d’Enseignement Fondamental et Directeur du Centre Régional de la Promotion de l’Artisanat de Kidal.

Les différents chapitres abordés furent :

  1. Aperçu sociologique sur les Inhadhan (origine des Inhadhan, typologie sociale des Inhadhan)
  2. Rapports des Inhadhan avec les autres couches sociales touarègues selon les normes traditionnelles
  3. Privilèges accordés aux Inhadhan dans les traditions Kel ADAGH
  4. Apprentissage du métier de l’enhadh
  5. Situation des rapports avec les autres groupes sociaux à l’heure actuelle.
  6. Rôle des Inhadhan dans le développement socioculturel et économique de l’Adagh
  7. Point de vue des Inhadhan sur la question de la paix.

L’exposé fut suivi de questions relatives à l’endogamie chez les Inhadhan, au rôle politique des Inhadhan, à l’origine de la selle de chameau appelée « Tamashaqt ».

Les participants ont fait huit recommandations (cf liste des recommandations)

La journée du 9 a été consacrée à la rencontre interne des fractions Inhadhan.

Elle a permis d’examiner les recommandations faites par les notables et s’est penchée sur leur applicabilité.

Les concertations internes ont permis de répondre à 3 recommandations :

L’unité des Inhadhan et la désignation d’un chef unique

    Sur la question, les fractions Inhadhan ont maintenu comme coordinateur de toutes les fractions Inhadhan, monsieur Mahamad Ag WANBADJA

    1. Consolidation de la cohésion sociale des Kel ADAGH :

    Les Inhadhan sont d’accord pour jouer ce rôle. A cet effet, une commission de 12 notables Inhadhan a été mise en place et est chargée d’élaborer les stratégies nécessaires à la facilitation de son travail.

    1. La rencontre internationale de Kidal incluant les Inhadhan du Mali, du Niger, du Burkina Faso et de l’Algérie. Elle est souhaitée pour saison froide 2013, après celle des Inhadhan de l’Adagh en 2012.

    La rencontre a formulé des recommandations à l’endroit des notables, hommes politiques de l’Adagh et du gouvernement de la République du Mali (cf recommandations)

    La journée du 10 a vu la finalisation des documents et recommandations, la lecture du rapport et desdites recommandations.

    La cérémonie de clôture fut prononcée à 17 h 00 par le Directeur du Centre Régional de la Promotion de l’Artisanat de Kidal, ayant représenté le Gouverneur., après le discours du Coordinateur des Fractions Inhadhan et celui du maire de la commune urbaine de Kidal.

    Fait à Kidal, le 10 mai 2011

    LE RAPPORTEUR

    MOTIONS DE REMERCIEMENTS :

    En mentionnant que la rencontre qui s’achève a été presque entièrement prise en charge du point de vue financier, matériel et logistique par les chefs de fractions et notables de l’Adagh, dans le respect de nos vieilles et bonnes traditions ;

    Les Inhadhan remercient tous les chefs de tribus, de fractions et tous les notables de l’Adagh du fond du cœur à commencer par l’honorable Intalla AG ATTAHER.

    Nos remerciements vont également :

    - à monsieur le gouverneur de la région de Kidal et à son cabinet ;

    - à tous les élus locaux et nationaux de la région de Kidal ;

    - à monsieur le maire de la commune urbaine de Kidal ;

    - à l’ORTM Kidal, à la Radio Tisdas et à l’AMAP pour la bonne couverture de l’événement ;

    - au commissariat de police de Kidal ;

    Que tous ceux dont nous taisons le nom, trouvent ici notre entière reconnaissance.

    RECOMMANDATIONS :

    Recommandations du 8 mai faites par les notables et hommes de culture

    . Les notables et hommes de culture,

    - Considérant le rôle très important dévolu aux Inhadhan dans la société de l’Adagh,

    - Considérant leur attitude et leur philosophie pacifistes,

    - Considérant la faible organisation et les querelles de leadership au sein des Inhadhan,

    leur sous scolarisation et leur sous-équipement, recommandent :

    1. Que les Inhadhan s’investissent de la mission de médiateurs pour consolider la cohésion sociale des Kel Adagh,
    2. Que les Inhadhan taisent leurs querelles et s’unissent autour d’un chef unanimement reconnu ;
    3. Que les Inhadhan organisent une rencontre internationale à Kidal à laquelle prendront part les Inhadhan du Mali et ceux de la diaspora et au cours de laquelle seront jetées les bases d’une encyclopédie du savoir-faire des Inhadhan
    4. Que les acteurs à tous les niveaux aident les Inhadhan à scolariser leurs enfants ;
    5. Que les Inhadhan s’équipent de matériel de travail moderne pour une meilleure professionnalisation de leur production.
    6. Que les collectivités prennent en compte dans leurs programmations les activités d’artisanat des Inhadhan ;
    7. Que les Inhadhan se forment au marketing ;
    8. Que les structures d’Artisanat portent les noms des patriarches Inhadhan

    Recommandations faites par la rencontre interne des Inhadhan le 9 mai 2011 :

    – Conscients que l’Adagh a des atouts pouvant en faire une région phare en matière de sécurité au Mali en particulier et au Sahel en général ;

    – Considérant que les tensions dans l’Adagh sont surtout d’ordre politique et économique ;

    - Considérant que l’inoccupation des jeunes est sources de toutes sortes de tentations ;

    Les Inhadhan recommandent :

    1. Aux chefs de fractions et autres notables, de lutter efficacement contre le banditisme et rapts de véhicules ;
    2. Aux hommes politiques d’adopter avant les élections (municipales et législatives) une gestion consensuelle du pouvoir où toutes les fractions de l’Adagh auraient entière satisfaction
    3. Au gouvernement de notre pays, une installation et une réinsertion pragmatique des jeunes gens qui reviennent de libye.

    Recommandations de la commission des bons offices des fractions Inhadhan de l’Adagh

    La commission, considérant l’ampleur de la tâche à elle confiée par les notables,

    Recommande :

    1. sa reconnaissance officielle auprès de l’Administration publique, des collectivités et des populations de l’Adagh ;
    2. sa dotation en moyens adéquats chaque fois que besoin est, afin de mener à bien sa mission

    LISTE DES MEMBRES DE LA COMMISSION DES BONS

    OFFICES DES FRACTIONS INHADHAN DE L’ADAGH :

    1. Président : M. Amazahane AG AHMED
    2. Rhissa AG ALBAKA
    3. Khlayfa AG ABLEYAL
    4. Moha AG AMAZAHANE
    5. Intahabot AG MAHAMAD
    6. Sarid AG MOSSA
    7. M’BAkissa AG IBRAHIM
    8. Wantikan AG SIDI MOHAMED
    9. Kany AG MOHAMED
    10. BAyass AG SIDI MOHAMED
    11. Abilal AG ISMAGHIL
    12. Sidaghmar AG ABOUBACRENE

    CONFERENCE DEBATS:

    THEME: Place des Inhadhan dans la société touarègue de l’Adagh

    I Le rôle des Inhadan dans la culture Touarègue

    A/ Aperçu sociologique sur les Inhadhan :

    Les Inhadan sont désignés de nos jours par plusieurs vocables en Français : forgerons, artisans, artisans touaregs.

    De par le travail qu’ils exercent, nous préférons les appeler artisans touaregs. Leur artisanat d’art est particulier mais en plus, au-delà du travail de forgeron, ils transforment les métaux, le bois et le cuir avec dextérité.

    Ils ont les mêmes caractéristiques anthropologiques dans l’ensemble du monde touareg. Tous s’accordent à dire q’ils ne sont pas de type négroïde, mais de race blanche et le travail que leur a confié la société est sensiblement le même partout.

    On les retrouve dans l’Ajjer, dans le Hoggar, mais restent nombreux dans l’Adagh, et plus nombreux dans l’Aïr et chez les Iwillimiden.

    Les Inhadhan sont très endogames, ce qui contribue à la conservation de leurs savoirs faire et renforce l’unité de leur société dans toutes les régions touarègues. Dans certaines régions dont l’Adagh, ils ont une danse spécifique (« Abakalla ou Tiwinhadhen ») qui se fait au son de la guitare traditionnelle à trois cordes, utilisée par les griots en Afrique sub-saharienne (« kamalen ngoni »)

    B/ De l’origine des Inhadhan :

    Selon Henri Lote, « ils sont d’origine israélite et qu’ils furent « expulsés en 1492 par Merihli ». E. Bernus citant Foucauld, ajoute : « D’après des traditions, certains d’entre eux sont d’origine israélite , venus du Maroc à une époque reculée, par les bords de l’Océan à la suite des tribus berbères qui conquirent l’Adghagh ». Certaines traditions orales les font venir d’Ethiopie en insistant sur leur ancienne christianisation qui se verrait à travers la croix très présente dans leurs objets d’artisanat comme la selle du chameau, certains couteaux, les sabres…

    Les entretiens avec certains Inhadhan de Kidal corroborent ces informations.

    C/ Typologie sociale :

    Traditionnellement, les Inhadhen sont classifiés essentiellement suivant deux critères : Leur savoir-faire technique et la tribu ou fraction à laquelle ils sont rattachés. Dans certaines régions du Mali, ils se rattachent aux fractions Imghad, Iwillimiden, Kel Intsar.

    Dans l’Adagh, ils vivent surtout jusqu’ici à l’intérieur des fractions ifoghas (Taghat mallet, Kel Affala, Irayakan, Ifargoumissen) ; Idnan et Kountas.

    En partant des savoir-faire, on peut distinguer des Inhadhan spécialistes du bois, du métal ou des deux (travail surtout réservé aux hommes alors que les femmes Tinhadhen, elles s’occupent du travail du cuir), mais aussi ceux ayant des fonctions politico-sociales que leur confient certains notables des fractions et/ou tribus auxquelles ils sont affiliés.

    Dans certaines régions comme l’Aïr, on distingue :

    1. les Inhadhan spécialisés dans le travail des métaux, subdivisés en inhadhan wi-n tazoli ta-kawalet (qui transformant les métaux ferreux) ; en inhadhan wi-n tazoli ta-mallet (qui transforment les métaux non ferreux)

    2. Les inhadhan fabricants des selles de chameau de très haute qualité: inhadhan wi-n Tamnanadh.

    3. Les inhadhan inesfadan, intendants, démarcheurs, informateurs des chefs des tribus ou fractions auxquelles ils sont rattachés. Cette fonction est très discrète sinon non explicite chez les Kel Adagh. Elle se confirme chez les Iwillimiden où en plus ils reçoivent les étrangers et s’occupent de leur confort.

    E. BERNUS a révélé par exemple que l’acte de soumission et la convention de 1901 entre Mohamed EL KOUMATI de Thaoua et les Français ont été signés par son anesfada du nom de Badiden.

    Les Inhadhan de l’Adagh sont des généralistes qui transforment autant les métaux que le bois et le cuir.

    II Rapports des inhadhan avec les autres couches sociales touarègues.

    La société touarègue en général voit les Inhadhan comme un groupe social particulier, détenant un savoir faire technique spécifique dont elle ne peut se passer, mais en même temps un groupe dont tous s’abstiennent d’avoir des liens de mariage.

    L’on pense que ce savoir faire est doublé d’un savoir ésotérique qui renforce sa technicité et ses rapports à la nature et à la matière sur laquelle il travaille.

    Des préjugés existent quand à leurs qualités morales. On condamne leur « caractère rusé », leur « légèreté dans le langage », leur « colportage de nouvelles »…Tout ceci procède en réalité de l’option qu’ils ont prise de « banaliser la vie », le bien matériel, de la préciosité…

    En somme une philosophie de vie qui leur est propre.

    Par ailleurs, l’ « Enhadh » est le contraire du targui, noble avare en paroles, pudique, discret et répugnant certains travaux manuels qui ne cadrent pas avec sa classe sociale. La prise de conscience de cette « différence » dès les premiers contacts peut avoir sous-tendu ces préjugés.

    Les Inhadhan sont connus pour être des gens pacifiques ne faisant rien en dehors de leur travail d’artisans. Autant ils se replient sur eux-mêmes (endogamie), autant ils évitent toute confrontation physique ou morale avec les autres, même s’ils ont une certaine liberté de parole que les autres couches sociales n’ont pas.

    Ainsi, E. Bernus écrivait : « Dans la société touarègue, les rôles sont distribués et les forgerons doivent se conformer à celui qui leur est dévolu : ils se servent de ce rôle pour agir et s’exprimer avec une liberté interdite aux autres. Mieux encore, leur libre langage est utilisé pour faire dire aux forgerons ce que beaucoup ne peuvent exprimer eux-mêmes en raison de leur propre pudeur : à la demande des autres, des histoires graveleuses, des devinettes scatologiques sont dites par les forgerons au cours des réunions et de graves imajeghen ou imghad rient à gorge déployée, alors que les ineslemen esquissent un sourire navré. Les rôles de chacun sont complémentaires et inscrits dans un cadre reconnu par tous. »

    III Les privilèges accordés aux inhadhen dans les traditions Kel Adagh :

    Le Contrat moral, social et économique :

    La société Kel Adagh reconnaît tacitement certains privilèges aux Inhadhen :

    • leur prêter une assistance matérielle et policière permanente,
    • leur prêter ou leur donner des animaux à traire pour se nourrir («tiyyaten») ;
    • leur donner des rations alimentaires sèches ;
    • les protéger contre toutes atteintes à leur personne physique ou morale.
    • Lorsqu’un animal est égorgé dans le campement, la part toujours réservée d’office aux inhadhan est la «tanacharmoyt» appelée aussi «siknis inhadhan», qui peut se traduire par « celle quifait disputer les inhadhan». C’est un morceau de viande qui se situe entre le cou et le cage thoracique de l’animal et comprenant les dernières côtelettes en allant vers le cou et quelques vertèbres dorsales.
    • Lorsqu’il y a un mariage chez les Kel Adagh, la tradition veut qu’on fasse la cérémonie de la «Taghtist», un bœuf est pourchassé par des chameliers qui lui coupent les pattes au sabre pour l’immobiliser. Le reste de l’animal est laissé aux Inhdhan.

    La rémunération :

    Dans la société traditionnelle Kel Adagh, l‘enhadh ne fixe pas le prix de ses objets à l’avance. Quand quelqu’un lance une commande, il lui fixe un délai et une fois l’objet est récupéré, son acquéreur le rétribue selon un forfait tacitement connu de tous.

    Taxes et amendes au bénéfice des inhadhan :

    1. Lorsqu’une tierce personne passe par-dessus les soufflets, elle est « prise » par les inhadhan jusqu’à paiement d’une amende qu’elle aura elle-même indiquée. Si c’est une jeune fille, elle sera « délivrée » par un jeune garçon et inversement. Si c’est une femme mariée, elle le sera par son mari et inversement.

    2. La lime et le marteau :

    Lorsqu’on garde endommage la lime de l’enhadh, on paie pour chaque rayure un caprin ou un ovin.

    Pour le marteau, chaque jour d’inactivité occasionnée par la confiscation ou la perte du marteau équivaut à un caprin ou un ovin.

    On le voit, ces normes tout en ayant un rôle de prévention de situations conflictuelles, règlent en partie les rapports entre les inhadhen et les autres touaregs tout en engendrant pour ces derniers des revenus ponctuels.

    IV L’apprentissage du métier d’ enhadh :

    Une maxime chez les Kel Adagh dit : « iggat enhadh ilammad awinhadh », ce qui peut se traduire par : « l’enhadh martèle et son petit apprend ». Cette maxime contient une vérité générale sur le début de l’apprentissage dans la forge. En effet, celui-ci commence par des séances d’observation suivies de travaux pratiques. Le jeune garçon apprenant ramasse du bois ou des ferrailles inutilisées et essaie de leur donner une forme en les taillant et en les martelant. Il en est de même pour la fille (« tawinhadt ») qui observe sa mère faire pour faire à son tour. Les adultes qu’ils imitent redressent leurs erreurs. Le processus continue plus tard par la confection d’objets sous la supervision du tuteur. Lorsque l’apprenant atteint le stade d’autonomie dans e travail, il devient le compagnon de son père ou de son tuteur. Celui-ci met

    à sa disposition le matériel minimum de travail. Pour le grçon, il s’agit de l’enclume (tahunt d-abaracha) ; la pince (eghimdan) ; le marteau (afadhis) et la lime (azazzawa). L’on retient cependant que même à ce stade, le nouveau maître enhadh ne quitte pas son père ou sa mère, mais allège les travaux de ceux-ci en restant à leurs côtés et en participant à la prise en charge des dépenses familiales. La vie en famille large « amazzagh » est aussi une caractéristique particulière de ce groupe social.

    Nous pensons que pour un meilleur ancrage dans le contexte national et international actuel et une bonne compétitivité, la scolarisation reste un atout de taille. Mais comme le constate Monsieur Ambeyri Ag RHISSA, les Inhadhan « …ne sont pas non plus à l’abri de la réticence à la scolarisation alors que celle-ci peut leur ouvrir de grands horizons ».1

    V Situation des rapports avec les autres groupes sociaux à l’heure actuelle :

    Aujourd’hui, avec la mondialisation, l’économie de marché, l’ouverture de la région aux marchés extérieurs, force est de reconnaître que le schéma des rapports dans la société Kel Adagh en général a quelque peu changé, entraînant de fait une variation des rapports des Inhadhan avec le reste de la société. Cependant, cette réalité prévaut surtout en milieu urbain.

    Entre les Inhadhan et certains notables des fractions auxquelles ils sont historiquement liés, les rapports sont intacts, les traditions sont respectées : don de la « taghtist », prêt de laitières « tiyyaten » ; non fixation de prix pour les objets confectionnés à la demande ; satisfaction sans conditions des doléances des inhadhan .

    Avec les autres groupes sociaux, d’une manière générale, les rapports sont quelconques.

    Il est à noter qu’avec la Décentralisation, il y a souvent des frictions entre inhadhan et agents de certaines communes à cause de la coupe des arbres, les premiers étant convaincus qu’ils le font à des fins utiles à toute la communauté et les seconds pensant que les premiers sont des prédateurs de l’environnement. Cela soulève la question de la formation des inhadhan et de la communauté tout entière pour la gestion d’un environnement plus que fragile, puisqu’une bonne partie des objets utilitaires est en bois local.

    Un fait très positif reste que jusqu’à ce jour le reste de la société la société Kel Adagh continue à respecter l’intégrité physique et morale des Inhadhan.

