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30 janvier, 2008

« Contribution à l’Histoire des Kel-Tamacheq de l’Adrar des Iforas »1: Akly Ag Wacawalène(mémoire de l’ENSUP)

Classé dans : histoire1 — ibrahim ag mohamed @ 15:42

RAISONS DU CHOIX 

La société Kel-Tamacheq est connue sous une « autre littérature » empreinte de préjugés laissant une grande part à des comparaisons souvent stériles avec la société européenne. Il s’ensuit une connaissance superficielle de cette société.

Son histoire est l’une des plus controversées du fait de la rareté d’écrits spécifiques d’une part, du mystère dont elle est entourée d’autre part. Les carnets et journaux des aventuriers, des administrateurs coloniaux, des touristes ne peuvent du fait de leur caractère exotique résoudre les nombreuses énigmes de nos sociétés de l’oralité. Ce sont le plus souvent des gens non spécialisés qui ont utilisé la manière forte pour obtenir des informations (interrogation de prisonniers, pillage de patrimoine, etc.)

Il y a des préalables à la recherche historique dans les sociétés africaines comme partout ailleurs. Nous ne pouvons les citer tous : il faut avoir le maximum de temps mais aussi avoir la maîtrise parfaite de la langue de la société à étudier.

Pour les raisons ci-dessus nous sommes bien indiqués pour traiter un tel sujet. Nous sommes Tamacheq et c’est dans le dessein de servir notre société de travailler un jour sur elle que nous avons choisi la section Histoire et Géographie à l’ENSUP. Ainsi nous avons nous même proposé ce sujet à notre Directrice de mémoire. Celle-ci a légitimé notre choix et a bien voulu nous encadrer. Nous avons bénéficié de sa lucidité et de son expérience nous lui en sommes reconnaissants.

Nous avons vite été confrontés au problème de la documentation que nous vous présentons dans la première partie de ce mémoire.

AVERTISSEMENTS 

Dans notre étude nous avons utilisé des mots et expressions Tamacheq. Nos langues sont très riches en mots et expressions géographiques et historiques. C’est sans raison que ces mots sont délaissés au profit de ceux des langues dites académiques le français, l’anglais. Lorsque des mots Tamacheq sont employés généralement par des non avertis, ils les expliquent ou les font suivre par des mots français qui expriment les mêmes idées que ceux du Tamacheq. Des mots comme Adrar, Ténéré, Tanezrouft, Tilemsi…expriment à la fois la topographie, le climat et la végétation et même peuvent désigner l’homme quand ils sont précédés de la particule « kel » qui signifie  « ceux de », « les habitants de », « les gens de ».

Les mots Touareg, berbère, Kel-Tamacheq entre autres désignent le même peuple. Mais nous préférons le mot « Kel-Tamacheq » par lequel ce peuple se désigne et à travers lequel il se reconnaît. Nous n’avons pas voulu changer la transcription des mots tamacheq usités dans les documents consultés.

INTRODUCTION 

Les Kel-Tamacheq, peuple aux multiples noms (berbère, Sanhadja pour certains de leurs voisins, bourdama, sourkou, bouzou pour d’autres) sont aujourd’hui connus sous le nom de Touareg. Tous ces noms n’ont pour ceux qu’ils désignent aucune valeur. Ils expriment mépris et méfiance.

Notre étude porte sur les Kel-Tamacheq de l’Adrar des Iforas. Il importe cependant de dire quelques mots sur les autres Tamacheq en particulier sur leur répartition spatiale.

« Les Touareg occupent une vaste région qui étend ses limites à la fois sur le Sahara et le Soudan ou Sahel (Mali, Burkina (Haute Volta), Niger). Leur domaine commence à la lisière du Grand Erg oriental et s’étend jusqu’au delà du Niger  pour s’arrêter à peu près  vers le 15ème degré de latitude nord, embrassant toute l’aire comprise entre le 5ème degré à l’ouest et le 10ème degré à l’Est du méridien de Greenwich » (1)

