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31 janvier, 2008

Contribution à l’Histoire des Kel-Tamacheq de l’Adrar des Iforas”2: Akly Ag Wacawalène(mémoire de l’ENSUP)

Classé dans : histoire2 — ibrahim ag mohamed @ 15:42

Les Kel-Tamacheq seraient donc une de ces nombreuses tribus berbères qui ont quitté différentes régions d’Afrique du Nord à la suite des conquêtes arabes pour s’installer au Sahara.

Les appellations « touareg », « sourgou » ou berbère que les voisins des Kel-Tamacheq ont utilisé pour les désigner sont péjoratives. Il faut désormais les appeler les Kel-Tamacheq.

CHAPITRE II
LA CONQUETE ARABE DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE ET
LA MISE EN PLACE DES KEL-TAMACHEQ DANS LE SAHARA

La présence des Kel-Tamacheq au Sahara est relativement récente. A la suite des conquêtes arabes du VII è au XI è s. plusieurs groupes Kel-Tamacheq vont s’installer dans les massifs du Sahara Central (Azdjer, Ahaggar, Aïr, Adrar )

  1. Quelques étapes de la conquête arabe au Maghreb : 

Les conquêtes arabes commencées dès la mort du Prophète Mohamed atteignent l’Afrique septentrionale au VII è s. Les populations Kel- Tamacheq ont résisté farouchement à la conquête arabe. Il a fallu aux arabes quelques cinquante ans pour être maîtres de l’Afrique du Nord. Dans cette étude nous nous limiterons aux campagnes d’Okba Ben Nafi, aux invasions des Beni Hilal parce qu’elles ont joué un rôle très important dans le processus du peuplement du Sahara par les Kel- Tamacheq.

a)      Les campagnes d’Okba Ben Nafi : (669-683) 

Entre 669 et 670, le conquérant arabe Okba Ben Nafi conquit plusieurs villes de
la Libye et de l’Ifriqiya. Après l’occupation de Barka, Okba se lance dans le Fezzan (sud de
la Libye actuelle) qu’il soumet presque sans combat, Kaouar à son tour est prise après une résistance ; « les hommes furent égorgés, les femmes et les enfants réduits en esclavage » (1.) La capitale

du Fezzan, Garama (actuelle Djerma) doit payer un tribut annuel de 360 esclaves. Ensuite, il envoya un corps de cavalerie vers Ghadamès qui tombe à son tour. Une fois, la soumission de
la Libye assurée bien que partiellement, Okba se tourne vers l’Ifriqiya (Tunisie actuelle.) En 670, la place d’armes Al-Qayrawâne (Kairouan) est fondée. Place qui devait servir à surveiller «les véritables ennemis non pas les Byzantins mais les Berbères » (2).

En effet, les populations berbères sont plus hostiles à l’occupation arabe que les Byzantins.

Entre 680 et 683, Okba se tourne vers le Maroc. L’occupation du Maroc ne dure que 2 ans (680-682) Elle a été facilitée par les dissensions internes entre les différentes tribus marocaines. Également, le pays est miné par les pillages répétés des populations nomades ; de sorte que le conquérant est vu par les populations sédentaires comme un «libérateur.»

La riposte aux conquêtes arabes est organisée par Koccila ou Koceïlata. Les Kel-Tamacheq sous la direction de Koccila attaquent les arabes en 683. Mais les armées arabes mieux organisées battent les Kel-Tamacheq. Leur chef Koccila est prisonnier d’Okba. Mais le premier conquérant arabe est tué par son prisonnier, Koccila avant d’être lui-même mis à mort.

La seconde phase de la résistance Tamacheq « est illustrée par l’épopée de Lahina, une héroïne berbère qui a su mobiliser les siens et galvaniser leur courage pendant plusieurs années. Mais les renforts successifs arabes viendront à bout de la résistance de Lahina entre 705 et 709 » (3).

« La conquête et l’islamisation de l’Afrique étaient en voie à la mort d’Okba , en 683, et virtuellement achevées en 710 » (4).