    VI Rôle des Inhadhan dans le développement socio-culturel et économique de l’Adagh :

    Tout laisse à penser que dès les premiers contacts, les tribus guerrières touarègues ont senti l’impérieuse nécessité d’avoir leurs fabricants d’armements : sabres, couteaux, harpons, flèches, boucliers… et plus tard, entretien des fusils. Et puisque la guerre ne peut se faire sans la monture adéquate qu’est le dromadaire, il fallait lui fabriquer une selle solide résistant aux charges de l’ennemi et aux capricieux dérapages de l’animal : la « tahyacht ».

    Les inhadhan savent confectionner tous ces objets de manière admirable. Plus tard, dans l’Adagh, ils importent les techniques de fabrication de la « tamzadjt » (selle de parade joliment ornée) d’Agadez et en deviennent maîtres.

    Les objets utilitaires sont fabriqués pour toutes les activités : poulies, pioches, pièges, chaussures en cuir (« timbatimba et taghirogga », ustensiles et autres outils de cuisine, piliers principaux de la tente (« tidjittewen »), le porte écuelle et l’écuelle de lait elle-même…

    ___________________________________________________________________________

    1. Ambeyri AG RHISSA, Note sur la place des artisans forgerons dans la société touarègue

    Les objets d’art sont nombreux et certains sont encore des symboles de l’identité touarègue : oreillers, grands sacs ornementaux, bijoux : xumaysa, takardhé, aseyar…

    Un fait très frappant est que les Inhadhan restent très attachés quelques soient le lieu, les saisons ou les circonstances à la culture touarègue. Cette réalité se voit dans leur comportement vestimentaire, mais est en plus renforcée par le fait qu’ils sont les seuls et uniques dépositaires des techniques de fabrication de certains objets et outils identitaires touaregs. Ainsi, « ils contribuent donc à faire découvrir et connaître la culture touarègue par le monde extérieur, à la promotion de l’économie de la communauté touarègue d’abord et nationale ensuite… »2

    Les Inhadhan ont porté et continuent de porter haut l’artisanat d’art de l’Adagh en particulier et celui du Mali en général. Ils ont à leur actif de nombreuses participations aux salons et foires nationaux et internationaux, couronnés de prix et de ventes.

    Certains Inhadhan de l’Adagh travaillèrent en Haute Volta (actuel Burkina Faso). Une médaille d’argent y avait été décernée à Wnbadja Ag Hamed pendant 2 ans, de 1963 à 1965. Ils se rendirent ensuite au Niger qu’ils quittèrent qu’ils ne quittèrent qu’en 1990. Ils y ont obtenu de nombreux prix.

    Dans le cadre du Festival « Tombouctou 2000 », les inhadhan de Kidal avaient été ciblés pour la formation de ceux de Tombouctou et de Bamako en maroquinerie.

    Participation aux foires expositions au niveau national et international :

    Kidal en 1968, 1970

    Togo 1991

    Ghana 1992

    Caméroun 1993

    Gao 1996 et 2003 avec obtention du 1er prix

    Tombouctou 2000 ; 2001 ; 2003 ; 2004

    Ségou 2004

    Mopti 2005

    Bamako 1995, 1er prix FNAM en maroquinerie ;

    -//- 1996, 1er prix Chris Seydou en maroquinerie

    -//- 1997 ; 1999 ; 2000 ; 2001 ; 2002 ; 2003 ; 2005, 2e prix en maroquinerie

    Bénin 1996

    Buurkina Faso 1996, 1er prix du SIAO ;

    -//- 2003, 1er UEMOA en maroquinerie

    -//- 2006, 1er prix en décoration

    Maroc 1996 2e prix UNESCO en décoration bois

    Niger 1998 et 2003

    Allemagne 2000

    Belgique 2000

    Angleterre 2000

    Gabon 2002

    Alger 2002

    Paris 2002

    Djeda 2003

    Suisse 2003

    USA 2003 et 2010

    Dubai 2004

    Guinée 2005

    Clamart (France) 2005 et 2006

    Italie 2006

    Dès 1990, les Inhadhan de Kidal aidés par certains notables et cadres de Kidal ont jeté les bases de l’organisation de l’Artisanat de la région.

    2. Ambeyri AG RHISSA, Note sur la place des artisans forgerons dans la société touarègue

    Au vu de tout ce qui a été évoqué, les notables et cadres de la région sont fortement interpellés à assister les inhadhan pour une meilleure organisation technique afin de préserver, améliorer et mieux diffuser une bonne partie du patrimoine culturel de la société touarègue.

    VII Point de vue Inhadhan et paix :

    L’attitude et la philosophie pacifistes des Inhadhan en fait un groupe toujours favorable à la paix. Ils affirment connaître la valeur de la paix : « nous avons tout eu dans la paix et estimons que notre travail et comme la culture touarègue en général ne peuvent s’épanouir que dans la paix. Notre vie est étroitement liée à celle du reste de la communauté touarègue sans laquelle nous n’existons pas. Et comme nous, toutes les fractions, toutes les tribus de l’Adagh sont interdépendantes et ne sauraient vivre les unes sans les autres. Nous déplorons que tous les incidents armés survenus dans l’Adagh aient servi à desservir notre image et à jeter un certain discrédit sur les valeurs éthiques qui caractérisent notre société.

    En considérant que le travail est une valeur sûre de notre société et une alternative à la guerre, nous incitons les jeunes à ne pas fuir nos activités économiques traditionnelles, mais plutôt à les améliorer et à en vivre pour développer notre région. A cet effet, l’on peut citer l’élevage, la culture du palmier dattier, le maraîchage, l’artisanat.

    Nous sommes aussi conscients que l’analphabétisme est pour beaucoup dans les tensions sociales, ce qui nous interpelle tous pour une meilleure scolarisation de nos enfants.

    Il serait intéressant, et nous le suggérons que tous les chefs de fractions et les notables de l’Adagh, renforcent les cadres de concertations afin de prévenir les tentions sociales et les conflits.

    Bibliographie :

    1. Casajus D. Article paru dans AWAL 5, 1989 124-136 sur L’Argot des forgerons touaregs

    2. Communication de Oliel J. enseignant chercheur, le samedi 18 octobre 2003 par Fabrice

    Angevin, professeur au collège Jean Vilar-les Mureaux

    3. Bernus E. Forgerons, Encyclopédie Berbère

    EDISUD 1998

    4. Ambeyri AG RHISSA, Note sur la place des artisans forgerons dans la société touarègue

    5. Nicolaisen J. Magie et Réligion Touarègue, 1962

    25 avril, 2011

    Vêtements et coiffures chez les Kel Adagh

    Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

    REGION DE KIDAL                                                            REPUBLIQUE DU MALI

                                                                                        UN PEUPLE-UN BUT-UNE FOI

     

     

     

     

    DOCUMENT SUR L’EVOLUTION DES TRESSES, PARURES ET

    COIFFURES DE 1960  A NOS JOURS DANS LA REGION DE KIDAL

     

     

    Vêtements et coiffures chez les Kel Adagh dans culture clip_image002

     

    Préparé par :

    M.  Ibrahim AG MOHAMED

    Chercheur indépendant, Directeur du Centre Régional

    de la Promotion de l’Artisanat de Kidal

     

     

     

     

    Novembre 2010

     

     

     

     

    Exposition objets d’art Biennale,  Edition 2010 à Sikasso :

    Tresses, coiffures et parures de 1960 à nos jours dans la région de Kidal

    En 1960, les traditions des Kel Adagh ne connaissaient pratiquement pas d’influence extérieure notoire. Les emprunts culturels s’inscrivaient plus dans le domaine de l’utilitaire et des services : riz du fleuve (Gao), appelé [« Alkukəš »] sabres et boubous de Kumasi (Ghana), litham du Nigeria, tissu guinée du Sénégal,  objets de maroquinerie du Niger, ustensiles empruntés au colonisateur…

    A partir de 1963, le projet social du régime socialiste bouleversa quelque peu ce schéma. Le métissage culturel et social qu’il prône fait que les tamasheqs en milieu urbain surtout,  sont imbus de la culture du sud du Mali et  surtout bambara. En 1973, la sécheresse ayant poussé les  jeunes à l’émigration, contribua à l’installation de nouvelles mœurs empruntées aux milieux arabes en ce qui concerne les parures, les tresses, la langue et les comportements vestimentaires.

     

    I LES TRESSES :

    De 1960 à 1980 : Pendant cette période,  les tresses n’avaient pas beaucoup changé dans les campagnes et dans les quelques sites urbains que comptait la région.

    Chez lez tamasheq de l’Adrar des Iforas, les tresses commencent à bas âge: 7-8 ans chez la fille. Au fil de son évolution physiologique, mentale et intellectuelle, les tresses évoluent dans leur forme et leur esthétique.

    Chez la fillette :

    La fille de 3-4-6 ans est coiffée en laissant seulement un filet  de cheveux de moins de 5 cm de large. Ce filet divise le crâne longitudinalement en deux parties égales. Ce filet s’appelle en tamasheq [« ašăgăda »] ou [« ăɣărkoba »]. De part et d’autre de celui-ci, on laisse des touffes de cheveux appelées [« tišəkka »] ou [« tifăgagen »]. Ces touffes la différencient du garçon qui,  lui a un filet semblable, mais avec une seule touffe [« tafăgagt »] du côté droit de la tête.

    A partir de 7-8 ans, sont seulement tressés les cheveux au dessus du front et ceux des extrémités latérales. Cette tresse, la vraie première s’appelle [« tiɣarɣiwen »]. Ce nom est devenu synonyme d’être fillette et une référence pour déterminer l’âge d’une fille

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    Dessins Ibrahim

    Rasage fillette (à en haut) et garçonnet (en bas)

     

     

     

    Chez la jeune femme :

    Les tresses les plus recherchées sont :

    Tišəkka : Les cheveux sont tressés en deux nattes (une de chaque côté de la tête). L’essentiel des cheveux est tressé  en arrière donnant deux cordes de part et d’autre du cou.

      Ibăndăn :  Ce type de tresses  consiste à tresser les cheveux en deux petites nattes distinctes qui commencent au dessus du front de part et d’autre de crâne chevelu en

    tăbanbayt :

    ăgola : se dit du filet de tresses assez gros commençant au dessus du front et bourré de sable cuit.

    arăt-er : qui signifie littéralement « derrière le cou ».

    [« tašəkkot »].  C’est une corde de cheveux tressés prenant naissance au dessus de l’occipital. Elle porte généralement une amulette [« tăkare »] qui doit porter chance à la femme et mettre la « baraka » dans son foyer. Cette amulette peut être encastrée dans de l’aluminium et/ou fourrée dans du cuir par une artisane (forgeronne).

     

    A partir de la sécheresse de 1973 et le déplacement massif des populations vers le sud du Mali, le Niger, l’Algérie et la Libye, les Kel Tamasheq se sont appropriés de nouvelles tresses. Il faut noter que celles-ci pas très nombreuses sont utilisées dans les milieux urbains. Il s’agit :

    • de certaines  tresses songhay,
    • de certaines tresses bambaras et (« bambara tur »), mot songhoi qui veut dire « tresses bambaras »,
    • certaines tresses arabes (agofa… )

     

     

     

     

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    Jeunes filles de l’école Baye AG Mahaha avec des tresses

    « Tišəkkaḍ ». Photo seydou A. Cissé

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Tresses « ăgola »

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    Photo Seydou A. Cissé

     

     

    II LES COIFFURES :

    Dans la région de Kidal, chez les Kel Tamasheq, les enfants ne portent pas de coiffures avant l’âge de la puberté.

    Le turban est la coiffure des hommes. Chacun à une façon personnelle de l’attacher, le plus souvent hérité de son père ou d’un parent proche. En ce sens, il est un élément identitaire fort. Au delà, c’est non seulement un instrument de pudeur, (cache certaines parties de la tête comme le sommet du crâne, la bouche et la barbe) mais aussi un moyen de préserver la tête de certaines intempéries : froid, chaleur, vent de sable. Le turban noir est même un cosmétique et aurait des vertus pour rendre à la peau du visage son unité.

     

    La fille au même âge  se voile le sommet de la tête,  la poitrine et les épaules avec un coupon du « tissu guinée ». Ce petit voile est appelé [« ekăršăy »]. Il est porté sur un boubou de couleur bleue ou blanche pour donner un accoutrement à deux tons.

    A l’âge adulte la femme met sur la tête un pan de son toungou « tasăɣnəst », cette action s’appelle « aswăr »

     

     

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    « Ekăršăy », Coiffure de fillette en tissu « guinée » noir

     

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    Jeunes filles avec différentes tresses et « ekăršăy » brodé

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Femmes en voiles  « légers » qui se sont répandus à partir des années 1990

     

    A 15-16 ans, le garçon adolescent entoure la tête d’un petit morceau du tissu qu’utilisent les adultes comme turban. Il laisse paraître le sommet de son crâne. Cette action se dit « ăkkorrăt » de « korɾət » : « mettre sur le sommet », sous-entendu de la tête. Une extrémité du petit turban reste pendante, laissant la bouche découverte.

    Dans la société ancienne, l’homme adulte portait deux turbans : un blanc au dessus d’un noir et deux boubous ; un noir au dessus d’un blanc : « Les Kel Adagh anciens, à l’instar des autres tamacheq, et certains même aujourd’hui se vêtent doublement : un boubou noir au dessus d’un boubou blanc et un turban blanc au dessus d’un turban noir.

    Dans la conception populaire, l’un lutterait contre le chaud (blanc) et l’autre contre le froid (noir). On considère que l’organisme humain est fait d’une partie dite froide

    ([« tisamdhe »])- des pieds au nombril- et d’une partie dite chaude ([« touksé »])- du nombril à la tête »1

     

    A partir des années 1970, les deux turbans sont quasiment abandonnés comme les deux boubous au profit d’un seul turban et d’un seul boubou ample.

    Le « chach » blanc, en tissu léger et transparent venu de la Libye a vécu une bonne période des années 80 toujours plus joli quand il est trempé dans le bleu « bula ».

    Ce type de turban était surtout porté par les jeunes hommes et était véritable objet de parade et de séduction. Pendant cette période, le litham ([« alăššo »]) est surtout porté par les chefs traditionnels et certains marabouts.

    Des années 90 à nos jours, le « chach » blanc est porté autant que le turban noir en [« bukar »], tissu Guinée. Il y a aujourd’hui une certaine répartition zonale du turban suivant la couleur :

     

    Le noir est plus répandu dans les zones nord et nord-est de la région,  (cercles de Tessalit, Abeïbara,  une partie du cercle de Tinessako et Nord du cercle de Kidal).

    Le turban blanc, le turban couleur terre et le turban vert dans le cercle de Kidal, surtout au sud.

    Les années 2000, voient un retour de certaines traditions : port plus important du litham et chez les hommes et chez les femmes, port des deux turbans, blanc et noir, surtout lors des manifestations culturelles. L’on peut affirmer que cet élan a été

    favorisé par la politique du Mali en matière de culture (organisations de festivals, de semaines artistiques et culturelles, salons et foires). On peut y associer l’exemple que donnent les groupes musicaux de l’Adagh lors de leurs productions en public: Tinariwen, Amanar, Tamikrest, Tartit…,

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    1. Ibrahim AG Mohamed : Pratiques divinatoires chez les Kel Adagh : cas des Idjachan ; volume 7 de l’Ouest Sharien, Editions l’Harmattan, décembre 2009

     

     

     

     

    Photo : Seydou Abba Cissé, Tanaïnaït, nord du cercle de Kidal

    Prédominance du turban noir

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    Photo Ibrahim

    Forum de Kidal : Ifoghas, Kuntas et alliés

    Turbans divers

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    III LES PARURES :

    Si l’homme peut s’en passer, on ne concède pas dans l’Adagh à une femme de rester sans parures.

    De 1960 aux années 80, les parures  chez les femmes ont évolué comme suit :

    Chez la jeune fille :

    [« Eark-dalen » ]: « le collier bleu » ; fait de perles bleues, moyennes

    išəbjan n-timăɣwanen : bracelets formés de petites perles à un ton ou à plusieurs (bleu, rouge, noir). Ils sont petits chez la fillette et la jeune fille, plus gros pour les femmes adultes. Les perles chez les fillettes sont reliées par un fil de synthétique ou de coton. Chez la femme adulte, elles ont pour support un bracelet en cuir.

     [«Ilkəzăn »] : Première forme de bracelets en argent. Ils sont assez gros. Portés aux poignets,  ils sont très visibles à cause de leur grosseur.

    [« Imănănaăn »] : bracelets en argent, torsadés. Ils ont ravi la vedette aux « ilkəzăn »

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    Bracelets : « imănănaḍăn »

    clip_image024[« Ioran »] :

    C’est un assemblage de fils de cuir fins,  teintés avec une décoction issue des ferrailles ayant longuement séjourné dans un récipient contenant de l’eau.

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    « Tăkarḍe » avec supports en cuir teinté en noir (« iḍoran »)

    clip_image028 Photo ibrahim

     

     

     

    1

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    2

    3

    4

    clip_image030Photo ibrahim

     

    1. boucles d’oreilles en argent et or
    2. bracelets pour filles
    3. chaine en argent
    4. petits xumăysa en argent et or
    5. bracelets dames

     

    3

    2

    4

    1

    clip_image032Photo Ibrahim

    1. Grand « asăyar » à gauche (parure) et petit « asăyar » pour ouvrir le cadenas traditionnel
    2. « eărk » (collier à prédominance bleue) pour jeune fille
    3. Deux petits « xumăysa »
    4. petits et grands « xumăysa »

     

     

    LA CLEF TRADITIONNELLE TAMASHEQ : [« Asăyar »]

    1. La plus grande (sur la photo) en plus de l’aspect parure,  pend à l’arrière du voile des femmes pour le maintenir sur le corps. Elle est également utilisée comme arme au besoin. De 1960 à nos jours, on la retrouve sous la même forme, seulement moins pesante que l’originale. Aux abords des années 80, les femmes ont préféré lui substituer un assemblage de clés de cadenas chinois, souvent jusqu’à 50 clés. Cet assemblage autour d’un anneau en métal (« sədəw) » s’appelait « isăyarăn » (les clés)

    Elle est maintenant passée dans la maroquinerie, dans la menuiserie métallique et dans la peinture comme objet et/ou motif décoratif. Elle est très rarement utilisée même dans la campagne en ce moment.

    La seconde clé est celle du cadenas traditionnel qui se trouve à côté sur la photo

     

    LE COLLIER DE PERLES :

    Il est généralement fait de perles de couleurs différentes et met en valeur le cou de la femme. La taille,  le nombre et la qualité des perles varient selon l’âge, la classe sociale et/ou économique de l’individu.