Les Kel-Tamacheq sont aujourd’hui divisés en

 ** Touareg du Nord : Kel-azdjer, Kel-Ahaggar (Libye, Algérie) Kel-Tamacheq du Niger :  Ioulliminden (Menaka, kel-Dinnik (région de Tahoua au Niger), Kel-Adrar ou Iforas (Kidal) ** En Kel-Tamacheq de l’Est: Kel-Aïr ( Aïr Niger)  Kel-Gerès et Kel-Eoui (Niger

Le critère de cette division est purement politique. Ils parlent tous Tamacheq mais avec des nuances d’un groupe à l’autre. Dans l’Ahaggar on parle le Tahaggart, Taïrt en Aïr, Taoullimet chez les Oulliminden, Tadrart dans l’Adrar des Iforas, etc. Tous ces groupes se disent Kel-Tamacheq « ceux qui parlent la langue Tamacheq » l’écrivent avec les caractères tifinar, leur écriture. Ce nom Kel-Tamacheq, qui indique une certaine unité culturelle voile en réalité une société très hiérarchisée. Cette dernière se divise en nobles et non nobles.

Pour le profane le Tamacheq est « l’homme blanc du désert au visage toujours voilé » ; c’est méconnaître la société tamacheq car il n’y a pas que les blancs ; il y a les noirs et les métis. La société Kel- Tamacheq est multiraciale et forme un tout culturel et linguistique. Les Kel-

Tamacheq sont aujourd’hui estimés à 500 000 âmes et sont un peuple d’éleveurs. Les Kel-Tamacheq sont les habitants du Sahara. Leurs foyers principaux de dispersion sont les quatre massifs du Sahara central (Azdjer, Aïr, Ahaggar et Adrar) Ces massifs portent les traces de brillantes civilisations (ruines de villes, peintures rupestres, écritures tifinar…) De plus les Kel-Tamacheq se sont parfaitement adaptés à ce milieu hostile qu’est le Sahara. Est-ce a dire que les Kel-Tamacheq ont été de tout temps des habitants de ce désert ?

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(1)   Lhote H ; 1984 ; p 11

Les zones montagneuses sont le plus souvent des régions de refuge, mais lorsqu’il s’agit de massifs situés en plein centre du Sahara on peut se demander si les Kel-tamacheq n’ont pas peuplé ces massifs à la suite d’invasions de peuples étrangers.

Parmi les groupes Kel-Tamacheq, ceux de l’Aïr et de l’Adrar sont les plus méridionaux donc en contact direct avec les populations noires. Nous savons également que le Sahara loin d’être un obstacle entre l’Afrique du Nord et l’Afrique soudanienne a été un lieu d’intenses brassages de populations, de circulation de biens de différentes origines. De puissants empires ont pu s’épanouir et contribuer à la prospérité du commerce transsaharien. Aussi les Kel-Adrar ont eu des relations de toutes sortes avec les empires médiévaux.

Enfin quel sera l’impact de la colonisation française en Adrar ?

Autant de questions auxquelles nous tenterons de répondre. Il s’agit pour nous « de sauver les meubles » dans la mesure où les Kel-Adrar connaissent depuis peu une sécheresse implacable et persistante. Pour eux, il faut lutter pour survivre. Dans ces conditions une crise sociale est inévitable. L’histoire a peu d’importance dans de telles conditions. Les Kel-Tamacheq aujourd’hui ne se soucient nullement d’hier mais de « demain », de l’avenir qui pour eux est sombre. En plus de cette crise, les Kel-Tamacheq bien que possédant une écriture sont un

 (surtout) est de plus en plus remplacée par l’écriture arabe d’où sa disparition inéluctable à l’avenir.

  Nous n’avons disposé que de peu de temps pour les recherches sur le terrain puisque nous avons travaillé seulement 30 jours. La ville de Kidal est en effet située à plus de 1600 km de Bamako. S’il est aujourd’hui possible d’arriver à Gao en 24 Heures en partant de Bamako grâce à la route bitumée Bamako-Gao, il faut souvent deux ou trois semaines en hivernage pour parcourir les quelques 400 km qui séparent Gao de Kidal. Ainsi nous avons perdu une grande partie de nos vacances avant d’atteindre l’Adrar des Iforas où doit se dérouler une grande partie de nos recherches. Arrivés à Kidal le 10 août, il nous a fallu également suivre les populations dans leurs déplacements souvent sur 50 à 70 km de la ville de Kidal. Nous nous sommes ainsi trouvés éloignés des archives du Cercle de Kidal.