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1. Hama B., 1969, p 180

 2. Julien C.A., 1976, p 83. 3. Zerbo J.K., 1978, p 108 

4. Richier A.,1924, p 39

La conquête arabe eut des conséquences très importantes dans la région. 

Okba Ben Nafi imposa l’islam à la place du Christianisme et du paganisme. Plusieurs groupes berbères préfèrent se réfugier dans les massifs de l’Atlas comme les Kabyles en Kabylie. D’autres émigrent vers le Sahara, donc à chaque étape de l’occupation de l’Afrique du Nord correspondent d’importants mouvements de migration. Généralement ces migrations se font en direction du Sahara pour échapper à la domination arabe  et à la religion islamique.

Certains groupes trouvent le maquis et se livrent à des pillages dans les nouveaux Etats

formés par les Arabes. D’ailleurs, l’Afrique du Nord très éloignée des bases du vaste Empire Arabe s’installe dans une instabilité chronique. Les guerres intestines sont fréquentes entre les différentes tribus Berbères.

Cette attitude d’insoumission du Maghreb va entraîner l’envoi par le Sultan Fatimide des tribus Arabes, les Beni-Hillal pour châtier les Berbères.

b)      L’invasion arabe hillalienne :  Appelées aussi Beni-Hillal, ces populations nomades vivaient d’abord en Arabie. Elles se livraient à des pillages sur les populations sédentaires. Ernest Mercier rapporte que : « Le Khalife El-Aziz, voulant prévenir de nouvelles insurrections de ce genre (pillage), se décida alors à transporter au loin les turbulents nomades qui lui avaient causé tant d’ennuis. Par son ordre, les tribus de Hillal et Soleim furent, vers la fin du Xè s. transportées en masse dans le Said ou Haute Egypte, et cantonnées sur la rive du Nil » Il ajoute que : »Mais si par cette mesure, le danger résultant de leur présence en Arabie était écarté, leur concentration sur cet espace restreint au cœur de l’Egypte, ne tarda pas à devenir une cause d’embarras nouveaux. Habitués aux vastes solitudes de l’Arabie, n’ayant du reste aucune ressource pour subsister ces Arabes firent du brigandage un état permanent, de sorte que le pays devint bientôt inhabitable, tandis qu’eux-mêmes souffraient de toutes les privations. Cette situation durait depuis près de 50 ans et le Gouvernement Egyptien avait en vain essayé de porter remède, lorsque par la suite des événements, le Khalife Fatimide trouva l’occasion  de se débarrasser de ces hôtes incommodes en les lançant sur les Berbéries» (1.) 

Les Beni-Hillal étaient donc des populations que le gouvernement ne pouvait pas contrôler. De plus, elles étaient réputées pour leurs qualités guerrières. Or, le Maghreb est depuis quelques temps insoumis aux autorités Khalifales. Cette force que représentent les Beni-Hillal devait donc être utilisée contre les Berbères rebelles. « Vers l’an 1049, une première troupe de guerriers arabes (Beni-Hillal) envahit le pays de Barka sans rencontrer de résistance. La renommée apporta la nouvelle de ce succès aux Arabes restés en Egypte. Aussitôt, tout ce peuple se disposa à l’émigration en masse… »(2). Une population dont le chiffre devait varier entre 150 et 200 000 personnes, se précipita alors vers l’Ouest. Ces émigrants quittent l’Egypte sans esprit de retour entraînant avec eux leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux » (3).  Les envahisseurs Arabes Beni-Hillal, sous la conduite de leur chef Mounès Ben Yehia ouvraient la marche vers l’Ouest « semblables à une nuée de sauterelles, dit Ibn Kaldum ; ils détruisaient tout sur leur passage » sans presque aucune résistance. « Les tribus Berbères des Houara et Louata abandonnées à elles-mêmes et divisées par des rivalités séculaires, ne tentèrent pas une résistance inutile : elles s’ouvrirent au flot envahisseur qui atteignit bientôt le sud de l’Ifriqiya… » Vers 1053, lorsque toutes les forces berbères furent concentrées, El-Moezz (Chef berbère de l’Ifriqiya) en prit le commandement et marcha contre les arabes avec une armée dont l’effectif s’élevait dit-on à 30 000 combattants » (4)