    2. Le petit collier de perles :

    C’est le collier de perles (« eẓărk »). Il est simple : tout en « perles bleues » (« eẓărk-dalen »), ou rouges ou noires. Il peut souvent avoir deux ou trois tons. C’est le collier par excellence de la jeune fille.

    A l’origine, le collier des grandes dames est fait avec de grosses perles et présente toujours au centre une perle multicolore et plus grosse et plus longue que toutes les autres (« buzrada »).

    Des années 1990 à nos jours, il  a pris de nouvelles formes plus teintes et plus esthétiques ([« ărražəl »] par exemple) et compte très souvent des perles d’argent et d’or.

    LE « XUMAYSA » :

    Il est fait de cinq morceaux de coquillage en forme de losange. Son nom viendrait de l’arabe (« khamsa »), qui veut dire « cinq » en allusion au nombre de pièces formant cet objet. Selon certains, il joue un rôle important contre les mauvaises langues (« tašoḍt »)

     

    1. Petits xumăysa en argent :

    A partir des années 80, le xumăysa traditionnel est de plus en plus remplacé par un plus petit et plus raffiné en argent ou en or, surtout dans les milieux urbains.

    1. Grands xumăysa  en coquillage.

         C’est la forme première du  « xumăysa ». Sa couleur blanche apparaît comme une lueur sur le fond noir du voile. Il met ainsi en valeur le buste de la femme.

    Le collier qui permettait jadis de le mettre au cou « tašawt » est devenu aujourd’hui moins grossier et plus simple.

    Il faut noter q’aujourd’hui, les femmes qui en ont les moyens portent volontiers une chaîne, des boucles d’oreilles, des bracelets en argent ou en or.

    CHEZ L’HOMME :

    De 1960 à nos jours, au niveau des campagnes, le petit garçon comme l’adolescent porte souvent une ou deux amulettes encastrées  dans du cuir teint au rouge. Ce sont généralement des talismans sensés protéger ou soigner l’enfant et même temps ressemblent aux parures que porte l’adulte au cou (« išəšlaj ») et qui,  elles peuvent compter souvent une dizaine d’amulettes ou plus.

     « tăkoba » le sabre et « ebărtak » (fouet fait de cuir et de tissu)  en plus de leur rôle d’armes sont aussi des parures à cause de travail artistique et esthétique que représentent leurs ornements.

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    Jeune garçon avec  son fouet :

    « ebărtăk »

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    Gros « enăfăd » (tabatière),  la plus portée des parures

    Traditionnelles actuellement

    Enăfăd : C’est la tbatière traditionnelle utilisée et par les hommes et par les femmes. Il y en a de toutes les tailles.

     

    IV LES COSMETIQUES:

    Les produits naturels restent les plus utilisés. Pour maintenir les cheveux en bon état, les femmes utilisent la boule de beurre animal ([« tasəndut »]. Gràce à elle, ils ont un aspect brillant et deviennent moins cassants. Pour le défriser avant de tresser, on utilise le sable cuit « ăkall » dont on saupoudre tous les cheveux, action appelée [« alăhay »]

     

    A) Le lavage des cheveux : il se fait avec l’une des 3 herbes :

    1 .[« Amădɣos »] : C’est une herbe sauvage vivace dont les feuilles ressemblent à celles de la menthe ordinaire qu’on au Mali. Elle est très collée au sol et contient une matière gluante comme celle du gombo.

    1. [« Aɣărdəlli »] : C’est une plante sauvage qui pousse dans les abords des aires herbacées pouvant atteindre dans les bonnes conditions un mètre de haut. Il contient également une matière gluante.

     

    B) Les soins du visage :

    Ils sont utilisés en cas de besoin, mais  surtout à la veille des fêtes et des grands événements.

    1. Le [« makăra »] :

    C’est un morceau d’une roche de couleur marron. On le frotte contre une petite meule et la femme s’enduit le visage de la poudre qu’on en obtient. Cet enduit lisse, élimine les rides le visage et guérit les boutons.

    1. L’[« ekăwel »]

    C’est une matière noirâtre extraite d’un vieux tronc de Merua crassifolia ([« ăjarr »] en tamasheq). Sa poudre est utilisée par les femmes pour s’en enduire le visage afin de guérir les petits boutons occasionnés par la chaleur. C’est aussi un signe que la femme peut être en période de menstruation ou vient d’accoucher.

    3. Erăfăynăn :

    C’est un mélange de « makăra » et de certaines herbes malaxées. Il soigne le visage et le rend lisse.

    4. Tamăkšoyt :

    Latérite rouge utilisé chez les Tamasheq pour donner sa couleur à la tente en peaux. Les femmes s’en enduisent le visage pour combattre la chaleur et les petits boutons qu’elle provoque.

    C) Beauté et soins des yeux et de la bouche :

    1. Les yeux :

    Deux produits sont fréquemment utilisés : « taolt » en tamasheq : « Khol » en arabe, antimoine en français. En plus de donner une couleur noir vif aux yeux cils et sourcils, il les soigne.

    Aujourd’hui encore certaines femmes utilisent à l’interieur de l’œil et sur les paupières le [« šərki »], colorant rouge utilisé en maroquinerie.

    2.La bouche :

    a) Les lèvres :

    Le fait de mettre une substance sur les lèvres s’appelle en tamasheq [« ebăyănbăy »].

    Très généralement, on le fait avec l’antimoine.

    b) Les dents et la langue :

    Pour la bouche le cure-dents de certaines plantes sont particulièrement utilisés.

    Par ordre de préférence, on utilise un bâtonnet de :

    [« Tešăɣt »] : nom scientifique : Salvadora Persica, très utilisé au moyen orient et en France, connu chez les arabes sous le nom d’ [« arak »]. Très efficace pour rendre les dents éclatantes.

    [« Tadhant »] : Nom scientifique, boscia senegalensis, soigne en plus les dents et la gencive.

    [« ăjarr »] : Nom scientifique : merua crassifolia, a les mêmes vertus que le Boscia

    La racine de [« tabăkat »] : nom scientifique : Ziziphus mauritiana

    Contient une substance moussante au contact de la salive et aurait des vertus à soigner la bouche et à blanchir les dents.

     

    A partir des années 1990, on assiste à une utilisation de plus en plus grande dans les centres urbains de Kidal et Tessalit,  des vernis pour ongles sont utilisés ainsi que les shampoing, les rouges à lèvres et crayons.

    Dans les centres urbains, les pâtes dentifrices sont de plus en plus utilisées surtout par les jeunes, mais ne ravissent pas encore la vedette aux cure dents traditionnels.

     

    Femmes et prévention des conflits sociaux dans l’Adagh

    Classé dans : guerre/espoirs — ibrahim ag mohamed @ 15:42

    PLAIDOYER DES FEMMES   DU  MALI POUR LA PAIX A  KIDAL

     

    Initié par le Mouvement des Femmes pour la Sauvegarde la Paix  et de l’Unité Nationale

     

    Communication :

     

    Par M. Ibrahim Ag MOHAMED,

    Directeur du Centre Régional de la Promotion de l’Artisanat de Kidal

     

     

    THEME :

    ROLE DE LA FEMME DANS LA PREVENTION, LA GESTION DES

               CONFLITS ET LA CONSOLIDATION DE LA PAIX :

     

    1. LA FEMME OCCUPE UNE PLACE DE CHOIX DANS L’HISTOIRE ET LA CULTURE DES KEL TAMASHEQ :

    De part sa position dans la famille, le rôle que lui confère la société dans les communautés tamasheq en général et dans l’Adagh en particulier, rien ne peut être au dessus des capacités de la femme, même si cela s’appelle imposer la paix.

     

    Les Historiens en s’appuyant sur la Tradition orale des bérbéro-tamasheq mentionnent des noms de femmes qui furent reines.

    • Lakahina, reine selon certains, prophétesse et détentrice de grands pouvoirs magiques selon d’autres,  a résisté avec Kusayla à la pénétration de la culture arabo-islamique dans l’Aurès1 déjà en 647 après JC.
    • Tinhinane, reine dont la tombe a été découverte à Abelessa (Algérie) ancêtre des Kel Tamasheq selon certains historiens.

     

    Dans la société traditionnelle Tamasheq en général et dans celle de l’Adagh en particulier, la femme joue un rôle essentiel dans la sauvegarde des valeurs culturelles et sociétales.

    La société est matriarcale (système social dans lequel les femmes, notamment les mères  ont un rôle très important à jouer et détiennent le pouvoir).

    La femme en langue Tamasheq s’appelle «Tamadt » et aurait donné son nom au lien de sang (« temedt »). Et ce mot veut dire aussi placenta2

    La langue nous fournit des illustrations dans ce sens : le mot [« Aïtma »], qui veut dire en tamasheq mes « frères » veut dire littéralement, « les fils de ma mère » [« Aït »], « fils de » en tamasheq ancien. Et [« ma »], « ma mère »

     

     

     

    1.       Nord-est Algérien

    2.       Paraphrase des propos de M. Ambéyri AG RHISSA

     

     

     

    2. LA FEMME DANS LA SOCIETE TRADITIONNELLE EST  LA DEPOSITAIRE

    DE LA CULTURE ET/DONC EST GARANTE DE LA PAIX SOCIALE :

     

    En effet, l’élément fédérateur de beaucoup d’aspects culturels et artistiques qu’est la tente est la propriété de la femme. C’est sur la femme aussi que repose essentiellement l’éducation des enfants. Les contes, les devinettes sont des canaux qu’elle utilise en permanence pour la formation de l’enfant.

    Et si la langue, l’écriture Tifinagh, la tente et d’autres aspects culturels continuent à résister aux assauts extérieurs, c’est parce qu’ils sont plus la chose des femmes (moins mobiles et plus conservatrices) que celle des hommes.

    La femme gère toutes les questions relatives au bien être et à l’honneur de la famille. Ainsi, elle est une conseillère très discrète, mais efficace de son mari. C’est à elle que revient principalement la décision de marier ses enfants. Et cette décision va le plus souvent dans le sens de tisser des liens honorables pour la famille. Elle joue également un grand rôle dans  le choix des voisins et l’emplacement de la tente. Ce qui s’avère souvent important dans l’entente et la paix sociale.

    La femme est aussi la personne la mieux informée de ce qui se passe au sein du groupe social du fait qu’elle est tout le temps  plus dans le campement qu’ailleurs et est de fait communicatrice permanente, dépositaire de l’Histoire événementielle de son milieu.

    3. FEMME ET PREVENTION DES CONFLITS :

    Dans la société traditionnelle Kel Adagh, la femme est au premier rang des garants des conventions sociales (non écrites mais bien intériorisées dans le subconscient individuel et collectif) qui assurent la sociabilité de l’individu et du groupe. De la longue liste de ces conventions, on peut citer entre autres :

    [« L'ACHCHEK » ]:

    Ce mot en tamacheq veut dire étymologiquement « doute ». Il désigne chez les Kel Adagh une disposition morale, une loi tacite intériorisée par l’individu et le groupe social et qui lui permet une certaine autocritique et autocensure lorsqu’il est sur le point de commettre ou quand il commet un acte répréhensible du point de vue social ou moral.

    [« TAHANINT »] : qui veut dire littéralement « la pitié »

    Disposition d’un être humain à avoir pitié de son proche quand il se trouve dans certaines situations : dénuement matériel, maladie physique ou mentale, statut d’étranger…Ce mot est enseigné aux enfants dès leur bas âge par la mère à travers des actes concrets. Lorsqu’ils séquestrent un criquet, un oiseau, ou un autre animal, on leur reproche leur manque de pitié en ajoutant souvent « qu’ils ont le cœur noir », expression populaire synonyme du manque de pitié.

    La pitié chez les Kel Adagh est d’abord l’apanage des femmes et particulièrement de la mère,  dit-on,  comme le révèle la réponse à une devinette du milieu:[ « ihanan war ha mak, war tan ha tahanint »]. Ce qui veut dire littéralement : « la pitié n’habite pas le campement où n’habite pas ta mère. » L’on entend très souvent dire qu’il est mieux de mettre au monde des filles que des garçons, car « quand vous serez impotent, elles  auront pitié  et s’occuperont de vous ». C’est cette prédisposition naturelle qui pousse les femmes à cacher aux hommes leurs armes lorsqu’ils sont au bord d’un conflit.

    LA [« TAMANCHEQT »] : Ce vocable désigne l’attitude qu’on doit observer vis-à-vis de toute personne respectable : personne plus âgée que soi, les femmes en général, les étrangers, toutes personnes qui ne nous sont pas familières.

    [« Tamancheqt-in »] ; [« ma tamancheqt »], désigne pour celui qui parle,  toute personne respectable et toute autre qu’il ne connaît pas d’abord.

     

    4. LES MECANISMES UTILISES PAR LES FEMMES POUR FAIRE

    RESPECTER LES CONVENTIONS DANS LA SOCIETE TRADITIONNELLE :

    A titre indicatif, nous mentionnerons ici seulement deux :

    La Poésie[« Tisiway »]

    Qu’elle soit dite ou chantée, à travers elle, les femmes magnifient l’Etre social idéal, les bienfaits des individus et fustigent les actes qui remettent en cause ou violent les conventions et principes sociaux.

    [« Imgharan »] :

    Ce mot en Tamasheq veut dire « les vieux », c’est-à-dire les anciens. Il désigne une demande généralement adressée verbalement à un individu pour qu’il pose un acte souhaité, ou qu’il abandonne un acte répréhensible qu’il veut poser ou,  est entrain de poser. S’il refuse, on considère qu’il a offensé tous les anciens de la communauté et les femmes préparent des mets qu’il doit manger à l’excès. Souvent, on lui en met sur le visage et le reste du corps.

     

    Il est donc aisé de voir que la femme en milieu traditionnel Tamasheq est à l’avant-garde des crises sociales qui peuvent dégénérer en conflits et prône de par son rôle et les actes qu’elle pose,  la non violence.

    Puisque aujourd’hui, les conflits revêtent des formes nouvelles, il faut  renforcer et adapter ces mécanismes traditionnels.

    Il est donc certain que le renforcement de valeurs culturelles et sociales (mentionnées plus haut) chez la femme peut l’aider aujourd’hui à jouer efficacement son rôle de prévention des conflits. A long terme, les résultats peuvent être plus probants si on accroissait la scolarisation des filles et l’alphabétisation des femmes.

     

    Quelles stratégies mettre en place pour la prévention des conflits aujourd’hui ?

    Les femmes doivent être les premières artisanes et actrices de la paix à part entière.

    Il faut entre autres, que les organisations (associations et groupements) des femmes de Kidal soient formés sur les Droits Humains et fortement informées sur les conflits : les facteurs qui peuvent engendrer un conflit, les situations apparemment ordinaires qui peuvent dégénérer en conflit, les conséquences des conflits.

    Elles doivent être capables d’identifier les crises sociales naissantes et impliquer les acteurs qui peuvent aider à leur apaisement.

    Ainsi, elles pourront alerter de façon précoce les personnalités et organisations qui peuvent intervenir dans la prévention des conflits : leaders d’opinion, chefs traditionnels, mécanismes juridictionnels et non juridictionnels de la garantie des Droits Humains (Justice de paix à compétence étendue, tribunaux, nationaux, sous-régionaux et internationaux ; Ligues et Associations de Protection des Droits Humains)

     

     

     

     

     

     

     

    5. FEMME ET MEDIATION LORS DES CONFLITS :

     Comment expliquer que les femmes de la région de Kidal soient moins visibles dans le règlement des conflits ?

    a)    Les raisons culturelles et sociales :

    Dans la société de l’Adagh, les femmes jouent plus un rôle de prévention que de gestion de conflit une fois qu’il est déclenché. Le terrain de guerre « appartient aux hommes ». Il est rare même en temps de paix de voir une femme ou des femmes discuter publiquement avec des hommes de quelques questions que ce soit. Cette « suprématie » du sexe masculin pour certaines questions « éprouvantes et dures pour la femme » (dans la conception populaire)  n’encouragent pas les femmes à devenir négociatrices ou médiatrices dans les conflits.

    b) Les femmes leaders d’opinion ne sont pas sensibilisées aux dangers de la guerre pour l’individu, le clan social, la région et le pays. Elles sont un champ plus ou moins favorable aux opinions qui privilégient la guerre, car elles ne sont pas sensibilisées dans le sens contraire.

    c) Les taux d’illettrisme et d’analphabétisme sont très élevés chez les femmes. Elles sont politiquement mal organisées et les pouvoirs,  politique et militaire ne leur font pas de place dans les processus de paix (médiation, réinsertion et actions de consolidation de la paix)

    L’aggravation, la continuation ou la cessation d’un conflit peut dépendre en grande partie des femmes. Il est difficile en milieu tamasheq qu’elles s’interposent dans un conflit et qu’il continue.    En effet, les Kel tamasheq de l’Adagh tiennent beaucoup compte de la présence des femmes et des enfants au moment des conflits. Mais aujourd’hui, force est de constater que les hommes, plus portés vers la guerre que les femmes,  ont tendance à infléchir la position de celles-ci.

    Lors des guerres intestines il est malheureux de constater qu’au lieu d’utiliser la poésie pour calmer les ardeurs des différents camps, les femmes incitent les hommes à se battre.

    Le fait que les femmes abandonnent les villes et villages encourage les hommes à faire la guerre de façon moins réservée que si elles étaient sur place. Et pourtant, les femmes sont aussi des perdantes lors de ces conflits. Il est vrai que  les guerres survenues au Mali,  ont jusqu’ici épargné au maximum la vie des femmes, mais elles y ont perdu des enfants, des frères, des maris et des économies qu’il est difficile de reconstituer. Elles ont souvent vendu jusqu’à leurs boucles d’oreilles pour quitter les lieux .Et les biens lourds qu’elles laissent derrière elles sont volés ou dans le meilleur des cas, dégradés.      La guerre apparaît donc comme un facteur important de paupérisation des femmes et partant, de la société dans un milieu déjà pauvre.

    Il faut donc pour aider à instaurer une paix durable que les femmes jouent en plus de la prévention, les rôles de :

    • Le Rôle de médiatrices ou négociatrices :

    Nous pensons que les femmes ont plus de chance que les hommes de réussir, lorsqu’elles acceptent d’être médiatrices.

    Mener une négociation ou une médiation, c’est proposer faciliter un accord entre des individus, des groupes sociaux en situation de conflit. Ce travail doit commencer et continuer sans relâche dès lors qu’un conflit mal prévenu est déclenché. Cette action exige une prise de contact avec les parties en conflit, un recensement des causes du conflit, la mise en place de stratégies, le rapprochement des points de vue,  l’aboutissement à une décrispation et la préparation d’un accord.