    Ensuite il y a aussi la longueur même de la période étudiée. Celle-ci s’étend approximativement du VII è au XX è siècle. Or la documentation est souvent défectueuse en particulier sur la période de peuplement de l’Adrar par les kel-Tamacheq ; les informations sur la période du VII è au XIV è siècle sont très fragmentaires. C’est donc la qualité et la quantité des informations qui expliquent la longueur de certains chapitres par rapport à d’autres. Les dates sont elles aussi le plus souvent approximatives.

Nous présentons cette étude en 4 grandes parties :

-         La première partie est consacrée à la présentation et à la critique des sources qui nous ont permis de faire ce travail ;

-         La deuxième partie est relative à l’origine des Kel-Tamacheq en général et au peuplement du Sahara central par ces derniers. Nous pensons que cette partie permettra aux lecteurs de mieux comprendre les parties qui suivent.

-         Dans une troisième partie nous étudierons l’histoire des Kel-Tamacheq de l’Adrar au Moyen-âge, singulièrement leurs relations de bon voisinage et de dépendance avec les empires médiévaux (Ghana, Mali, Songhaï, Pachalik)

-         La quatrième partie est relative à l’histoire de l’Adrar des Iforas sous domination française.

PREMIÈRE PARTIE : ANALYSE ET CRITIQUE DES SOURCES :

Dans la présente étude, nous avons tenté de réunir une documentation abondante et variée pour combler le manque de documents, en particulier des documents spécifiques sur les Kel-Adrar. La tradition orale a été d’une grande utilité mais il a fallu qu’elle soit soutenue par l’archéologie, les sources écrites, etc ; ce qui nécessite un travail souvent délicat de recoupement, de comparaison entre des sources historiques de valeur inégale. Nous présentons nos sources sous deux rubriques : les sources orales et les sources écrites.

I.                   LES SOURCES ORALES 

A l’instar des autres peuples africains, l’histoire en milieu Tamacheq est transmise oralement de génération en génération mais aucun groupe social ne détient de droit l’histoire comme les « jelli » en milieu bambara. L’histoire est populaire : ce qui fait qu’un même événement historique peut être interprété de différentes façons en fonction  de l’appartenance à tel ou tel groupe social. Il est préférable de s’adresser aux vieilles personnes pour avoir des renseignements sur leur passé. Il faut au préalable faire une distinction entre informateurs lettrés (en arabe) et illettrés.

Nous avons travaillé sur deux types de traditions : une tradition recueillie dans des ouvrages écrits et celle que nous avons recueillie sur le terrain.

La tradition recueillie dans les ouvrages écrits comme la légende de Tin Hinane est particulièrement intéressante.  En fait cette tradition est surtout connue des Kel-Tamacheq de l’Ahaggar, les Kel-Ghela. Tin Hinane selon la légende est une princesse et seule sa descendance peut prétendre à la chefferie même de nos jours. Cela s’explique par le rôle que joue la femme en milieu Tamacheq mais aussi la persistance du matriarcat. La légende présente aussi une société hiérarchisée : Tin Hinane, la princesse est accompagnée de Takama sa servante. Dans d’autres versions de la même légende, les deux femmes sont accompagnées par leur esclave Barama.

Donc Tin Hinane représente la classe aristocratique ; Takama est l’ancêtre des vassaux et Barama l’ancêtre des esclaves Eklan. Cette division de la société en classes est très ancienne puisque notre princesse aurait quitté le Maroc vers le IVème siècle avant J.C (d’après la datation au C14.) Nous sommes en présence dès le IVème siècle devant une société de classe. Les Eklan peuvent ne pas avoir seulement une origine soudanienne, peut-être que les noirs vivaient aussi en Afrique du Nord, dans le Sahara. Ou alors le commerce transsaharien plonge ses racines dans la plus haute antiquité.

La tradition recueillie sur le terrain est aussi importante pour la connaissance de l’histoire des Kel-Tamacheq. Ce sont également des légendes, des récits épiques, des contes, etc. Leur « talon d’Achille » est la chronologie.