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1. Mercier E. 1889, p 8

2. Mercier E. 1889, p 9

3. Mercier E. 1889, p 17

4. Mercier E. 1889, p 8 – 9 – 17

Ils furent défaits par les Arabes Hillaliens à la bataille de Haïderane non loin de Gabès.

L’invasion hillalienne engendra de profondes modifications en Afrique septentrionale. C’est à cette période ( environ 1043-1062) qu’il faut situer l’islamisation des Berbères.

Quelques années après les Arabes et les Berbères islamisés vont se lancer à la conquête de

l’Europe. Mais surtout un groupe de fanatiques berbères réussira à porter le flambeau de

l’Islam là où les Arabes ont échoué, dans le pays des Noirs, il s’agit des Almoravides. Cette islamisation revêt plusieurs caractères :d’abord forcée selon le principe « crois ou meurs » ; cette forme entraînera la migration de nombreuses populations berbères surtout vers le Sud en direction du Sahara où elles occupent les montagnes (Kabylie, Aurès, Atlas…) Ces minorités montagnardes sont les seules avec les Kel-Tamacheq sahariens  à avoir gardé leur langue et leur écriture le Tifinar.

Les populations Berbères qui se convertissaient sont exemptées d’impôt ; tandis que celles qui ne l’étaient pas devaient soit abandonner leur territoire, soit payer de lourdes contributions. L’implantation au Maghreb de l’élément arabe a été la conséquence de  la propagation de la religion musulmane, mais aussi de la migration  de certaines populations berbères vers le Sahara.

  1. La mise en place des quatre grandes confédérations Tamacheq dans le Sahara Central : 

Les campagnes d’Okba Ben Nafi de 669 à 683 en Afrique septentrionale, l’invasion hillalienne vers 1053 jouèrent un rôle de premier ordre dans le peuplement du Sahara par les Kel-Tamacheq.

« Les Berbères semblent être restés à l’intérieur de leurs propres frontières jusqu’à ce qu’ils aient été chassés de leur position  d’origine par les Arabes car ils auraient été maltraités par les précédents conquérants du pays ( Phéniciens, Romains, Vandales et Byzantins) »

 La présence des Kel-Tamacheq au Sahara est relativement récente. Il semble qu’elle a commencé avec les différentes invasions qu’a connu l’Afrique septentrionale. Cela est également attesté par la datation au carbone 14 des restes de Tin-Hinane, l’ancêtre des Kel-Ahaggar. Mais les migrations des Kel-Tamacheq au Sahara à la suite des conquêtes arabes sont certainement les plus importantes. Francis Nicolas aussi pense que :  « les premiers Twareg chassés du Fezzan (
la Targa) par l’invasion hillalienne, arrivent en Aer (Aïr) venant du Nord Est (directement) ou du Nord ( par l’Ahaggar) en vagues successives, peu importe, le plus clair de leurs troupeaux étant constitué par des camelins ; l’Ahaggar, comme l’Aer et l’Adrar jouera le rôle de relais, les envahisseurs successifs s’y renforçant  et chassant tour à tour les prédécesseurs. L’Aïr verra les Proto-Haussa refoulés en grande partie par les Libyens, ces derniers à leur tour par les Twareg : ceux-ci, détachant une antenne vers l’Adrar donneront naissance aux Iullemmeden, puis aux Iforas. Il ne faut pas s’illusionner sur la portée de ces appellations : Iforas, Iullemmeden, Kel-Grès, Kel- Aer, ne sont que des expressions politiques et ne désignent pas des groupements raciaux bien définis… »(1.)

Dans ce texte « Twareg » et « libyens » sont des Kel-Tamacheq.