     

    • Le rôle de réconciliatrices :

    Réconcilier, c’est faire revenir la confiance et l’entente entre des personnes ou des groupes de personnes fâchés à la suite d’une querelle ou d’un conflit armé. Cela ne saurait se faire non plus sans une bonne connaissance des vraies causes du conflit. Cette action passe nécessairement par l’organisation de rencontres entre les personnes ou les groupes en conflit, et plusieurs séances de communication pour les rendre réceptifs au pardon, à l’oubli volontaire des désagréments qu’ils se sont mutuellement causés et au changement de comportement dans le sens de faire la paix et l’imposer.

     

     6. FEMME ET CONSOLIDATION DE LA PAIX :

    Dans la société traditionnelle, le conflit et l’après conflit, comme la paix s’accompagnent d’offrandes généralement faites par les femmes de façon permanente [ « Almaghroufan »] pour préserver la famille et le clan.

    La fin des conflits s’accompagne très souvent de retrouvailles autour du [« tendé »] 3 ou d’autres festivités dont les femmes sont les actrices principales. Tout cela a une certaine importance dans l’adoucissement des mœurs, mais il ne suffit pas pour une très bonne consolidation de la paix.

    L’on retiendra que les femmes de Kidal ne jouent pas encore le rôle qui est le leur dans le règlement des conflits. Ou disons qu’elles mises à contribution très en deçà de leurs capacités.

    __________________________________________________________________________________3.Tam-tam traditionnel des grands jours autour duquel paradent les chameliers

     

     

     

    Que peuvent entreprendre les femmes de Kidal pour

                                  consolider la paix ?

     

    a)     De façon individuelle, imposer chacune la paix dans sa famille ;

    b)     Œuvrer à renforcer la cohésion sociale et la paix entre les différentes fractions de la région de Kidal.

    c)     s’affilier aux organisations nationales et internationales oeuvrant pour la consolidation de la paix afin de coordonner les actions de groupes sociaux féminins favorables à la paix ;

    d)     S’imposer des objectifs de paix et des échéances pour leur exécution ;

    e)     S’impliquer Fortement dans le programme du PECASED, en cours pour la lutte contre la prolifération des armes légères ;

    f)       Faire un Plaidoyer auprès des autorités locales, régionales et centrales pour une plus grande participation des femmes de Kidal aux programmes de réinsertion et de consolidation de la paix

     

     

     

     

     

    7 octobre, 2010

    Mécanismes de gestion des Problèmes sociaux dans les traditions des Touaregs Kel Adagh (MALI)

    Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

    Mécanismes de gestion des Problèmes sociaux dans les traditions des Touaregs Kel Adagh (MALI)
    Ibrahim Ag Mohamed

    L’oeil exterieur non averti en contact avec la société des Kel Adagh peut être amené à faire de l’amalgame entre les actes que pose cette société et le Droit arabe qui il est vrai y est aussi Présent, mais n’est pas la base de prévention des problèmes sociaux. Cette société malgré son caractère inégalitaire possède sa propre »CHARTE TACITE » grâce à laquelle elle prévient bon nombre de conflits.

    Chez les Kel Tamacheq quand bien même il existe une écriture (le Tifinagh), la plupart des conventions sociales ne sont pas écrites. Pendant des siècles, pourtant, elles ont entièrement régi et continuent à régir les comportements des individus et des différents groupes sociaux.
    Certains comportements sont unanimement recherchés, car ils sont le gage de la sociabilité de l’individu.
    I ["L'ACHCHEK"] :
    Ce mot en tamacheq veut dire étymologiquement « doute ». Ce concept désigne chez les Kel Adagh une disposition morale, une loi tacite intériorisée par l’individu et le groupe social et qui lui permet une certaine autocritique et autocensure lorsqu’il commet un acte répréhensible du point de vue social ou moral.
    Malgré le caractère inégalitaire de la société Kel Adagh, l’ensemble de ces dispositions témoigne d’un certain souci de justice et d’altruisme.
    L’ALTRUISME:
    « Awil iman-s iyyad ». Littéralement, cela veut dire: « Vois toute âme comme une autre ». Ce qui donne littérairement : « Pense à toi avant d’agir à l’égard de l’autre »
    ["L'ACHCHEK"] a pour socle la ["Takrakedt"], littéralement, « la honte » qui peut se définir comme « la peur de la honte ». En effet, dans les actes de tous les jours, les Kel Adagh en particulier et les Tamacheq en général ont une peur bleue de ce qui peut faire honte. Ainsi l’une des bénédictions les plus fréquentes dans le milieu est :  » War hanagh askarakad yallah » ; « qu’Allah ne nous fasse pas honte. » Par contre, la plus grande imprécation est : « Askarakad kayy yallah » : « Que Dieu te fasse honte »
    Cette réalité se traduit par la crainte extrême et l’intolérance de l’humiliation. En effet il est préférable dans les cas extrêmes de « tuer un habitant de l’Adagh sans l’humilier. On ne tolérera jamais sa mort s’il a été humilié avant. »*
    La peur de la honte est réelle tant pour les actes universellement répréhensibles comme voler, violer, montrer sa nudité, que pour certains actes apparemment normaux, mais que craignent les Kel Tamacheq : ouvrir la bouche en public, parler et manger devant ses beaux parents ; se découvrir la tête devant des gens qu’on respecte (["Tamancheqt"] ou en public
    II La ["Tamancheqt"] : Ce vocable désigne toute personne respectable : personne plus âgée que soi, les femmes en général, les étrangers, toutes personnes qui ne nous sont pas familières. Toute famille ayant des jeunes filles ou jeunes garçons est potentiellement la belle famille de chacun. Une famille devient plus respectable aux yeux des jeunes garçons quand il y a des filles. Elle le devient pour les jeunes filles quand il y a des jeunes garçons.
    Pour cela, les vieilles personnes de celle-ci sont d’office très respectées.
    ["Tamancheqt-in"] ; « ma tamancheqt », désigne pour celui qui parle toute personne respectable et toute autre qu’il ne connaît pas d’abord.
    ["Ahnimmi"] synonyme de ["akroukad"]:
    C’est avoir de l’égard et du respect pour l’autre. ["Ahnimmi"] est plus fort que ["akroukad"] qui veut dire littéralement « avoir honte de quelqu’un ». ["Tassadja"] littéralement le « côté ». (Y aurai t il un lien entre ce mot et le fait d’approcher l’individu ou le groupe de profil -côté-) ? est le nom donné à la « timidité ».
    ["Immouchagh"] :
    C’est le caractère d’une personne qui a l’ ["Achchek"]. ["Im"]: démonstratif, équivalent à « celui ».Et, ["chagh"], déformation probable du mot ["achchek"]. Donc, un ["amachegh"] est une personne qui a ["l'achchek"]. ["Imouchagh"] ou ["Kel Tamacheqt"] ou ["Imouhagh"] ont pour caractéristique essentielle ["l'Achchek"]
    On dit d’une personne qui pose des actes répréhensibles : ["idjar-in takrakedt-inet"] qui veut dire littéralement : « il a jeté sa honte », c’est-à-dire que l’individu dont il s’agit est amoral, dénué de conscience.
    III ["Tahanint"] : qui veut dire littéralement « la pitié »
    Disposition d’un être humain à avoir pitié de son proche quand il se trouve dans certaines situations : dénuement matériel, maladie physique ou mentale, statut d’étranger…Ce mot est enseigné aux enfants dès leur bas âge. Lorsqu’ils séquestrent un criquet, un oiseau, ou un autre animal, les parents leur reprochent leur manque de pitié en ajoutant souvent « qu’ils ont le cœur noir », expression populaire synonyme du manque de pitié.
    La pitié chez les Kel Adagh est d’abord l’apanage des femmes et particulièrement de la mère dit-on, comme le révèle la réponse à une devinette du milieu: [ "ihanan war ha mak, war tan ha tahanint"]. Ce qu veut dire : « la pitié n’habite pas le campement où n’habite pas ta mère. » L’on entend très souvent dire qu’il est mieux de mettre au monde des filles que des garçons, car quand on devien impotent, elles « auront pitié et s’occuperont de nous ». « Avoir pitié » (ou avoir le « cœur blanc ») est une qualité humaine très recherchée et se manifeste chez l’individu par :
    -La promptitude au larmoiement en cas de tristesse ou de joie extrême ;
    - la durée que met l’animal avant de mourir quand cet individu l’égorge ;
    -L’absence de sang noir coagulé dans le cœur de l’animal qu’il a égorgé
    C’est cette prédisposition naturelle qui pousse les femmes à cacher aux hommes leurs armes lorsqu’ils sont au bord d’un conflit.
    IV talaqt :
    C’est le caractère d’une personne éloquente et communicative dans tous les actes qu’elle pose. Cette prédisposition est liée par les Kel Adagh au degré d’acceptation de l’individu par ses camarades du même groupe d’âge, mais de sexe opposé. On dit d’une femme qu n’est pas éloquente qu’elle n’est pas aimée des hommes et d’un homme du même caractère qu’il n’est pas aimé des femmes.
    La talaqt d’un individu peut se mesurer et dans le langage et dans les autres actes.
    Pour excuser une personne et couper court à un conflit naissant, on dit d’elle « war itillagh » ; il n’est pas doué de ["talaqt"]
    Même aux enfants, on parle de ["talaqt"]
    Le contraire de ["Talaqt"] est [" Ibbiyyou"], caractère de celui qui fait tout de travers. Celui qui a ce comportement s’appelle ["anabbayyou"] et est très mal côté au sein du groupe social.
    V Les actes répréhensibles ou ["Tighawelen"]:
    Ce sont les actes très bannis, ou délits. Les principaux sont :
    ["Iman"] : Ce mot veut dire littéralement âme. Par extension, fait d’ôter la vie.
    Il désigne l’homicide involontaire et l’homicide volontaire. Celui qui commet l’homicide en milieu de l’Adagh paie ce qu’on appelle »achni » qui veut dire »le sang ». Il faut entendre « le prix du sang ».
    ["Aladad"]
    C’est le fait de traire ou téter illicitement le lait d’un animal qui ne nous appartient pas. Par extrapolation, il est comme devenu illicite des traire des animaux au pâturage même s’ils nous appartenaient.
    Cet acte devient encore plus répréhensible s’il s’agit des animaux des forgerons comme le dit la chanson populaire invitant les jeunes hommes à la lutte : ["Medden balanat, war tamdjadadam. Wa idjadadan, inta a eldadan ulli n-inhadan"]. Ce qui peut se traduire par : « Hommes luttez. Le peureux, c’est celui qui a tété les chèvres des forgerons ! »
    ["Tikra"] : Le vol dont la forme la plus grave dans le milieu traditionnel est celui des animaux. Celui des domiciles était très peu connu.
    ["Alghar"] :
    C’est le fait de refuser de servir son prochain alors qu’on a la possibilité de le faire. Pour réfuter un fait vu comme impossible, la langue retient les expressions : ["alghar yad"] ou ["alghar n-tilyaden"], qui veut dire refus de servir les femmes. Par comparaison, l’acte qu’on veut faire faire ou qu’on lui colle, il le compare au refus de servir les femmes.
    ["Asakal"] : le viol
    Cet acte est vu comme anormal, posé par un individu anormal. ["Emeskel"] ; de « em » : « celui » et « iskil » : « violer », désigne le violeur et par extension, un dégénéré.
    VI Applications sociales des principes :
    Protection et assistance aux plus faibles :
    Les femmes, les enfants et les vieillards sont reconnus comme faibles du point de vue de la constitution physique et souvent pas actifs dans des situations qui nécessitent la force. Ils ne sont pas non plus présents dans des situations auxquelles la société ne les autorise pas. Les hommes (adolescents et adultes) les assistent en situation de guerre, d’inondation, de feux de brousse, de voyage…
    Les Forgerons :
    Les forgerons sont connus pour être des gens pacifiques ne faisant rien en dehors de leur travail d’artisans. Autant ils se replient sur eux-mêmes (endogamie), autant ils évitent toute confrontation physique ou morale avec les autres.
    La société traditionnelle Kel Adagh accorde certains privilèges aux forgerons (["Inhadhan"] :
    On doit :
    •leur prêter une assistance matérielle et policière permanente
    •Leur prêter ou leur donner des animaux à traire pour se nourrir ;
    • Leur donner des rations alimentaires sèches ;
    • Les protéger contre les toutes atteintes à leur personne physique ou morale.
    La ["Tadhouwla "]:
    C’est la relation spécifique qui existe entre un individu et sa bru ou son gendre ou entre une bru, un gendre et le père ou la mère de son conjoint. Cette relation doit être emprunte de respect profond en toute circonstance. Pour éviter qu’elles se fassent une mauvaise opinion de soi, on évite jusqu’à manger ou boire en présence de ces personnes, à plus forte raison poser d’autres actes connus publiquement comme répréhensibles.
    On dit de cette relation
    ["war tihini"] ; qui peut se traduire littéralement par : « elle ne déménage pas » ; c’est-à-dire que la relation demeure même après des années de divorce d’avec son conjoint ou sa conjointe.
    ["Tiliwsa"], désigne le lien spécifique qu’on a avec les frères et sœurs de son conjoint ou de sa conjointe. A ces personnes, on voue un certain respect, quand même moindre par rapport à celui voué aux parents ascendants.
    VII LES GARANTIES DE L’APPLICATION DES PRINCIPES :
    ["Tisiway"] : La Poésie
    Qu’elle soit dite ou chantée, à travers elle, les femmes et les hommes magnifient l’Etre social idéal, les bienfaits des individus et fustigent les actes qui remettent en cause ou violent les conventions et principes sociaux.
    ["Imgharan"] :
    Ce mot en Tamasheq veut dire « les vieux », c’est-à-dire les anciens. Il désigne une demande généralement adressée verbalement à un individu pour qu’il pose un acte souhaité, ou qu’il abandonne un acte répréhensible qu’il veut poser ou, est entrain de poser. S’il refuse, on considère qu’il a offensé tous les anciens de la communauté et les femmes préparent des mets qu’il doit manger à l’excès (une forme d’humiliation de l’individu) Souvent, on lui en met sur le visage et sur le reste du corps.
    ["Laghtiya"]
    C’est une amende infligée à un individu à la suite d’un comportement maladroit ou injurieux vis-à-vis de son prochain. Elle est prononcée par ceux de sa classe d’âge ou par des personnes plus âgées. Celui qui en fait l’objet doit payer du thé, du sucre, du tabac ou inviter le groupe à partager un méchoui…
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    1 août, 2010

    LIVRES

    Classé dans : livres — ibrahim ag mohamed @ 15:42

    MYTHES, CONFLITS ET DECOLONISATION AU SAHEL L’Harmattan, Paris, 206 pages, ISBN : 978-2-296-10332-0 Ces diverses contributions inédites contribueront à mieux connaître les sociétés sahéliennes, certaines abordant les pratiques traditionnelles et divinatoires, les mythes et les croyances. Les conséquences de la colonisation concernant le Mali, le Niger, le Tchad, la Mauritanie et le Sahara occidental font l’objet d’autres contributions. Des lacunes persistent dans la recherche en sciences humaines et sociales concernant les sociétés sahéliennes. L’ensemble de contributions inédites présenté ici devrait contribuer à mieux les connaître. Les pratiques traditionnelles survivent avec peine dans la culture touarègue. Les pratiques divinatoires, à l’exemple des idjachan, les mythes et les croyances, ce sont les aspects que détaillent un lettré de Kidal, Ibrahim Ag Mohamed, qui veut les préserver de l’oubli. Diverses conséquences de la colonisation font l’objet des autres contributions, qui concernent le Mali, le Niger, le Tchad, la Mauritanie et le Sahara Occidental. Une analyse des conflits internes, présents au moment de la colonisation et qui resurgissent après l’indépendance, font dire à Pierre Boilley que ce sont de possibles ferments d’un sentiment national. En Mauritanie, les mutations économiques et sociales déterminées par la période coloniale n’ont pas généré de véritable société nouvelle. Mohamed Saïd Ould Ahmedou dégage, en passant en revue les principaux indicateurs sociaux, les mutations et met en relief le changement, tout en soulignant la résistance de « l’ancien ». Les effets d’une décolonisation ratée sont présentés par Keltoum Irbah, qui fournit plusieurs approches historiques et sociologiques sur le conflit au Sahara Occidental. Ce septième cahier se termine par des comptes rendus d’ouvrages qui tous traitent des séquelles de la colonisation. SOMMAIRE / SUMMARY Avant-propos MALI Pratiques divinatoires chez les Kel Adagh. Le cas des idjachan Ibrahim Ag Mohamed Mythes et croyances dans la société traditionnelle Kel Adagh Ibrahim Ag Mohamed MALI, NIGER, TCHAD Le conflit interne comme ferment d’un sentiment national ? L’exemple sahélien (Mali, Niger, Tchad) Pierre Boilley MAURITANIE Colonisation, économie et société en Mauritanie : notes sur le milieu « bidhane » (maure) Mohamed Said Ould Ahmedou SAHARA OCCIDENTAL Le conflit au Sahara Occidental. Approches historiques et sociologiques Keltoum Irbah NOTES DE LECTURE Bonte Pierre 2007, Essai sur les formations tribales du Sahara occidental. Cervello Villasante Mariella et Beauvais Christophe (de) 2007, Colonisations et héritages actuels au Sahara et au Sahel. Cherkaoui Mohamed 2007, Le Sahara, liens sociaux et enjeux géostratégiques. Jeansaut Luc 2009, Chronique sahraouie, carnet de voyage en RASD. Védie Henri-Louis 2008, Une volonté plus forte que les sables. Thomson Madia Jamina A. 2005, Le présent historique : modernisation, esclavage et transformation de la hiérarchie sociale au sud-ouest du Maroc, 1860-2000. Bibliographie commentée 2005-2007 >> Accueil >> Présentation de la collection >> Publications

    23 juillet, 2008

    Insécurité: les autorités régionales appaisent les populations

    Classé dans : guerre/espoirs — ibrahim ag mohamed @ 15:42

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    Le mercredi 16 avril 2008, les autorités administratives et militaires de la Région de Kidal ont convié la population à un meeting d’explication et d’apaisement. Le meeting fait suite à l’assassinat du Colonnel Barka Ag CHEICK et de Monsieur Mohamed Ag Mossa, étudiant arabophone. Suite à cet assassinat, les soldats de l’Alliance Démocratique pour le changement avaient déseté la ville. Ces deux evenements ont créé la panique chez les populations d’origine tamacheq voyant leur peur aggravée par certains individus de mauvaise foi qui parlent de Génocide planifié contre les KEL TAMACHEQ.