Pour fixer le temps, les Kel-Tamacheq ont recours aux phénomènes naturels (éclipse, sécheresse, inondation, épidémie, guerre, etc.) L’utilisation de certains mots et expressions peuvent aussi servir de repères: « An ghankay kel Aïr » qui veut dire « que les gens de l’Aïr te (vous) tuent » ; « An ghankay kel Ahaggar » qui veut dire « que les gens de l’Ahaggar te (vous) tuent » Ces expressions sont très courantes chez les Kel-Adrar. Elles tirent leur origine des guerres fréquentes  entre les Kel –Adrar, les Kel-Aïr et Kel- Ahaggar.

Il faut ajouter l’entretien en milieu Tamacheq d’un sentiment réciproque de répulsion entre Kel-Adrar d’une part et les Kunta, les Maures, les arabes de l’autre. Les Kel-Adrar les considèrent comme leurs «  ennemis héréditaires.» les raisons principales sont les guerres autour des points d’eau, des pâturages et les rezzous incessants entre ces groupes.

Pour les périodes anciennes, la tradition est vague voire de peu d’utilité. Cependant c’est grâce à elle qu’ont été reconnues les ruines d’Essuk (l’ancienne Tademekka) et bien d’autres anciennes cités.

La tradition orale est plus précise avec l’avènement de la conquête française. Les sécheresses de 1913, 1945 sont encore vives dans la mémoire des Kel-Adrar. Nous avons jugé nécessaire

de fournir aux lecteurs et aux éventuels chercheurs une liste de quelques informateurs :

·        A Gao : Ambeyry Ag Rhissa; Directeur Régional de l’Alphabétisation Fonctionnelle et de
la Linguistique Appliquée (DRAFLA
) Il a environ 50 ans et est domicilié au Vème Quartier de Gao.

·        A Gao : Eglèze Ag FONI ; 45 ans,  Professeur d’Histoire Géographie au Lycée de Gao, Sossokoïra Gao. ·        A Kidal : Baye Ag MAHAHA: 60 à 70 ans, marabout de la fraction Kel-Essuk. ·        Boujakatt : environ 60 ans, Chef de la fraction Kel-Essuk  ·        In’Guida Ag Hiba : environ 60 ans, Chef de la fraction des Taghat Malet ·        In’talla Ag Attaher : Aménokal des Kel- Adrar, député de
la Section de Kidal, environ 60 ans 

·        Jean Pierre Titta : environ 35 ans, bibliothécaire et archiviste du Cercle de Kidal.

Les sources écrites ont été indispensables pour compléter et préciser les données de la tradition orale.

II. LES SOURCES ECRITES 

  1. / Les sources écrites arabes 

Les voyageurs arabes ont beaucoup écrit sur le Bilad-es-Sudan. Il faut toutefois savoir que certains voyageurs arabes comme Ibn Hawkal (Xè s.) ; Ibn Batuta (XIIIè et XIVè s.) se sont rendus sur le terrain. Par contre, d’autres comme El-Bekri ne se sont pas rendus dans le Bilad-es-Sudan. Cela n’a nullement joué sur la qualité de leurs informations. El-Békri est d’ailleurs l’un des plus intéressants auteurs arabes. Il a vécu avant 1068 en Andalousie (Espagne). C’est l’un des plus grands géographes arabes de l’Occident musulman du XIè s. Il est mort en novembre 1094 en laissant derrière lui une œuvre complète et indispensable pour la connaissance de l’histoire de l’Afrique : « Description de l’Afrique septentrionale »

Dans cet ouvrage, l’auteur nous livre une description de la ville de Tademekka et de ses habitants. Le nom de cette ville signifie selon lui « forme de Mecque » Il nous parle également des « dinars » de Tademekka . L’une des informations la plus importante pour nous est la description de la grande route Ghana- Tademekka.