Comme Nicolas, Richier arrive à la même conclusion. Il dit : « Au dire de J. Mesnage, on aurait beaucoup exagéré la rigueur de l’islamisation par la force au nom du principe « crois ou meurs » Cependant, il est invraisemblable que cette islamisation par la force a été une des causes des migrations berbères vers le Sud : pour n’en donner qu’un exemple, la migration des Lemta chrétiens( ?) vers l’Adrar et vers le Niger se place justement au temps d’Okba vers 670.   (2)

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1. Nicolas F. 1950, p 13

2  Richier A. 1924, p 39-40

Il semble donc que les invasions arabes du VII è au XI è s. ont été déterminantes dans le processus de peuplement du Sahara. C’est aussi avec elles que se sont formées les quatre grandes fédérations Tamacheq qui portent chacune le nom de la région qu’elle occupe : Kel-Azdjer, Kel-Aïr, Kel- Ahaggar, Kel-Adrar

a)      Les Kel-Azdjer : 

Du nom du massif qu’ils habitent, l’Azdjer. La région de l’Azdjer ou Tassili des Azdjer est

vont prendre la direction du Tassili des Azdjer refoulant les premiers occupants où devenus

anciennement peuplé par les Kel-Tamacheq. Mais, elle verra sa population augmenter à la suite de l’occupation du Fezzan par Okba ben Nafi. Donc, plusieurs groupes Kel-Tamacheq

très nombreux, ils se dirigent vers l’Aïr, l’Ahaggar et peut-être l’Adrar.

b)      Les Kel-Aïr: 

Chassés par les invasions arabes, les Fezzanais, Kel-Tamacheq comme nous l’a mentionné Francis Nicolas vont se diriger vers l’Aïr. A leur tour  les Tamacheq refoulent plus au sud les Haussa.

L’Aïr est situé au sud-est de l’Ahaggar et est séparé de l’Adrar des Iforas par le Ténéré (désert)

c)      Les Kel- Ahaggar: 

Les Kel- Ahaggar accueilleront peut-être des groupes Tamacheq venant de différents endroits  du Tassili des Azdjer ou directement d’Afrique septentrionale toujours à la suite des conquêtes arabes. Ces groupes Tamacheq vont refouler d’autres Tamacheq vers l’Adrar des Iforas situé au sud-ouest de celui-ci.

d)      Les Kel-Adrar: 

Ce nom Kel-Adrar est celui du massif qu’ils habitent, l’Adrar des Iforas. Il est incorrect de dire massif de l’Adrar car ces deux mots veulent dire la même chose. En tamacheq Adrar veut dire massif, montagne.

L’Adrar a aussi été peuplé par différentes vagues successives de groupes Kel-Tamacheq à la suite des invasions arabes. Les Kel-Tamacheq arrivés en Ahaggar ont refoulé d’autres tribus  

Tamacheq ou peut-être il n’a été qu’une étape de la migration des Kel-Tamacheq.

L’Adrar est situé au sud-ouest de l’Ahaggar et à l’Ouest de l’Aïr. Il s’étend entre les 18è et 21è degrés de latitude nord. Les Kel-Adrar sont avec les Kel-Aïr  les groupes Tamacheq situés au sud. Ils sont de ce fait proches du pays des Noirs. Ils auront des liens commerciaux très étroits avec les différents empires médiévaux  du Soudan occidental, central et oriental. A partir du Xè   XIè siècle les différents groupements Tamacheq Kel-Azdjer, Kel-Aïr, Kel- Ahaggar et  Kel-Adrar deviennent des groupements politiques indépendants les uns des autres.

Dans cette étude nous nous intéressons particulièrement aux Kel-Tamacheq de l’Adrar des Iforas. Ibn Hankal vers 970 déjà signale l’existence de la ville de Tademekka, la métropole commerciale de Kel-Adrar. Très tôt, l’Adrar des iforas prend une très grande importance dans le commerce transsaharien.

 

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