    Bon nombre de personnes ont été surprises de voir ce jour-là le stade municipal de Kidal se combler de monde.

    Les propos tenus sont tous allés dans le sens de faire revenir les populations, de réaffirmer le caractère républicain de l’Armée malienne, de réaffirmer sa mission de garantie de la sécurité des citoyens et de leurs biens.

    Les intervenants furent:

    • Attayoub Ag Intalla,  maire de la commune urbaine de Kidal
    •  Zeïd Ag HAMZATA, chef de la fraction Taghat mallat dont sont issus les défunts,
    • Ghousmane Ag Ahmed, chef de la fraction Kel Taghlit,
    • Ahmoudène Ag  IKMAS, chef d’une des fractions Imghad,
    • Le commandant du régiment militaire de Kidal
    • Le colonnel Niangaly, chef de l’opération Djigui Tougou à Kidal
    • Le Colonnel Malick Chérif natif de Kidal en langue nationale Tamacheq
    • Le colonnel Naji, en langues nationales arabe t songhoï
    • Le Gouverneur de la région de Kidal, Monsieur Alhamdou Ag Illiyène 

    Il a été essentiellement dit que:

    • depuis le 23 mai 2006, l’armée ne s’est pas attaqué à ni n’a viloenté un seul individu ni à Kidal, ni à TINZA, ni à AGUEL’HOC
    • Que les populations reviennent, car l’armée est là pour leur sécurité et celle de leurs biens
    • Que les informations selon lesquelles l’armée est l’auteur du double assassinat sont fausses et tiennent de l’intoxication et de la diversion
    • Que les enquêtes avancent et que les assassins seront arrêtés et traduits devant la justice
    • Que les soldats de l’Alliance vont bientôt revenir

    31 janvier, 2008

    Contribution à l’Histoire des Kel-Tamacheq de l’Adrar des Iforas”2: Akly Ag Wacawalène(mémoire de l’ENSUP)

    Classé dans : histoire2 — ibrahim ag mohamed @ 15:42

    Les Kel-Tamacheq seraient donc une de ces nombreuses tribus berbères qui ont quitté différentes régions d’Afrique du Nord à la suite des conquêtes arabes pour s’installer au Sahara.

    Les appellations « touareg », « sourgou » ou berbère que les voisins des Kel-Tamacheq ont utilisé pour les désigner sont péjoratives. Il faut désormais les appeler les Kel-Tamacheq.

    CHAPITRE II
    LA CONQUETE ARABE DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE ET
    LA MISE EN PLACE DES KEL-TAMACHEQ DANS LE SAHARA

    La présence des Kel-Tamacheq au Sahara est relativement récente. A la suite des conquêtes arabes du VII è au XI è s. plusieurs groupes Kel-Tamacheq vont s’installer dans les massifs du Sahara Central (Azdjer, Ahaggar, Aïr, Adrar )

    1. Quelques étapes de la conquête arabe au Maghreb : 

    Les conquêtes arabes commencées dès la mort du Prophète Mohamed atteignent l’Afrique septentrionale au VII è s. Les populations Kel- Tamacheq ont résisté farouchement à la conquête arabe. Il a fallu aux arabes quelques cinquante ans pour être maîtres de l’Afrique du Nord. Dans cette étude nous nous limiterons aux campagnes d’Okba Ben Nafi, aux invasions des Beni Hilal parce qu’elles ont joué un rôle très important dans le processus du peuplement du Sahara par les Kel- Tamacheq.

    a)      Les campagnes d’Okba Ben Nafi : (669-683) 

    Entre 669 et 670, le conquérant arabe Okba Ben Nafi conquit plusieurs villes de
    la Libye et de l’Ifriqiya. Après l’occupation de Barka, Okba se lance dans le Fezzan (sud de
    la Libye actuelle) qu’il soumet presque sans combat, Kaouar à son tour est prise après une résistance ; « les hommes furent égorgés, les femmes et les enfants réduits en esclavage » (1.) La capitale

    du Fezzan, Garama (actuelle Djerma) doit payer un tribut annuel de 360 esclaves. Ensuite, il envoya un corps de cavalerie vers Ghadamès qui tombe à son tour. Une fois, la soumission de
    la Libye assurée bien que partiellement, Okba se tourne vers l’Ifriqiya (Tunisie actuelle.) En 670, la place d’armes Al-Qayrawâne (Kairouan) est fondée. Place qui devait servir à surveiller «les véritables ennemis non pas les Byzantins mais les Berbères » (2).

    En effet, les populations berbères sont plus hostiles à l’occupation arabe que les Byzantins.

    Entre 680 et 683, Okba se tourne vers le Maroc. L’occupation du Maroc ne dure que 2 ans (680-682) Elle a été facilitée par les dissensions internes entre les différentes tribus marocaines. Également, le pays est miné par les pillages répétés des populations nomades ; de sorte que le conquérant est vu par les populations sédentaires comme un «libérateur.»

    La riposte aux conquêtes arabes est organisée par Koccila ou Koceïlata. Les Kel-Tamacheq sous la direction de Koccila attaquent les arabes en 683. Mais les armées arabes mieux organisées battent les Kel-Tamacheq. Leur chef Koccila est prisonnier d’Okba. Mais le premier conquérant arabe est tué par son prisonnier, Koccila avant d’être lui-même mis à mort.

    La seconde phase de la résistance Tamacheq « est illustrée par l’épopée de Lahina, une héroïne berbère qui a su mobiliser les siens et galvaniser leur courage pendant plusieurs années. Mais les renforts successifs arabes viendront à bout de la résistance de Lahina entre 705 et 709 » (3).

    « La conquête et l’islamisation de l’Afrique étaient en voie à la mort d’Okba , en 683, et virtuellement achevées en 710 » (4).

    ______________________

    1. Hama B., 1969, p 180

     2. Julien C.A., 1976, p 83. 3. Zerbo J.K., 1978, p 108 

    4. Richier A.,1924, p 39

    La conquête arabe eut des conséquences très importantes dans la région. 

    Okba Ben Nafi imposa l’islam à la place du Christianisme et du paganisme. Plusieurs groupes berbères préfèrent se réfugier dans les massifs de l’Atlas comme les Kabyles en Kabylie. D’autres émigrent vers le Sahara, donc à chaque étape de l’occupation de l’Afrique du Nord correspondent d’importants mouvements de migration. Généralement ces migrations se font en direction du Sahara pour échapper à la domination arabe  et à la religion islamique.

    Certains groupes trouvent le maquis et se livrent à des pillages dans les nouveaux Etats

    formés par les Arabes. D’ailleurs, l’Afrique du Nord très éloignée des bases du vaste Empire Arabe s’installe dans une instabilité chronique. Les guerres intestines sont fréquentes entre les différentes tribus Berbères.

    Cette attitude d’insoumission du Maghreb va entraîner l’envoi par le Sultan Fatimide des tribus Arabes, les Beni-Hillal pour châtier les Berbères.

    b)      L’invasion arabe hillalienne :  Appelées aussi Beni-Hillal, ces populations nomades vivaient d’abord en Arabie. Elles se livraient à des pillages sur les populations sédentaires. Ernest Mercier rapporte que : « Le Khalife El-Aziz, voulant prévenir de nouvelles insurrections de ce genre (pillage), se décida alors à transporter au loin les turbulents nomades qui lui avaient causé tant d’ennuis. Par son ordre, les tribus de Hillal et Soleim furent, vers la fin du Xè s. transportées en masse dans le Said ou Haute Egypte, et cantonnées sur la rive du Nil » Il ajoute que : »Mais si par cette mesure, le danger résultant de leur présence en Arabie était écarté, leur concentration sur cet espace restreint au cœur de l’Egypte, ne tarda pas à devenir une cause d’embarras nouveaux. Habitués aux vastes solitudes de l’Arabie, n’ayant du reste aucune ressource pour subsister ces Arabes firent du brigandage un état permanent, de sorte que le pays devint bientôt inhabitable, tandis qu’eux-mêmes souffraient de toutes les privations. Cette situation durait depuis près de 50 ans et le Gouvernement Egyptien avait en vain essayé de porter remède, lorsque par la suite des événements, le Khalife Fatimide trouva l’occasion  de se débarrasser de ces hôtes incommodes en les lançant sur les Berbéries» (1.) 

    Les Beni-Hillal étaient donc des populations que le gouvernement ne pouvait pas contrôler. De plus, elles étaient réputées pour leurs qualités guerrières. Or, le Maghreb est depuis quelques temps insoumis aux autorités Khalifales. Cette force que représentent les Beni-Hillal devait donc être utilisée contre les Berbères rebelles. « Vers l’an 1049, une première troupe de guerriers arabes (Beni-Hillal) envahit le pays de Barka sans rencontrer de résistance. La renommée apporta la nouvelle de ce succès aux Arabes restés en Egypte. Aussitôt, tout ce peuple se disposa à l’émigration en masse… »(2). Une population dont le chiffre devait varier entre 150 et 200 000 personnes, se précipita alors vers l’Ouest. Ces émigrants quittent l’Egypte sans esprit de retour entraînant avec eux leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux » (3).  Les envahisseurs Arabes Beni-Hillal, sous la conduite de leur chef Mounès Ben Yehia ouvraient la marche vers l’Ouest « semblables à une nuée de sauterelles, dit Ibn Kaldum ; ils détruisaient tout sur leur passage » sans presque aucune résistance. « Les tribus Berbères des Houara et Louata abandonnées à elles-mêmes et divisées par des rivalités séculaires, ne tentèrent pas une résistance inutile : elles s’ouvrirent au flot envahisseur qui atteignit bientôt le sud de l’Ifriqiya… » Vers 1053, lorsque toutes les forces berbères furent concentrées, El-Moezz (Chef berbère de l’Ifriqiya) en prit le commandement et marcha contre les arabes avec une armée dont l’effectif s’élevait dit-on à 30 000 combattants » (4)

    ________________________

    1. Mercier E. 1889, p 8

    2. Mercier E. 1889, p 9

    3. Mercier E. 1889, p 17

    4. Mercier E. 1889, p 8 – 9 – 17

    Ils furent défaits par les Arabes Hillaliens à la bataille de Haïderane non loin de Gabès.

    L’invasion hillalienne engendra de profondes modifications en Afrique septentrionale. C’est à cette période ( environ 1043-1062) qu’il faut situer l’islamisation des Berbères.

    Quelques années après les Arabes et les Berbères islamisés vont se lancer à la conquête de

    l’Europe. Mais surtout un groupe de fanatiques berbères réussira à porter le flambeau de

    l’Islam là où les Arabes ont échoué, dans le pays des Noirs, il s’agit des Almoravides. Cette islamisation revêt plusieurs caractères :d’abord forcée selon le principe « crois ou meurs » ; cette forme entraînera la migration de nombreuses populations berbères surtout vers le Sud en direction du Sahara où elles occupent les montagnes (Kabylie, Aurès, Atlas…) Ces minorités montagnardes sont les seules avec les Kel-Tamacheq sahariens  à avoir gardé leur langue et leur écriture le Tifinar.

    Les populations Berbères qui se convertissaient sont exemptées d’impôt ; tandis que celles qui ne l’étaient pas devaient soit abandonner leur territoire, soit payer de lourdes contributions. L’implantation au Maghreb de l’élément arabe a été la conséquence de  la propagation de la religion musulmane, mais aussi de la migration  de certaines populations berbères vers le Sahara.

    1. La mise en place des quatre grandes confédérations Tamacheq dans le Sahara Central : 

    Les campagnes d’Okba Ben Nafi de 669 à 683 en Afrique septentrionale, l’invasion hillalienne vers 1053 jouèrent un rôle de premier ordre dans le peuplement du Sahara par les Kel-Tamacheq.

    « Les Berbères semblent être restés à l’intérieur de leurs propres frontières jusqu’à ce qu’ils aient été chassés de leur position  d’origine par les Arabes car ils auraient été maltraités par les précédents conquérants du pays ( Phéniciens, Romains, Vandales et Byzantins) »

     La présence des Kel-Tamacheq au Sahara est relativement récente. Il semble qu’elle a commencé avec les différentes invasions qu’a connu l’Afrique septentrionale. Cela est également attesté par la datation au carbone 14 des restes de Tin-Hinane, l’ancêtre des Kel-Ahaggar. Mais les migrations des Kel-Tamacheq au Sahara à la suite des conquêtes arabes sont certainement les plus importantes. Francis Nicolas aussi pense que :  « les premiers Twareg chassés du Fezzan (
    la Targa) par l’invasion hillalienne, arrivent en Aer (Aïr) venant du Nord Est (directement) ou du Nord ( par l’Ahaggar) en vagues successives, peu importe, le plus clair de leurs troupeaux étant constitué par des camelins ; l’Ahaggar, comme l’Aer et l’Adrar jouera le rôle de relais, les envahisseurs successifs s’y renforçant  et chassant tour à tour les prédécesseurs. L’Aïr verra les Proto-Haussa refoulés en grande partie par les Libyens, ces derniers à leur tour par les Twareg : ceux-ci, détachant une antenne vers l’Adrar donneront naissance aux Iullemmeden, puis aux Iforas. Il ne faut pas s’illusionner sur la portée de ces appellations : Iforas, Iullemmeden, Kel-Grès, Kel- Aer, ne sont que des expressions politiques et ne désignent pas des groupements raciaux bien définis… »(1.)

    Dans ce texte « Twareg » et « libyens » sont des Kel-Tamacheq.

    Comme Nicolas, Richier arrive à la même conclusion. Il dit : « Au dire de J. Mesnage, on aurait beaucoup exagéré la rigueur de l’islamisation par la force au nom du principe « crois ou meurs » Cependant, il est invraisemblable que cette islamisation par la force a été une des causes des migrations berbères vers le Sud : pour n’en donner qu’un exemple, la migration des Lemta chrétiens( ?) vers l’Adrar et vers le Niger se place justement au temps d’Okba vers 670.   (2)

    ______________________________________________________________________

    1. Nicolas F. 1950, p 13

    2  Richier A. 1924, p 39-40

    Il semble donc que les invasions arabes du VII è au XI è s. ont été déterminantes dans le processus de peuplement du Sahara. C’est aussi avec elles que se sont formées les quatre grandes fédérations Tamacheq qui portent chacune le nom de la région qu’elle occupe : Kel-Azdjer, Kel-Aïr, Kel- Ahaggar, Kel-Adrar

    a)      Les Kel-Azdjer : 

    Du nom du massif qu’ils habitent, l’Azdjer. La région de l’Azdjer ou Tassili des Azdjer est

    vont prendre la direction du Tassili des Azdjer refoulant les premiers occupants où devenus

    anciennement peuplé par les Kel-Tamacheq. Mais, elle verra sa population augmenter à la suite de l’occupation du Fezzan par Okba ben Nafi. Donc, plusieurs groupes Kel-Tamacheq

    très nombreux, ils se dirigent vers l’Aïr, l’Ahaggar et peut-être l’Adrar.

    b)      Les Kel-Aïr: 

    Chassés par les invasions arabes, les Fezzanais, Kel-Tamacheq comme nous l’a mentionné Francis Nicolas vont se diriger vers l’Aïr. A leur tour  les Tamacheq refoulent plus au sud les Haussa.

    L’Aïr est situé au sud-est de l’Ahaggar et est séparé de l’Adrar des Iforas par le Ténéré (désert)

    c)      Les Kel- Ahaggar: 

    Les Kel- Ahaggar accueilleront peut-être des groupes Tamacheq venant de différents endroits  du Tassili des Azdjer ou directement d’Afrique septentrionale toujours à la suite des conquêtes arabes. Ces groupes Tamacheq vont refouler d’autres Tamacheq vers l’Adrar des Iforas situé au sud-ouest de celui-ci.

    d)      Les Kel-Adrar: 

    Ce nom Kel-Adrar est celui du massif qu’ils habitent, l’Adrar des Iforas. Il est incorrect de dire massif de l’Adrar car ces deux mots veulent dire la même chose. En tamacheq Adrar veut dire massif, montagne.

    L’Adrar a aussi été peuplé par différentes vagues successives de groupes Kel-Tamacheq à la suite des invasions arabes. Les Kel-Tamacheq arrivés en Ahaggar ont refoulé d’autres tribus  

    Tamacheq ou peut-être il n’a été qu’une étape de la migration des Kel-Tamacheq.

    L’Adrar est situé au sud-ouest de l’Ahaggar et à l’Ouest de l’Aïr. Il s’étend entre les 18è et 21è degrés de latitude nord. Les Kel-Adrar sont avec les Kel-Aïr  les groupes Tamacheq situés au sud. Ils sont de ce fait proches du pays des Noirs. Ils auront des liens commerciaux très étroits avec les différents empires médiévaux  du Soudan occidental, central et oriental. A partir du Xè   XIè siècle les différents groupements Tamacheq Kel-Azdjer, Kel-Aïr, Kel- Ahaggar et  Kel-Adrar deviennent des groupements politiques indépendants les uns des autres.

    Dans cette étude nous nous intéressons particulièrement aux Kel-Tamacheq de l’Adrar des Iforas. Ibn Hankal vers 970 déjà signale l’existence de la ville de Tademekka, la métropole commerciale de Kel-Adrar. Très tôt, l’Adrar des iforas prend une très grande importance dans le commerce transsaharien.

    30 janvier, 2008

    « Contribution à l’Histoire des Kel-Tamacheq de l’Adrar des Iforas »1: Akly Ag Wacawalène(mémoire de l’ENSUP)

    Classé dans : histoire1 — ibrahim ag mohamed @ 15:42

    RAISONS DU CHOIX 

    La société Kel-Tamacheq est connue sous une « autre littérature » empreinte de préjugés laissant une grande part à des comparaisons souvent stériles avec la société européenne. Il s’ensuit une connaissance superficielle de cette société.

    Son histoire est l’une des plus controversées du fait de la rareté d’écrits spécifiques d’une part, du mystère dont elle est entourée d’autre part. Les carnets et journaux des aventuriers, des administrateurs coloniaux, des touristes ne peuvent du fait de leur caractère exotique résoudre les nombreuses énigmes de nos sociétés de l’oralité. Ce sont le plus souvent des gens non spécialisés qui ont utilisé la manière forte pour obtenir des informations (interrogation de prisonniers, pillage de patrimoine, etc.)

    Il y a des préalables à la recherche historique dans les sociétés africaines comme partout ailleurs. Nous ne pouvons les citer tous : il faut avoir le maximum de temps mais aussi avoir la maîtrise parfaite de la langue de la société à étudier.