El -Békri a recueilli ces précieuses informations à partir des témoignages des marchands arabes qui faisaient des voyages réguliers entre le Bilad-es-Sudan et l’Afrique du nord. Certes, cela entraîne un certain scepticisme mais certaines de ces informations se vérifient même de nos jours (notamment la description de la ville de Tademekka, la vie des habitants, etc.) Tademekka selon El-Békri serait une déformation du mot arabe « hada Maka » ce qui signifie « forme de
la Mecque » En fait, Tademekka et Maka ont étrangement un son commun, Mekka c’est pourquoi l’auteur a tiré la conclusion facile selon laquelle ce nom signifie « forme de Mecque » Ce qui est un calembour de plus très fréquent chez les voyageurs arabes. Peut-être expriment-ils là la nostalgie de la lointaine cité arabe,
la Mecque. Tademekka est le nom de l’oued où sont actuellement situées les ruines d’Essuk (l’ancienne Tademekka), donc la ville a simplement pris le nom de cet oued. On l’appelle aussi Tademekket. Ce nom n’a rien à avoir avec « forme de
la Mecque » comme le prétend El-Békri. 

El-Békri est cependant l’un des auteurs arabes qui nous livre des informations indispensables sur la ville de Tademekka en ce XIè s. Nous savons par lui que cette ville avait des relations commerciales avec l’Empire du Ghana. Nous n’avons pas disposé de telles informations ni avant lui ni après lui. Ce siècle (XI è s.) est celui d’El-Békri, les autres auteurs arabes et même  plus tard les Européens ne feront que le reprendre.

  1. / Les sources écrites Européennes : 

Les ouvrages européens écrits sur les Kel-Tamacheq sont aussi nombreux. Mais ils traitent surtout sur les Kel-Tamacheq de l’Aïr, de l’Ahaggar. Ces derniers ont bénéficié d’une nombreuse littérature et sont donc les plus connus des groupes Kel-Tamacheq. Henri Lhote

est l’un des grands spécialistes des Kel-Ahaggar. Il a écrit plus d’une dizaine de titres sur eux.

Les Kel-Adrar sont les moins connus de tous les groupes Kel-Tamacheq à cause des raisons déjà évoquées.

L’ouvrage le plus en vue sur eux est celui de A. Richier : «  Les Touareg du sud, les Ioullimmiden » parut en 1924.

A . Richier est un médecin des troupes coloniales françaises du Soudan. L’auteur s’est largement inspiré des auteurs arabes et des ouvrages de ses prédécesseurs ( Barth ; Dureyrier, etc.) mais aussi de la tradition orale.

Cet ouvrage de Richier traite de l’histoire des Ioullimmiden, groupe Tamacheq de l’actuel cercle de Ménaka, histoire inséparable de l’Adrar des Iforas, leur lieu d’origine. Dans ce document, l’auteur fait une brève présentation des origines des Kel-Tamacheq, les péripéties des 

Ioullimmiden en Adrar ; leur migration vers la zone qu’ils occupent actuellement, leurs rapports avec l’Empire Songhaï et le Pachalik et enfin la conquête coloniale. Cette dernière est particulièrement plus précise, puisque l’auteur a été l’un de ses acteurs.

     Cet ouvrage comme tous les ouvrages des administrateurs coloniaux a été rédigé dans le dessein de servir « 
la Grande France » Richier le dit  au tout début de son ouvrage : « pour savoir quel est l’avenir de nos possessions africaines et connaître les conditions véritables de leur prospérité, il ne suffit pas de s’enquérir du présent. Le passé a aussi le droit d’être entendu » Les informations fournies par l’auteur ne sont pas exemptes de préjugés sur les Kel-Tamacheq. Il les compare à des animaux sauvages qu’il faut « apprivoiser », ce sont là des jugements de valeur très à la mode pendant la période coloniale, jugements qui retardèrent l’intégration des Kel-Tamacheq à la nouvelle administration coloniale. La présentation de la société est aussi brève mais d’une grande exactitude. Certaines  données sont aujourd’hui mises à contribution pour la découverte de la tombe de Tin Hinane et la légende de celle-ci. Nous savons par elle que la princesse est accompagnée d’esclaves noirs (Barama) en quittant le Tafilalet (Maroc.) Ce qui sous-entend l’existence de souche noire très ancienne au Maghreb. Nous savons désormais que l’Empire du Mali s’étendait jusqu’en Adrar et en Aïr. Ce que l’on peut reprocher aux administrateurs coloniaux est d’avoir fait une analogie entre société Kel-Tamacheq et société européenne. Ainsi ils ont tenté de faire correspondre les différentes couches de la société Tamacheq à celles de l’Europe du moyen-âge. Or ce sont des sociétés différentes. Nous n’excluons pas de prendre comme référence l’Europe. D’ailleurs, ils sont le plus souvent tombés dans l’européocentrisme, comme quoi l’Europe est le centre du monde. Nous n’allons pas revenir sur un débat déjà clos.

Richier a le mérite de laisser à la postérité l’un des plus importants ouvrages d’histoire sur les        Kel-Tamacheq. Après Richier, les ouvrages sur les Kel-Tamacheq sont plutôt touristiques. Les randonnées touristiques dans les massifs du Sahara Central et ailleurs ne font qu’assouvir le besoin exotique des européens. Les oubliés de l’Adrar sont l’une des rares minorités qu’il faut visiter, photographier avant son extinction. Le rallye Paris – Alger – Dakar, « l’entreprise du gaspillage » est entrain de piétiner les derniers Kel-Tamacheq du Sahara. Mais il faut faire le maximum de cartes postales de « l’homme bleu » du Sahara.

Il n’est ni loyal ni réaliste de compter sur le tourisme pour résoudre l’une des nombreuses insuffisances  de la connaissance de l’Histoire des Kel-Tamacheq. 

     Enfin, nous avons consulté aussi des archives pour la période coloniale. Leur intérêt n’est pas à démontrer. Nous avons tenté sans succès de déchiffrer quelques lettres d’administrateurs coloniaux. Nous disons déchiffrer parce que leur état est si déplorable qu’il est impossible de tirer  d’elles la moindre information. Cette situation est inadmissible pour un pays  qui a peu de sources sur son passé. Nous pensons que les autorités de ce pays ont tout intérêt à sauver ce qui nous reste de notre patrimoine culturel. C’est alors qu’il faut penser à la restitution de

l’autre partie de ce patrimoine pillé ou enlevé par les anciennes métropoles coloniales.

            L’histoire des peuples africains s’affirme grâce à des moyens techniques qui facilitent les recherches. L’archéologie est largement mise à contribution dans cette reconstitution du passé.

L’intelligence humaine n’a pas encore dit son dernier mot. La tradition orale n’est pas en reste encore moins les autres sources d’histoire. Un effort sur les langues africaines est à envisager  avant qu’il ne soit trop tard. La langue est l’une des dernières sources d’histoire dont nous disposons. Mais celle-ci connaît un recul constant devant les langues des technologies avancées (anglais, français), ces dernières ont aussi le privilège d’être les langues à économie forte d’où leur victoire irrésistible.

            Pour une meilleure compréhension du passé des Kel-Adrar nous avons jugé nécessaire de présenter dans une seconde partie  l’origine des Kel-Tamacheq.

II ème PARTIE : CHAPITRE I.- ORIGINE DES KEL-TAMACHEQ 

Nous ne disposons que de peu de sources écrites et orales pour l’origine des Kel-Tamacheq. Cependant ils ont une écriture, le tifinar. Le tifinar est lui-même la forme évoluée d’une écriture très ancienne, l’écriture libyco-berbère (selon Henri Lhote dans son ouvrage « A la découverte des fresques du Tassili ») Nous avons plusieurs inscriptions tifinar sur les massifs du Sahara Central. Mais les Kel-Tamacheq ne peuvent les lire. Pour eux il s’agit d’écritures d’un peuple inconnu, l’écriture de « Ama-Malen » un personnage mythique. Pour les arabes c’est l’écriture de satan. Nous pouvons attribuer cette méconnaissance souvent volontaire des Kel-Tamacheq au fait que très tôt, les Arabes ont condamné cette écriture. Ils ont qualifié les utilisateurs de « mécréants ». Les inscriptions en tifinar ne sont pas encore déchiffrées, de sorte qu’elles ne sont encore d’aucune utilité pour la connaissance de l’histoire des Kel-Tamacheq. H. Lhote qui a vécu en milieu tamacheq en dit : « l’on ne peut obtenir beaucoup de renseignements sur leur origine, puisqu’ils ne possèdent aucune chronique écrite hors les quelques générations qui les précèdent immédiatement les laissent complètement indifférents »

Les raisons de cette attitude des Kel-Tamacheq vis-à-vis de leur passé est à rechercher dans l’hostilité de leur milieu, le désert, leur mode de vie, le nomadisme et d’autres influences extérieures (l’islam par exemple) Tous ces facteurs ont pu jouer dans ce non  « intéressement » des Kel-Tamacheq à leur histoire. Cependant, la tradition orale peut encore être d’un grand apport  pour la connaissance de ce peuple.