    Pour les raisons ci-dessus nous sommes bien indiqués pour traiter un tel sujet. Nous sommes Tamacheq et c’est dans le dessein de servir notre société de travailler un jour sur elle que nous avons choisi la section Histoire et Géographie à l’ENSUP. Ainsi nous avons nous même proposé ce sujet à notre Directrice de mémoire. Celle-ci a légitimé notre choix et a bien voulu nous encadrer. Nous avons bénéficié de sa lucidité et de son expérience nous lui en sommes reconnaissants.

    Nous avons vite été confrontés au problème de la documentation que nous vous présentons dans la première partie de ce mémoire.

    AVERTISSEMENTS 

    Dans notre étude nous avons utilisé des mots et expressions Tamacheq. Nos langues sont très riches en mots et expressions géographiques et historiques. C’est sans raison que ces mots sont délaissés au profit de ceux des langues dites académiques le français, l’anglais. Lorsque des mots Tamacheq sont employés généralement par des non avertis, ils les expliquent ou les font suivre par des mots français qui expriment les mêmes idées que ceux du Tamacheq. Des mots comme Adrar, Ténéré, Tanezrouft, Tilemsi…expriment à la fois la topographie, le climat et la végétation et même peuvent désigner l’homme quand ils sont précédés de la particule « kel » qui signifie  « ceux de », « les habitants de », « les gens de ».

    Les mots Touareg, berbère, Kel-Tamacheq entre autres désignent le même peuple. Mais nous préférons le mot « Kel-Tamacheq » par lequel ce peuple se désigne et à travers lequel il se reconnaît. Nous n’avons pas voulu changer la transcription des mots tamacheq usités dans les documents consultés.

    INTRODUCTION 

    Les Kel-Tamacheq, peuple aux multiples noms (berbère, Sanhadja pour certains de leurs voisins, bourdama, sourkou, bouzou pour d’autres) sont aujourd’hui connus sous le nom de Touareg. Tous ces noms n’ont pour ceux qu’ils désignent aucune valeur. Ils expriment mépris et méfiance.

    Notre étude porte sur les Kel-Tamacheq de l’Adrar des Iforas. Il importe cependant de dire quelques mots sur les autres Tamacheq en particulier sur leur répartition spatiale.

    « Les Touareg occupent une vaste région qui étend ses limites à la fois sur le Sahara et le Soudan ou Sahel (Mali, Burkina (Haute Volta), Niger). Leur domaine commence à la lisière du Grand Erg oriental et s’étend jusqu’au delà du Niger  pour s’arrêter à peu près  vers le 15ème degré de latitude nord, embrassant toute l’aire comprise entre le 5ème degré à l’ouest et le 10ème degré à l’Est du méridien de Greenwich » (1)

    Les Kel-Tamacheq sont aujourd’hui divisés en

     ** Touareg du Nord : Kel-azdjer, Kel-Ahaggar (Libye, Algérie) Kel-Tamacheq du Niger :  Ioulliminden (Menaka, kel-Dinnik (région de Tahoua au Niger), Kel-Adrar ou Iforas (Kidal) ** En Kel-Tamacheq de l’Est: Kel-Aïr ( Aïr Niger)  Kel-Gerès et Kel-Eoui (Niger

    Le critère de cette division est purement politique. Ils parlent tous Tamacheq mais avec des nuances d’un groupe à l’autre. Dans l’Ahaggar on parle le Tahaggart, Taïrt en Aïr, Taoullimet chez les Oulliminden, Tadrart dans l’Adrar des Iforas, etc. Tous ces groupes se disent Kel-Tamacheq « ceux qui parlent la langue Tamacheq » l’écrivent avec les caractères tifinar, leur écriture. Ce nom Kel-Tamacheq, qui indique une certaine unité culturelle voile en réalité une société très hiérarchisée. Cette dernière se divise en nobles et non nobles.

    Pour le profane le Tamacheq est « l’homme blanc du désert au visage toujours voilé » ; c’est méconnaître la société tamacheq car il n’y a pas que les blancs ; il y a les noirs et les métis. La société Kel- Tamacheq est multiraciale et forme un tout culturel et linguistique. Les Kel-

    Tamacheq sont aujourd’hui estimés à 500 000 âmes et sont un peuple d’éleveurs. Les Kel-Tamacheq sont les habitants du Sahara. Leurs foyers principaux de dispersion sont les quatre massifs du Sahara central (Azdjer, Aïr, Ahaggar et Adrar) Ces massifs portent les traces de brillantes civilisations (ruines de villes, peintures rupestres, écritures tifinar…) De plus les Kel-Tamacheq se sont parfaitement adaptés à ce milieu hostile qu’est le Sahara. Est-ce a dire que les Kel-Tamacheq ont été de tout temps des habitants de ce désert ?

    _______________________________________________________

    (1)   Lhote H ; 1984 ; p 11

    Les zones montagneuses sont le plus souvent des régions de refuge, mais lorsqu’il s’agit de massifs situés en plein centre du Sahara on peut se demander si les Kel-tamacheq n’ont pas peuplé ces massifs à la suite d’invasions de peuples étrangers.

    Parmi les groupes Kel-Tamacheq, ceux de l’Aïr et de l’Adrar sont les plus méridionaux donc en contact direct avec les populations noires. Nous savons également que le Sahara loin d’être un obstacle entre l’Afrique du Nord et l’Afrique soudanienne a été un lieu d’intenses brassages de populations, de circulation de biens de différentes origines. De puissants empires ont pu s’épanouir et contribuer à la prospérité du commerce transsaharien. Aussi les Kel-Adrar ont eu des relations de toutes sortes avec les empires médiévaux.

    Enfin quel sera l’impact de la colonisation française en Adrar ?

    Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre. Il s’agit pour nous « de sauver les meubles » dans la mesure où les Kel-Adrar connaissent depuis peu une sécheresse implacable et persistante. Pour eux, il faut lutter pour survivre. Dans ces conditions une crise sociale est inévitable. L’histoire a peu d’importance dans de telles conditions. Les Kel-Tamacheq aujourd’hui ne se soucient nullement d’hier mais de « demain », de l’avenir qui pour eux est sombre. En plus de cette crise, les Kel-Tamacheq bien que possédant une écriture sont un

     (surtout) est de plus en plus remplacée par l’écriture arabe d’où sa disparition inéluctable à l’avenir.

      Nous n’avons disposé que de peu de temps pour les recherches sur le terrain puisque nous avons travaillé seulement 30 jours. La ville de Kidal est en effet située à plus de 1600 km de Bamako. S’il est aujourd’hui possible d’arriver à Gao en 24 Heures en partant de Bamako grâce à la route bitumée Bamako-Gao, il faut souvent deux ou trois semaines en hivernage pour parcourir les quelques 400 km qui séparent Gao de Kidal. Ainsi nous avons perdu une grande partie de nos vacances avant d’atteindre l’Adrar des Iforas où doit se dérouler une grande partie de nos recherches. Arrivés à Kidal le 10 août, il nous a fallu également suivre les populations dans leurs déplacements souvent sur 50 à 70 km de la ville de Kidal. Nous nous sommes ainsi trouvés éloignés des archives du Cercle de Kidal.

        Ensuite il y a aussi la longueur même de la période étudiée. Celle-ci s’étend approximativement du VII è au XX è siècle. Or la documentation est souvent défectueuse en particulier sur la période de peuplement de l’Adrar par les kel-Tamacheq ; les informations sur la période du VII è au XIV è siècle sont très fragmentaires. C’est donc la qualité et la quantité des informations qui expliquent la longueur de certains chapitres par rapport à d’autres. Les dates sont elles aussi le plus souvent approximatives.

    Nous présentons cette étude en 4 grandes parties :

    -         La première partie est consacrée à la présentation et à la critique des sources qui nous ont permis de faire ce travail ;

    -         La deuxième partie est relative à l’origine des Kel-Tamacheq en général et au peuplement du Sahara central par ces derniers. Nous pensons que cette partie permettra aux lecteurs de mieux comprendre les parties qui suivent.

    -         Dans une troisième partie nous étudierons l’histoire des Kel-Tamacheq de l’Adrar au Moyen-âge, singulièrement leurs relations de bon voisinage et de dépendance avec les empires médiévaux (Ghana, Mali, Songhaï, Pachalik)

    -         La quatrième partie est relative à l’histoire de l’Adrar des Iforas sous domination française.

    PREMIÈRE PARTIE : ANALYSE ET CRITIQUE DES SOURCES :

    Dans la présente étude, nous avons tenté de réunir une documentation abondante et variée pour combler le manque de documents, en particulier des documents spécifiques sur les Kel-Adrar. La tradition orale a été d’une grande utilité mais il a fallu qu’elle soit soutenue par l’archéologie, les sources écrites, etc ; ce qui nécessite un travail souvent délicat de recoupement, de comparaison entre des sources historiques de valeur inégale. Nous présentons nos sources sous deux rubriques : les sources orales et les sources écrites.

    I.                   LES SOURCES ORALES 

    A l’instar des autres peuples africains, l’histoire en milieu Tamacheq est transmise oralement de génération en génération mais aucun groupe social ne détient de droit l’histoire comme les « jelli » en milieu bambara. L’histoire est populaire : ce qui fait qu’un même événement historique peut être interprété de différentes façons en fonction  de l’appartenance à tel ou tel groupe social. Il est préférable de s’adresser aux vieilles personnes pour avoir des renseignements sur leur passé. Il faut au préalable faire une distinction entre informateurs lettrés (en arabe) et illettrés.

    Nous avons travaillé sur deux types de traditions : une tradition recueillie dans des ouvrages écrits et celle que nous avons recueillie sur le terrain.

    La tradition recueillie dans les ouvrages écrits comme la légende de Tin Hinane est particulièrement intéressante.  En fait cette tradition est surtout connue des Kel-Tamacheq de l’Ahaggar, les Kel-Ghela. Tin Hinane selon la légende est une princesse et seule sa descendance peut prétendre à la chefferie même de nos jours. Cela s’explique par le rôle que joue la femme en milieu Tamacheq mais aussi la persistance du matriarcat. La légende présente aussi une société hiérarchisée : Tin Hinane, la princesse est accompagnée de Takama sa servante. Dans d’autres versions de la même légende, les deux femmes sont accompagnées par leur esclave Barama.

    Donc Tin Hinane représente la classe aristocratique ; Takama est l’ancêtre des vassaux et Barama l’ancêtre des esclaves Eklan. Cette division de la société en classes est très ancienne puisque notre princesse aurait quitté le Maroc vers le IVème siècle avant J.C (d’après la datation au C14.) Nous sommes en présence dès le IVème siècle devant une société de classe. Les Eklan peuvent ne pas avoir seulement une origine soudanienne, peut-être que les noirs vivaient aussi en Afrique du Nord, dans le Sahara. Ou alors le commerce transsaharien plonge ses racines dans la plus haute antiquité.

    La tradition recueillie sur le terrain est aussi importante pour la connaissance de l’histoire des Kel-Tamacheq. Ce sont également des légendes, des récits épiques, des contes, etc. Leur « talon d’Achille » est la chronologie.

    Pour fixer le temps, les Kel-Tamacheq ont recours aux phénomènes naturels (éclipse, sécheresse, inondation, épidémie, guerre, etc.) L’utilisation de certains mots et expressions peuvent aussi servir de repères: « An ghankay kel Aïr » qui veut dire « que les gens de l’Aïr te (vous) tuent » ; « An ghankay kel Ahaggar » qui veut dire « que les gens de l’Ahaggar te (vous) tuent » Ces expressions sont très courantes chez les Kel-Adrar. Elles tirent leur origine des guerres fréquentes  entre les Kel –Adrar, les Kel-Aïr et Kel- Ahaggar.

    Il faut ajouter l’entretien en milieu Tamacheq d’un sentiment réciproque de répulsion entre Kel-Adrar d’une part et les Kunta, les Maures, les arabes de l’autre. Les Kel-Adrar les considèrent comme leurs «  ennemis héréditaires.» les raisons principales sont les guerres autour des points d’eau, des pâturages et les rezzous incessants entre ces groupes.

    Pour les périodes anciennes, la tradition est vague voire de peu d’utilité. Cependant c’est grâce à elle qu’ont été reconnues les ruines d’Essuk (l’ancienne Tademekka) et bien d’autres anciennes cités.

    La tradition orale est plus précise avec l’avènement de la conquête française. Les sécheresses de 1913, 1945 sont encore vives dans la mémoire des Kel-Adrar. Nous avons jugé nécessaire

    de fournir aux lecteurs et aux éventuels chercheurs une liste de quelques informateurs :

    ·        A Gao : Ambeyry Ag Rhissa; Directeur Régional de l’Alphabétisation Fonctionnelle et de
    la Linguistique Appliquée (DRAFLA
    ) Il a environ 50 ans et est domicilié au Vème Quartier de Gao.

    ·        A Gao : Eglèze Ag FONI ; 45 ans,  Professeur d’Histoire Géographie au Lycée de Gao, Sossokoïra Gao. ·        A Kidal : Baye Ag MAHAHA: 60 à 70 ans, marabout de la fraction Kel-Essuk. ·        Boujakatt : environ 60 ans, Chef de la fraction Kel-Essuk  ·        In’Guida Ag Hiba : environ 60 ans, Chef de la fraction des Taghat Malet ·        In’talla Ag Attaher : Aménokal des Kel- Adrar, député de
    la Section de Kidal, environ 60 ans 

    ·        Jean Pierre Titta : environ 35 ans, bibliothécaire et archiviste du Cercle de Kidal.

    Les sources écrites ont été indispensables pour compléter et préciser les données de la tradition orale.

    II. LES SOURCES ECRITES 

    1. / Les sources écrites arabes 

    Les voyageurs arabes ont beaucoup écrit sur le Bilad-es-Sudan. Il faut toutefois savoir que certains voyageurs arabes comme Ibn Hawkal (Xè s.) ; Ibn Batuta (XIIIè et XIVè s.) se sont rendus sur le terrain. Par contre, d’autres comme El-Bekri ne se sont pas rendus dans le Bilad-es-Sudan. Cela n’a nullement joué sur la qualité de leurs informations. El-Békri est d’ailleurs l’un des plus intéressants auteurs arabes. Il a vécu avant 1068 en Andalousie (Espagne). C’est l’un des plus grands géographes arabes de l’Occident musulman du XIè s. Il est mort en novembre 1094 en laissant derrière lui une œuvre complète et indispensable pour la connaissance de l’histoire de l’Afrique : « Description de l’Afrique septentrionale »

    Dans cet ouvrage, l’auteur nous livre une description de la ville de Tademekka et de ses habitants. Le nom de cette ville signifie selon lui « forme de Mecque » Il nous parle également des « dinars » de Tademekka . L’une des informations la plus importante pour nous est la description de la grande route Ghana- Tademekka.

    El -Békri a recueilli ces précieuses informations à partir des témoignages des marchands arabes qui faisaient des voyages réguliers entre le Bilad-es-Sudan et l’Afrique du nord. Certes, cela entraîne un certain scepticisme mais certaines de ces informations se vérifient même de nos jours (notamment la description de la ville de Tademekka, la vie des habitants, etc.) Tademekka selon El-Békri serait une déformation du mot arabe « hada Maka » ce qui signifie « forme de
    la Mecque » En fait, Tademekka et Maka ont étrangement un son commun, Mekka c’est pourquoi l’auteur a tiré la conclusion facile selon laquelle ce nom signifie « forme de Mecque » Ce qui est un calembour de plus très fréquent chez les voyageurs arabes. Peut-être expriment-ils là la nostalgie de la lointaine cité arabe,
    la Mecque. Tademekka est le nom de l’oued où sont actuellement situées les ruines d’Essuk (l’ancienne Tademekka), donc la ville a simplement pris le nom de cet oued. On l’appelle aussi Tademekket. Ce nom n’a rien à avoir avec « forme de
    la Mecque » comme le prétend El-Békri. 

    El-Békri est cependant l’un des auteurs arabes qui nous livre des informations indispensables sur la ville de Tademekka en ce XIè s. Nous savons par lui que cette ville avait des relations commerciales avec l’Empire du Ghana. Nous n’avons pas disposé de telles informations ni avant lui ni après lui. Ce siècle (XI è s.) est celui d’El-Békri, les autres auteurs arabes et même  plus tard les Européens ne feront que le reprendre.

    1. / Les sources écrites Européennes : 

    Les ouvrages européens écrits sur les Kel-Tamacheq sont aussi nombreux. Mais ils traitent surtout sur les Kel-Tamacheq de l’Aïr, de l’Ahaggar. Ces derniers ont bénéficié d’une nombreuse littérature et sont donc les plus connus des groupes Kel-Tamacheq. Henri Lhote

    est l’un des grands spécialistes des Kel-Ahaggar. Il a écrit plus d’une dizaine de titres sur eux.

    Les Kel-Adrar sont les moins connus de tous les groupes Kel-Tamacheq à cause des raisons déjà évoquées.

    L’ouvrage le plus en vue sur eux est celui de A. Richier : «  Les Touareg du sud, les Ioullimmiden » parut en 1924.

    A . Richier est un médecin des troupes coloniales françaises du Soudan. L’auteur s’est largement inspiré des auteurs arabes et des ouvrages de ses prédécesseurs ( Barth ; Dureyrier, etc.) mais aussi de la tradition orale.

    Cet ouvrage de Richier traite de l’histoire des Ioullimmiden, groupe Tamacheq de l’actuel cercle de Ménaka, histoire inséparable de l’Adrar des Iforas, leur lieu d’origine. Dans ce document, l’auteur fait une brève présentation des origines des Kel-Tamacheq, les péripéties des 

    Ioullimmiden en Adrar ; leur migration vers la zone qu’ils occupent actuellement, leurs rapports avec l’Empire Songhaï et le Pachalik et enfin la conquête coloniale. Cette dernière est particulièrement plus précise, puisque l’auteur a été l’un de ses acteurs.