1.    Origine selon la tradition orale : 

Différentes appellations sont utilisées par leurs voisins pour les désigner. Les Kel-Tamacheq sont plus connus sous le mot arabe « touareg.» Les chercheurs ont tenté de définir ce mot.

Pour M. Delafosse ce mot veut dire « renégat », du verbe « taraka » « abandonné » puisqu’ils ont renié douze fois la religion musulmane.(1.)

Les Kel-Tamacheq ont farouchement résisté à la conquête arabe. Les héros de cette résistance sont nombreux, les plus connus sont : Koceïla et Lahina. C’est pour fuir la domination arabe et leur religion (l’islam) que les Kel-Tamacheq ont quitté l’Afrique septentrionale vers le VII è.  et XI è s. pour s’installer dans les massifs du Sahara.

Delafosse ajoute que ce mot peut aussi désigner « voleur de grand chemin » ou encore « chemineaux »du mot arabe « thariq » (chemin) (2).

Cette appellation est aussi valable, car le vol plutôt que le pillage est une activité des Kel-Tamacheq puisqu’ils ne peuvent seulement vivre de l’élevage. Le pillage des caravanes ou des villages des sédentaires ou même d’autres groupes Kel-Tamacheq est le fait de nobles guerriers (Ihaggaren, Iforas ou Imouchagh), la guerre la principale activité des nobles ; les basses couches s’occupent du gardiennage des troupeaux et des travaux domestiques.

Ils sont aussi désignés sous le nom arabe « sarag » qui selon A. Richier signifie « piller », « voler » et par un mot bambara « sourgou » qui veut dire hyène et par extension cruauté. (3).

            Ajoutons que les Songhaï aussi les appellent « sourgou boro » qui veut dire « gens de la brousse. » Ces appellations dénotent le grand mépris qu’inspirent les Kel-Tamacheq. Cela s’explique par le fait que les populations sédentaires ont souffert des excès des Kel-Tamacheq. Les peuples sédentaires ont de tout temps souffert des pillages des populations nomades.

Il y a bien d’autres appellations, toutes plus péjoratives les unes que les autres.

       Pour se désigner eux-mêmes, ils disent :  « nous sommes imohaq, imorhar, imajirhen et notre langue suivant les tribus s’appelle le Tamacheq ; tous ces mots dérivent de la même racine, le verbe iohargh qui signifie « il est libre, il est franc, il est indépendant, il pille » (1).

C’est donc par ce nom, Kel-Tamacheq (ceux qui parlent la langue Tamacheq qu’ils se reconnaissent et se désignent.) Comme le dit Yves Person : « En Afrique plus qu’ailleurs toute culture s’incarne dans une langue. C’est elle qui donne à chaque groupe humain la première conscience de son identité »

Il faut en conclure avec Duveyrier  que ce nom  « Kel-Tamacheq » est celui que les « Touareg » ont le droit de porter et de revendiquer.

Les Kel-Tamacheq se donnent plusieurs origines. Mais ces origines sont le plus souvent légendaires et même souvent des origines arabes.

a-      ) La légende de Tin Hinane 

Il existe plusieurs versions de cette légende. Elle est surtout connue des Kel-tamacheq

du Hoggar.

Voici cette légende telle que nous la rapporte le Père de Foucauld : « A une époque relativement récente, deux femmes musulmanes appartenant aux Berâber marocains arrivèrent, venant du Maroc à la palmeraie de Silet ( Ahaggar.) Ces deux femmes étaient de conditions inégales : l’une noble, s’appelait Tin-Hinane ; l’autre, plébéienne, vassale et servante de la première s’appelait

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  1. Delafosse M. 1972, P.118
  2. idem P.119

3.   Richier A., 1924, p.17

Takama (ou selon d’autres Tamalek.) Avaient-elles d’autres femmes, des hommes avec elles ? Qui eurent-elles pour époux ? On l’ignore. On sait qu’elles trouvèrent le pays vide  ou à peu près vide d’habitants et qu’elles s’y établirent tout à fait pacifiquement.