         Cet ouvrage comme tous les ouvrages des administrateurs coloniaux a été rédigé dans le dessein de servir « 
    la Grande France » Richier le dit  au tout début de son ouvrage : « pour savoir quel est l’avenir de nos possessions africaines et connaître les conditions véritables de leur prospérité, il ne suffit pas de s’enquérir du présent. Le passé a aussi le droit d’être entendu » Les informations fournies par l’auteur ne sont pas exemptes de préjugés sur les Kel-Tamacheq. Il les compare à des animaux sauvages qu’il faut « apprivoiser », ce sont là des jugements de valeur très à la mode pendant la période coloniale, jugements qui retardèrent l’intégration des Kel-Tamacheq à la nouvelle administration coloniale. La présentation de la société est aussi brève mais d’une grande exactitude. Certaines  données sont aujourd’hui mises à contribution pour la découverte de la tombe de Tin Hinane et la légende de celle-ci. Nous savons par elle que la princesse est accompagnée d’esclaves noirs (Barama) en quittant le Tafilalet (Maroc.) Ce qui sous-entend l’existence de souche noire très ancienne au Maghreb. Nous savons désormais que l’Empire du Mali s’étendait jusqu’en Adrar et en Aïr. Ce que l’on peut reprocher aux administrateurs coloniaux est d’avoir fait une analogie entre société Kel-Tamacheq et société européenne. Ainsi ils ont tenté de faire correspondre les différentes couches de la société Tamacheq à celles de l’Europe du moyen-âge. Or ce sont des sociétés différentes. Nous n’excluons pas de prendre comme référence l’Europe. D’ailleurs, ils sont le plus souvent tombés dans l’européocentrisme, comme quoi l’Europe est le centre du monde. Nous n’allons pas revenir sur un débat déjà clos.

    Richier a le mérite de laisser à la postérité l’un des plus importants ouvrages d’histoire sur les        Kel-Tamacheq. Après Richier, les ouvrages sur les Kel-Tamacheq sont plutôt touristiques. Les randonnées touristiques dans les massifs du Sahara Central et ailleurs ne font qu’assouvir le besoin exotique des européens. Les oubliés de l’Adrar sont l’une des rares minorités qu’il faut visiter, photographier avant son extinction. Le rallye Paris – Alger – Dakar, « l’entreprise du gaspillage » est entrain de piétiner les derniers Kel-Tamacheq du Sahara. Mais il faut faire le maximum de cartes postales de « l’homme bleu » du Sahara.

    Il n’est ni loyal ni réaliste de compter sur le tourisme pour résoudre l’une des nombreuses insuffisances  de la connaissance de l’Histoire des Kel-Tamacheq. 

         Enfin, nous avons consulté aussi des archives pour la période coloniale. Leur intérêt n’est pas à démontrer. Nous avons tenté sans succès de déchiffrer quelques lettres d’administrateurs coloniaux. Nous disons déchiffrer parce que leur état est si déplorable qu’il est impossible de tirer  d’elles la moindre information. Cette situation est inadmissible pour un pays  qui a peu de sources sur son passé. Nous pensons que les autorités de ce pays ont tout intérêt à sauver ce qui nous reste de notre patrimoine culturel. C’est alors qu’il faut penser à la restitution de

    l’autre partie de ce patrimoine pillé ou enlevé par les anciennes métropoles coloniales.

                L’histoire des peuples africains s’affirme grâce à des moyens techniques qui facilitent les recherches. L’archéologie est largement mise à contribution dans cette reconstitution du passé.

    L’intelligence humaine n’a pas encore dit son dernier mot. La tradition orale n’est pas en reste encore moins les autres sources d’histoire. Un effort sur les langues africaines est à envisager  avant qu’il ne soit trop tard. La langue est l’une des dernières sources d’histoire dont nous disposons. Mais celle-ci connaît un recul constant devant les langues des technologies avancées (anglais, français), ces dernières ont aussi le privilège d’être les langues à économie forte d’où leur victoire irrésistible.

                Pour une meilleure compréhension du passé des Kel-Adrar nous avons jugé nécessaire de présenter dans une seconde partie  l’origine des Kel-Tamacheq.

    II ème PARTIE : CHAPITRE I.- ORIGINE DES KEL-TAMACHEQ 

    Nous ne disposons que de peu de sources écrites et orales pour l’origine des Kel-Tamacheq. Cependant ils ont une écriture, le tifinar. Le tifinar est lui-même la forme évoluée d’une écriture très ancienne, l’écriture libyco-berbère (selon Henri Lhote dans son ouvrage « A la découverte des fresques du Tassili ») Nous avons plusieurs inscriptions tifinar sur les massifs du Sahara Central. Mais les Kel-Tamacheq ne peuvent les lire. Pour eux il s’agit d’écritures d’un peuple inconnu, l’écriture de « Ama-Malen » un personnage mythique. Pour les arabes c’est l’écriture de satan. Nous pouvons attribuer cette méconnaissance souvent volontaire des Kel-Tamacheq au fait que très tôt, les Arabes ont condamné cette écriture. Ils ont qualifié les utilisateurs de « mécréants ». Les inscriptions en tifinar ne sont pas encore déchiffrées, de sorte qu’elles ne sont encore d’aucune utilité pour la connaissance de l’histoire des Kel-Tamacheq. H. Lhote qui a vécu en milieu tamacheq en dit : « l’on ne peut obtenir beaucoup de renseignements sur leur origine, puisqu’ils ne possèdent aucune chronique écrite hors les quelques générations qui les précèdent immédiatement les laissent complètement indifférents »

    Les raisons de cette attitude des Kel-Tamacheq vis-à-vis de leur passé est à rechercher dans l’hostilité de leur milieu, le désert, leur mode de vie, le nomadisme et d’autres influences extérieures (l’islam par exemple) Tous ces facteurs ont pu jouer dans ce non  « intéressement » des Kel-Tamacheq à leur histoire. Cependant, la tradition orale peut encore être d’un grand apport  pour la connaissance de ce peuple.

    1.    Origine selon la tradition orale : 

    Différentes appellations sont utilisées par leurs voisins pour les désigner. Les Kel-Tamacheq sont plus connus sous le mot arabe « touareg.» Les chercheurs ont tenté de définir ce mot.

    Pour M. Delafosse ce mot veut dire « renégat », du verbe « taraka » « abandonné » puisqu’ils ont renié douze fois la religion musulmane.(1.)

    Les Kel-Tamacheq ont farouchement résisté à la conquête arabe. Les héros de cette résistance sont nombreux, les plus connus sont : Koceïla et Lahina. C’est pour fuir la domination arabe et leur religion (l’islam) que les Kel-Tamacheq ont quitté l’Afrique septentrionale vers le VII è.  et XI è s. pour s’installer dans les massifs du Sahara.

    Delafosse ajoute que ce mot peut aussi désigner « voleur de grand chemin » ou encore « chemineaux »du mot arabe « thariq » (chemin) (2).

    Cette appellation est aussi valable, car le vol plutôt que le pillage est une activité des Kel-Tamacheq puisqu’ils ne peuvent seulement vivre de l’élevage. Le pillage des caravanes ou des villages des sédentaires ou même d’autres groupes Kel-Tamacheq est le fait de nobles guerriers (Ihaggaren, Iforas ou Imouchagh), la guerre la principale activité des nobles ; les basses couches s’occupent du gardiennage des troupeaux et des travaux domestiques.

    Ils sont aussi désignés sous le nom arabe « sarag » qui selon A. Richier signifie « piller », « voler » et par un mot bambara « sourgou » qui veut dire hyène et par extension cruauté. (3).

                Ajoutons que les Songhaï aussi les appellent « sourgou boro » qui veut dire « gens de la brousse. » Ces appellations dénotent le grand mépris qu’inspirent les Kel-Tamacheq. Cela s’explique par le fait que les populations sédentaires ont souffert des excès des Kel-Tamacheq. Les peuples sédentaires ont de tout temps souffert des pillages des populations nomades.

    Il y a bien d’autres appellations, toutes plus péjoratives les unes que les autres.

           Pour se désigner eux-mêmes, ils disent :  « nous sommes imohaq, imorhar, imajirhen et notre langue suivant les tribus s’appelle le Tamacheq ; tous ces mots dérivent de la même racine, le verbe iohargh qui signifie « il est libre, il est franc, il est indépendant, il pille » (1).

    C’est donc par ce nom, Kel-Tamacheq (ceux qui parlent la langue Tamacheq qu’ils se reconnaissent et se désignent.) Comme le dit Yves Person : « En Afrique plus qu’ailleurs toute culture s’incarne dans une langue. C’est elle qui donne à chaque groupe humain la première conscience de son identité »

    Il faut en conclure avec Duveyrier  que ce nom  « Kel-Tamacheq » est celui que les « Touareg » ont le droit de porter et de revendiquer.

    Les Kel-Tamacheq se donnent plusieurs origines. Mais ces origines sont le plus souvent légendaires et même souvent des origines arabes.

    a-      ) La légende de Tin Hinane 

    Il existe plusieurs versions de cette légende. Elle est surtout connue des Kel-tamacheq

    du Hoggar.

    Voici cette légende telle que nous la rapporte le Père de Foucauld : « A une époque relativement récente, deux femmes musulmanes appartenant aux Berâber marocains arrivèrent, venant du Maroc à la palmeraie de Silet ( Ahaggar.) Ces deux femmes étaient de conditions inégales : l’une noble, s’appelait Tin-Hinane ; l’autre, plébéienne, vassale et servante de la première s’appelait

    _____________________________

    1. Delafosse M. 1972, P.118
    2. idem P.119

    3.   Richier A., 1924, p.17

    Takama (ou selon d’autres Tamalek.) Avaient-elles d’autres femmes, des hommes avec elles ? Qui eurent-elles pour époux ? On l’ignore. On sait qu’elles trouvèrent le pays vide  ou à peu près vide d’habitants et qu’elles s’y établirent tout à fait pacifiquement.

    Toutes les régions entourant l’Atâkor, toutes les parties basses et cultivables étaient inhabitées ; seuls quelques idolâtres nommés Issebeten vivaient dans les monts Taessa les plus inaccessibles de l’Atâkor. Le pays avait eu antérieurement une population nombreuse, attestée par les palmeraies de Silet et d’Ennedi, les figuiers de Tit, Terhenanet, etc. qui existaient à l’arrivée de Tin-Hinane, par les anciens ouvrages de canalisation que les travaux modernes mettent à jour, par les épées gigantesques et les grands ossements humains qu’on trouve quelquefois en fouillant le sol, par de nombreux tombeaux préhistoriques épars dans l’Ahaggar, par les puits des déserts qui entourent l’Ahaggar, puits creusés par les peuples antérieurs aux Touareg à une époque inconnue d’eux et dont les margelles, usées par les cordes et successivement exhaussées prouvent la haute antiquité. Comment le pays était-il vide après avoir été si habité ? La guerre avait probablement détruit ses habitants. Les « sehhaba » (compagnons de Mahomet, nom sous lequel on désigne les premiers conquérants  arabes) avaient croit-on vaguement traversé l’Ahaggar et en le traversant ils avaient dévasté et avaient exterminé ses habitants  presque jusqu’au dernier. Cette population détruite par les sehhaba, qui avait précédé  immédiatement les touareg actuels dans l’Ahaggar était le peuple idolâtre des Issebeten ; les Issebeten étaient courts d’esprit, ils parlaient la langue Touareg mais un dialecte spécial et grossier. Un de leurs rois, Akka est enterré au pied du mont Asekrem, au cœur de l’Atâkor, dans un tombeau monumental qu’on voit encore. A l’arrivée de Tin-Hinane, les derniers restes des Issebeten vivaient dans les cavernes des monts Teressa ; ils voyaient deloin la plaine blanche d’Aganar, la regardaient comme une divinité et la redoutaient. Certains Touareg plébéiens de la tribu des Dag-Ghâli sont regardés comme ayant parmi leurs ascendants masculins des Isebeten. Tin-Hinane s’établit à Abelessa, elle eut une fille, Kella, delaquelle descendent tous les Kel-Ghela. Takama eut deux filles ; de l’une descend la tribu noble de deuxième ordre des Ihadânaren, et de l’autre descendent  les deux tribus plébéiennes des Dag-Ghali et Ait- Ioaien. Tin-Hinane donna les palmeraies de Silet et d’Ennedi aux deux filles de Takama, aux descendants desquelles elles appartiennent encore.

    Longtemps les Kel-Ghela, les Dag-Ghali et les Ait –Ioaien  vécurent seuls dans l’Ahaggar, peu nombreux, sans chameaux, chassant le mouflon et faisant paître quelques chèvres, leur seule propriété. » (1.)

    C. de Foucauld y a ajouté certaines idées à partir des recherches qu’il a faites sur place, notamment sur la population de l’Ahaggar avant l’arrivée de Tin-Hinane. Qu’il juge y avoir « une population nombreuse, attestée par les palmeraies de Silet et d’Ennedi, les figuiers de Tit, Terhenanet, etc » ses informateurs les Kel-Ahaggar ne seraient pas en mesure de lui donner des informations aussi précises. Ce qui nous amène à dire qu’il y a rajout.

    Voyons un extrait de cette même légende que nous rapporte Léon Lehuraux «lorsque l’illustre Tin-Hinane vint du Tafilalet au Hoggar, accompagnée de sa fidèle suivante Takamat et d’un

    Certain nombre d’esclaves, elle était montée sur une superbe chamelle blanche… »(2).

    _______________________________________

     Richier A., 1924, p.17

    Dans la seconde version nous notons la présence d’esclaves. Dans d’autres versions Tin-Hinane et Takama étaient accompagnées de leur esclave Barama. C’est une information très importante. Il faut tout de même se poser au moins une question : est-ce que Barama l’esclave

    est noire ?

    Nous pouvons dire que les esclaves de Tin-Hinane sont probablement noirs. Car les Kel-Tamacheq ne font que des esclaves noirs. Donc le commerce transsaharien est très ancien, antérieur à l’arrivée des arabes. La société Tamacheq est une société hiérarchisée (nous l’étudierons dans un autre chapitre)

    La tombe de Tin-Hinane a été fouillée par une mission franco-américaine en 1926.

    « La fouille d’une salle funéraire… a permis de découvrir un squelette de femme qui pouvait être celui de la reine Tin-Hinane. Rien ne permet cependant d’être affirmatif à ce sujet. Ce fut tout d’abord la découverte sous un dallage de pierres monumentales, d’un squelette de femme couchée sur un lit de bois. Elle portait 7 bracelets d’or massif à un bras, 8 bracelets d’argent à l’autre. Sur sa poitrine, un collier de grain en verre, de jaspe, d’agate, de coraline et d’amazonite semblable aux parures carthaginoises. Une colonnette d’or de style byzantin, une belle coupe romaine en verre, une coupe en bois portant des empreintes de monnaie de Constantin le Grand, complétaient le mobilier » (3).

    Les restes de Tin-Hinane sont aujourd’hui conservés au musée du Bardo à Alger.

    « … Une datation au C14 a donné 470+130 ap. JC… nous pouvons donc penser que Tin-Hinane est arrivée en Ahaggar vers le début du IV è. s. soit 400 et 450 ap. J.C. »1

    La datation au C14 nous permet de remédier à la lacune chronologique de la légende de Tin-Hinane.

    Tin-Hinane serait arrivée en Ahaggar vers le IV è s. bien avant l’islam. Elle n’était donc pas musulmane.

    Les Kel-Tamacheq pas plus que certains peuples africains n’échappent pas à se donner une origine arabe.

    La légende de Tin-Hinane est donc très importante pour la connaissance des Kel-Tamacheq. Mais il faut qu’elle soit épaulée par d’autres sources, l’archéologie par exemple. La légende de Tin-Hinane mène à l’origine yéménite c’est à dire l’origine arabe.

    b) Origine yéménite :

    C’est celle qui leur donne une origine arabe, précisément de l’extrême sud de la péninsule arabique. Elle est le fait des lettrés Kel-Tamacheq. H. Duveyrier nous rapporte ceci : « tu nous demandes des renseignements sur notre origine.

    ______________________________________________________________________________

    1.   Maître J.P. 1976 p 763.

    2.   Léhuraux L. 1928, p.128

    3. Maître J.P. 1976 p 763

    Je te réponds : notre descendance la plus générale est celle des Idrissides de Fez ; quelques uns viennent d’Ech-Chinguit, entre

    Tombouctou et l’océan ; d’autres sont les gens de  « l’adagh » (Adrar ) entre le Niger et nos montagnes.

    Nous descendons des Idrissides par un Chérif qui fut tué par le roi Ourmin et ce Chérif est à la fois l’ancêtre commun des chorfa d’Azdjer, des chorfa de Kerzag et des chorfa d’Aouazzan. Ainsi nos chorfa foghas et Iman sont de la même lignée que les plus grandes familles du Maghreb… » (1).

    Seuls quelques groupes Tamacheq peuvent prétendre avoir une origine arabe ou du moins avoir du sang arabe notamment les tribus chérifiennes vivant en milieu Tamacheq, mais ils sont de culture Tamacheq.

    Il ajoute : « si tu nous demandes de mieux caractériser les origines de chaque tribu et de distinguer les nobles des serfs, nous te dirons que notre ensemble est mélangé et entrelacé comme les fils d’une tente dans lequel entre le poil de chameau avec la laine du mouton, il faut être habile pour établir une distinction entre le poil et la laine. Cependant nous savons que chacune de nos nombreuses tribus est sortie d’un pays différent. »(2).

    Le métissage entre Kel-Tamacheq et arabes a amené les Kel-Tamacheq à se donner une origine arabe. Certes quelques familles Tamacheq ont eu des liens de mariage avec les Arabes. C’est certainement ces liens de mariage entre arabes et Tamacheq  qui ont poussé certains auteurs arabes à leur donner des origines arabes.

    2.Origines selon les sources écrites : 

    La plupart des sources écrites s’inspirent de la tradition orale notamment les sources arabes. Les auteurs arabes donnent aux Kel-Tamacheq des origines yéménites et berbères tandis qu les Européens s’accordent à leur donner une origine berbère.

    a)      Origine selon les sources écrites arabes : 

    Les sources écrites arabes donnent aux Kel-Tamacheq des origines yéménite et berbère.

    -         Origines yéménites : Ibn Hawkal  qui visita le Sahara au X è. s., parlant des Sanhadja dit que :  « leurs traditions les font venir du Yémen.» La même idée sera plus tard en 1156 rapportée par Edrissi.

    Ibn Kaldoum nous met en garde contre les prétentions exagérées des populations africaines à une origine arabe. 1.

    Abderhamane  Es- Sa’ adi le Soudanais dans son ouvrage « le Tarikh Es-Sudan » leur donne une origine yéménite.

    Une fois de plus rappelons que les premiers conquérants arabes venus en Afrique ne comprenaient que des hommes en armes. Ils restèrent dans le pays, prirent des femmes dans les familles Kel-Tamacheq et firent souche.

    -         Origines berbères : Ce sont Jean Léon l’Africain, Ibn Kaldoum, El- Békri … qui

    donnent une origine berbère aux Kel-Tamacheq. El-Békri, par exemple parlant des habitants de Tademekka dit que : « les habitants sont berbères  et musulmans ; ils se voilent la figure comme le font les berbères du désert » (3).

    _____________________________ 

    1. H. Duveyrier, 1864, p 318

    2.H. Duveyrier : 1964, p 319 

    3.El Bekri;1965; p339

    b)      Origine selon les sources écrites européennes : Les sources écrites européennes s’accordent aussi à donner aux Kel-Tamacheq une origine berbère. Il y a d’autres ouvrages non moins importants. Barth s’inspirant des historiens Gréco-romains  

    Les ouvrages les plus importants sur les Kel-Tamacheq sont : « Les Touareg du Nord » de Henri Duveyrier ; « Chez les Touareg de l’Aïr » de Heinrich Barth ;   « Les Touareg du Niger » de A. Richier.

     (Hérodote, Pline) dit que : «  toutes les populations d’Afrique du Nord semblent appartenir au stock sémitique mais de leurs inter mariages avec les tribus venues d’Egypte elles ont reçu certains apports. La conséquence en fut que diverses tribus se différencièrent, désignées par les anciens  sous le nom de  « libyens, de maures, numides libyco-berbères, phéniciens, Gétules et autres » Il ajoute que «  les berbères semblent être restés à l’intérieur de leurs propres frontières jusqu’à ce qu’ils aient été chassés de leurs positions d’origine par les Arabes car ils avaient été maltraités par les précédents conquérants du pays( phéniciens, romains, vandales et byzantins…) (1)

    Les Kel-Tamacheq se souviennent encore qu’ils viennent d’Afrique du Nord. Cela est attesté par les noms tamacheq de certaines villes et régions d’Afrique septentrionale.

    Mais le mot « berbère » est inconnu des Kel-Tamacheq. Pour A. Richier  « ce nom d’une simple tribu  fut généralisé par les gréco-romains, et s’applique par eux à l’ensemble des peuplades de même race de l’Afrique du nord ; ils en firent barbaroi, barbari ; et plus tard, par une confusion facile à concevoir, l’expression prit peu à peu la valeur d’une épithète à laquelle s’attache le sens péjoratif de Barbare » (2)

      Le mot « barbare » désignait pour les gréco-romains les étrangers ou ceux qui n’habitaient pas dans les cités.

    Plus tard, les Arabes utilisèrent le même mot pour désigner les Kel-Tamacheq. Mais selon J.L. l’Africain « ils sont appelés El-barbar, nom dérivé à ce que disent certains, du verbe arabe barbara qui a le sens de murmurer » (3.)

    Nous pouvons donc penser que les Kel-Tamacheq descendent des Berbères d’Afrique du Nord. 

    Egalement les berbères et les Kel-Tamacheq ont d’autres traits communs. Le Tifinar, l’écriture tamacheq qui est la forme évoluée de l’écriture libyco-berbère est un alphabet berbère.

    Sur le plan linguistique, le Tamacheq est un dialecte de la langue berbère. Les berbères restés en Afrique du Nord bien qu’assimilés aux arabes ont gardé quelques traits de leur civilisation. Quelques groupes berbères comme les Shawi ou Shelluh au Maroc, les Kabyles en Algérie parlent et écrivent un dialecte berbère très proche du Tamacheq.

    Barth dit à cet effet que :  « le vrai nom indigène par lequel ces peuples se nomment eux-mêmes est le même que celui sous lequel ils étaient déjà connus des Grecs et des Romains, et qui fut donné par Ibn Kaldum à leurs ancêtres et d’autres écrivains arabes, c’est à dire Amazik Mazix, Magus, Magaw et même Maxitanus au singulier. La forme générale utilisée actuellement dans ces régions est Amoshagh au singulier et Imoshagh au pluriel, et Temashight est la forme neutre. » (4)

    __________ 

    1. Barth H;1972, p12

    2 Richier A. 1924, p 17

    3  L’Africain J.L.  1896 ; p 10-11  4  Barth H;1972, p12- 13 

    Les Kel-Tamacheq seraient donc une de ces nombreuses tribus berbères qui ont quitté différentes régions d’Afrique du Nord à la suite des conquêtes arabes pour s’installer au Sahara.

    Les appellations « touareg », « sourgou » ou berbère que les voisins des Kel-Tamacheq ont utilisé pour les désigner sont péjoratives. Il faut désormais les appeler les Kel-Tamacheq.

    Indicateurs de Développement

    Classé dans : Développement — ibrahim ag mohamed @ 15:42

    Situation globale des indicateurs par cercle 

    CERCLES Kidal VPP ou sites 44,94%  Consultations prénatales  TBS 66,70%  Qualité de la gouvernance locale  RPH en 2007 723,83  Maîtrise d’ouvrage en 2007 
    55,83%  1,47  12  12  100%  100% 
    Abeïbara  44,44%  48,71%  1,00  08,25%  12  12  100%  393,74  100% 
    Tessalit  51,68%  22,42%  1,60  46,11%  12  12  100%  191,63  100% 
    Tin-Essako  50%  55,55%  1,00  1,54%  08  08  100%  298,64  100% 
    Total Région  47,89%  43,53%  1,35  44,81%  44  44  100%  459,71  100%  15 

    source: Commission Technique Régionale de suivi des indicateurs PARAD

    VPP:village disposant d’au moins un point d’eau potable

    TBS: Taux Brut de scolarisation

    RPH: Revenus propres par Habitant

     

    CREATION D’UN COMITE REGIONAL D’ORIENTATION

    ET DE SUIVI DES ACTIONS DE DEVELOPPEMENT

     

     

     

    Le Gouverneur de la Région de Kidal par Décision N°  08-075 du 07 avril 2008,

    a créé un comité régional d’Orientation et de suivi des actions de Développement dans la Région de Kidal. Ledit comité est composé des représentants des collectivités, de la société civile et des services techniques. Ses missions sont:

    Article 2:

    « Le Comité Régional d’Orientation, de Coordination etr de suivi des actions de développement a pour mission de promouvoir la synergie des actions de développement au niveau entre les différents intervenants dans la région.

    A cet effet, il est chargé de:

    • - donner un avis sur les stratégies et programmes de développement au niveau de la région et suivre leur mise en œuvre;
    • veiller à la cohérence de la mise en œuvre des programmes sectoriels dans la région;
    • Formuler des recommandations tendant à assurer une bonne exécution desdits programmes;
    • susciter l’implication de tous les acteurs dans le processus des reformes institutionnelles au niveau de la région;
    • Orienter, coordonner, suivre et évaluer les appuis nécessaires à la mise en œuvre des programmes de développement des collectivités Territoriales dans la région

    Article 3:

    Le comité régional d’Orientation, de Coordination et de suivi des actions de développement est composé ainsi qu’il suit:

    ———————————————————————————————————————–

    Le Comité…peut faire appel à toute personne ressource en raison de ses compétences

    Article 4:

    Les représentants Régionaux des partenaires au développement participent aux réunions du comité régional d’Orientation…en qualité d’observateurs

    Article 5:  Le Comité Régional…se réunit en session ordinaire, sur convocation de son président une fois par semestre. Toutefois, il peut se réunir en session extraordinaire chaque fois que les circonstances l’exigent sur convocation de son président

    Le secrétariat du Comité… est assuré par la Direction Régionale de la Planification, de la Statistique, de l’Informatique, de l’Aménagement du Territoire et de la Population.

    Article 6:

    Le comité Régional… peut créer en son sein des commissions de travail

    Article 7:

    Les rapports du Comité Régional…sont adressés au ministre chargé des collectivités Territoriales »

    DES INFRASTRUCTURES DE DÉSENCLAVEMENT  POUR  KIDAL: 

    A l’occasion de la rentrée culturelle et de la saison touristique à Kidal, le ministre malien des transports Monsieur Hamed Diane SEMEGA a annoncé en conférence les acquis pour KIdal en matière de désenclavement:

    -Le financement de la route bitumée Bourem-Kidal dont les études techniques vont reprendre bientôt

    - Le financement de 7 Km de route goudronnée à l’intérieur de la ville de Kidal soit 2 milliards de F CFA

    - La construction de l’aéroport de Kidal à 15 Km au nord de la ville. Ces infrastructures qui vont coûter près de 20 milliards de F CFA, vont permettre la relance du tourisme.

     

    25 janvier, 2008

    La Scolarisation

    Classé dans : scolarisation,scolarisatuion — ibrahim ag mohamed @ 15:42

     

     La scolarisation des enfants en milieu nomade a toujours posé d’énormes problèmes. Cependant, aujourdhui dans la région de Kidal, elle connaît un léger mieux. Ceci est le fruit d’un concours de circonstances  et d’efforts fournis par l’Etat et par des individus ou groupes d’individus.

    De l’Indépendace du Mali en 1960 à 1979:

     la règle de Droit qui rend l’enseignement primaire obligatoire était strictement appliqquée par une administration tout à fait militaire. Les enfants étaient raménés à l’école de force lorsque le chef de fraction ou le père de famille n’était pas coopératif.

    A cause de cette question certains ont payé de leur vie. Il faut noter que cela était soutendu par un mépris évident de l’école de la part de la communauté tamacheq. On voyait » l’école étrangère » comme un moyen d’acculturation et de perversion de l’individu.

    Lorsqu’on acceptait d’envoyer son enfant à l’école, c’était rarement une fille, car la société la voyait comme un être à choyer et à protéger de façon permanente et de proximité.

    II De 1980 à 1990:

    C’était l’ère de la »Démocratie au sein du Parti » UDPM(Union Démocratique du Peuple malien).

    L’ administration militaire avait desseré son etreinte et laissé une certaine liberté aux nomades quant à la scolarisation de leurs enfants. Ce fut la chute du taux de scolarisation.

    III De 1992 à nos jours:

    Si la rébellion de 90 a occasionné la fermeture des écoles comme Telabit, Tin-Essako, Bouressa, elle a permis de faire comprendre aux populations que la principale voie du développement passe par l’école. Il eut un regain de scolarisation.

    A cela, il faut ajouter la nomination en 1992 du premier Inspecteur d’enseignement Fondamental de Kidal, originaire de la région. Avant cela, la Kidal dépendait de l’ inspection de Bourem.

    En 1994, naît le Lycée Attaher Ag Illy

    En mars 1996, Kidal a sa Direction Régionale de l’Education et le directeur M. Koina Ag Ahmadou est aussi originaire de la région

    L’arrivée de la démocratie pluraliste et de la Décentralisation accélère l’accès aux demandes en équipements, infrastructures et ressources humaines et financières.

     

     

    REFLEXIONS SUR LE NOMADISME ET LMA SCOLARISATION: Document émanant de l’Académie d’Enseignement de Kidal

    I  Caractéristiques et ampleur du nomadisme dans la région : 

    Le nomadisme dans
    la Région de Kidal est le mode de vie principal des populations. Celles-ci se caractérisent par une grande mobilité s’éloignant ainsi presque toute l’année de la plupart des écoles qui elles sont fixes.

        Cette mobilité est la résultante d’une économie essentiellement basée sur l’élevage transhumant et extensif qui oblige l’éleveur à une recherche permanente d’eau et de pâturages. L’eau et les pâturages, deux fondements de l’élevage qu’il est difficile de retrouver au même endroit en dehors d’une partie de la saison d’hivernage de plus en plus très courte. En effet, en hivernage on peut retrouver dans le même oued des mares gorgées d’eau de pluie et des éphémères dont se nourrit le bétail. Mais là-où il ya des mares importantes, le surpâturage fait disparaître rapidement l’herbe et le nomade soucieux de l’embonpoint de son troupeau va la chercher en des lieux lointains où elle n’a pas encore été broutée.

        Cette nécessité d’aller chercher loin les pâturages donne naissance aujourd’hui aux camions de transport de bétail et aux citernes destinées au transport de l’eau sur des distances relativement longues. Il faut dire que ces camions sont seulement utilisés par une infime minorité de parents d’élèves ayant les moyens de les acheter ou de les louer.

     Il est vrai qu’il existe des villages ou vivent des sédentaires et semi-sédentaires comme il existe des oueds et des puits auxquels certaines familles s’attachent et où ils reviennent habiter à certaines saisons de l’année

     Nous estimons que sur les 52 058 habitants de
    la Région, moins de 8000 vivent dans un centre semi-urbain ou urbain. Les autres mènent une vie nomade et même ceux qui habitent les villages ne sont pas complètement sédentaires.

      Le taux brut de scolarisation pour la région est de 44,81%. 

    Situation par cercle :  1.  Cercle de Tessalit :   

    Il compte 17 155 habitants. On peut estimer que moins de 1000 personnes vivent dans les villages du cercle. La population est essentiellement nomade: Les centres les plus importants sont les communes rurales de Tessalit et Aguel’hoc.

    Tessalit est caractérisé par deux activités : Le commerce de détail et le maraîchage donc a une population plus sédentaire que nomade. Il en est presque de même pour le village d’Aguel’hoc dont les habitants sont commerçants et éleveurs, donc moins sédentaires que ceux de Tessalit.

     

    Abanco Tadjnout, Taghlit Inakafel et Marat sont des petits hameaux et des puits avant tout, mais pas habités et sont des lieux qui n’ont pas de pâturages en saison sèche, ce qui explique qu’ils ne peuvent être habités à cette saison.

     

    Aguel’hoc a l’avantage par rapport à Tessalit d’être entouré d’oueds avec de bons pâturages permettant aux parents d’avoir un pied en brousse et un pied au village. Ce facteur est pour beaucoup dans la relative bonne scolarisation qu’on lui a connue jusqu’ici.

    Il faut noter que l’école d’Aguel’hoc et dans une moindre mesure celle de Tessalit, ont formé beaucoup d’élèves qui ont fini les études dans les grandes écoles(EN Sup et ENA) et l’Université de Bamako aujourd’hui.

    2.Cercle de Abeïbara : 

    Il enregistre le taux brut de scolarisation le plus faible de la région (8,25%). Avec une population de 9370 habitants. On estime que moins de 1000 habitants se trouvent dans les villages de  Abeïbara, Tinzawatène et Bouressa. C’est dire que le reste de la population vit permanemment en brousse.

    L’école Mohamed Ag BAYE d’Abeïbara, créée en 1993, compte à cette date 54 élèves  répartis entre une 1ere

     

    L’école Aghaly Ag BABACAR de Boghassa créée en 1964 avait 55 élèves avant les événements survenus l’an dernier à Tizawatène.

     

    3. Cercle de Tin-Essako : 

    Avec une population de 3590 habitants, il se caractérise par une très grande mobilité de la population qui plus que celles d’Abeïbara pratique l’élevage du dromadaire qui nécessite une très grande mobilité. Le taux de scolarisation brut du cercle est de 1,54%. 

    L’école Toua Ag ADASS de Tin-Essako, créée en 1964 ne compte aujourd’hui encore que 51 élèves.

    Les autres écoles plus récentes ont d’énormes difficultés à exister ce sont :

    ·       Inakarot :elle compte 40 élèves

    ·       Achibogho : elle compte 26 élèves

    ·       Imboulal : ne fonctionne pas depuis 2 ans ·       Abiyou :  ne fonctionne pas depuis 2 ans 

    4. Cercle de Kidal : 

    Avec une population de 21 943 habitants, il a un taux brut de scolarisation de 66,70%; Dans ce taux, il ya certes le poids de la commune urbaine de Kidal. Mais il faut noter que ce cercle est celui où on compte le plus grand nombre de villages et de sites alliant eau et pâturages ( Anefis, Intadeïni,Tassikt, Takallot, Djounhan, Aghabo…), ce qui freine un peu le très grand nomadisme qu’on connaît dans les cercles de Tin-Essako et Abeïbara.

     Cela a permis de créer des écoles autour des puits où les populations sont plus ou moins fixes :

     

     

    Ecole 

                                 E F F E C T I F S 
    Garçons  Filles  Total 

     

    Ecole 

                                 E F F E C T I F S 

    Garçons 

    Filles 

    Total 

    Remarque : Les écoles  des cercles de Tessalit et Kidal créées en 1967 ont connu un développement presque normal par rapport à celles des cercles de Tin-Essako et Abeïbara, car ayant formé la très grande majorité des cadres de la région. L’école de Kidal, il est vrai est l’aboutissement de celle de Intadeïni (à 25Km au nord-est) qui fut la première école fixe dans la région de Kidal en 1947 après celle de Tinterssène et Inbater (nomades celles-ci) 

    II Problèmes auxquels sont confrontées les écoles en milieu nomade : 

    A)  Les Difficultés de recrutement : 

    Excepté la période 1960-1980 ou le recrutement des élèves se faisait de force par le biais de l’administration, des notables et chefs de fractions, il y a des problèmes à recruter sur la base du volontariat des parents.

     

    B) Difficultés de rétention des élèves : 

    En fait dans la région de Kidal, il est plus facile de recruter les élèves que de les retenir à                                   l’école. Entre la 1ere et la 6e année, les abandons sont importants. Ainsi beaucoup d’enfants n’arrivent pas au 2nd cycle de l’enseignement fondamental

    C)Difficultés à créer une opinion 

     favorable à l’école parmi les parents

     

    pour aboutir à la mise en place d’initiatives endogènes quant à la prise en charge progressive des cantines et pour le développement de l’école.

     

     

     

             III Expériences et stratégies en cours : 

    ·       Les cantines scolaires continuent d’être du meilleur apport à la scolarisation dans le milieu nomade

    ·       Certains enfants sont parrainés par des ONG lorsqu’ils vont au second cycle et au lycée  en dehors du milieu où vivent leurs parents

    ·       Existence de troupeaux dans certaines écoles même s’il y a des problèmes de gestion

    ·       Implantation des écoles autour des puits où existent des pâturages quasi-permanents

    ·       Existence de bourses données aux filles pour venir en aide à leurs parents

    IV Propositions de stratégies pour favoriser la         scolarisation des enfants nomades : 

    ·       Créer des internats dotés de dortoirs et des réfectoires et recruter le personnel nécessaire pour les faire marcher (cuisiniers, serveurs, buandiers…)

    ·       Entreprendre des activités encourageant, la sédentarisation dans les lieux qui sont habités par les nomades pendant une bonne partie de l’année : ouvrages de maîtrise d’eau; dispensaire ou CSCOM…pour ce faire, il faut

    ·       Mener une étude sérieuse sur milieux favorables à la sédentarisation.

    ·       Pérenniser le ravitaillement des cantines en denrées alimentaires

    ·       Trouve des stratégies d’approvisionnement des cantines en protéines : mettre en place et/ou renforcer les initiatives visant à doter chaque école d’un troupeau et/ou d’un jardin potager

    ·       Amener les CGS à insérer une bonne part des actions de rétention des élèves dans leurs projets d’école.

    ·       Développer le Non Formel

     

     

     

     

     

     

    Kidal, le 25 avril 2008 

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