Toutes les régions entourant l’Atâkor, toutes les parties basses et cultivables étaient inhabitées ; seuls quelques idolâtres nommés Issebeten vivaient dans les monts Taessa les plus inaccessibles de l’Atâkor. Le pays avait eu antérieurement une population nombreuse, attestée par les palmeraies de Silet et d’Ennedi, les figuiers de Tit, Terhenanet, etc. qui existaient à l’arrivée de Tin-Hinane, par les anciens ouvrages de canalisation que les travaux modernes mettent à jour, par les épées gigantesques et les grands ossements humains qu’on trouve quelquefois en fouillant le sol, par de nombreux tombeaux préhistoriques épars dans l’Ahaggar, par les puits des déserts qui entourent l’Ahaggar, puits creusés par les peuples antérieurs aux Touareg à une époque inconnue d’eux et dont les margelles, usées par les cordes et successivement exhaussées prouvent la haute antiquité. Comment le pays était-il vide après avoir été si habité ? La guerre avait probablement détruit ses habitants. Les « sehhaba » (compagnons de Mahomet, nom sous lequel on désigne les premiers conquérants  arabes) avaient croit-on vaguement traversé l’Ahaggar et en le traversant ils avaient dévasté et avaient exterminé ses habitants  presque jusqu’au dernier. Cette population détruite par les sehhaba, qui avait précédé  immédiatement les touareg actuels dans l’Ahaggar était le peuple idolâtre des Issebeten ; les Issebeten étaient courts d’esprit, ils parlaient la langue Touareg mais un dialecte spécial et grossier. Un de leurs rois, Akka est enterré au pied du mont Asekrem, au cœur de l’Atâkor, dans un tombeau monumental qu’on voit encore. A l’arrivée de Tin-Hinane, les derniers restes des Issebeten vivaient dans les cavernes des monts Teressa ; ils voyaient deloin la plaine blanche d’Aganar, la regardaient comme une divinité et la redoutaient. Certains Touareg plébéiens de la tribu des Dag-Ghâli sont regardés comme ayant parmi leurs ascendants masculins des Isebeten. Tin-Hinane s’établit à Abelessa, elle eut une fille, Kella, delaquelle descendent tous les Kel-Ghela. Takama eut deux filles ; de l’une descend la tribu noble de deuxième ordre des Ihadânaren, et de l’autre descendent  les deux tribus plébéiennes des Dag-Ghali et Ait- Ioaien. Tin-Hinane donna les palmeraies de Silet et d’Ennedi aux deux filles de Takama, aux descendants desquelles elles appartiennent encore.

Longtemps les Kel-Ghela, les Dag-Ghali et les Ait –Ioaien  vécurent seuls dans l’Ahaggar, peu nombreux, sans chameaux, chassant le mouflon et faisant paître quelques chèvres, leur seule propriété. » (1.)

C. de Foucauld y a ajouté certaines idées à partir des recherches qu’il a faites sur place, notamment sur la population de l’Ahaggar avant l’arrivée de Tin-Hinane. Qu’il juge y avoir « une population nombreuse, attestée par les palmeraies de Silet et d’Ennedi, les figuiers de Tit, Terhenanet, etc » ses informateurs les Kel-Ahaggar ne seraient pas en mesure de lui donner des informations aussi précises. Ce qui nous amène à dire qu’il y a rajout.

Voyons un extrait de cette même légende que nous rapporte Léon Lehuraux «lorsque l’illustre Tin-Hinane vint du Tafilalet au Hoggar, accompagnée de sa fidèle suivante Takamat et d’un

Certain nombre d’esclaves, elle était montée sur une superbe chamelle blanche… »(2).

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 Richier A., 1924, p.17

Dans la seconde version nous notons la présence d’esclaves. Dans d’autres versions Tin-Hinane et Takama étaient accompagnées de leur esclave Barama. C’est une information très importante. Il faut tout de même se poser au moins une question : est-ce que Barama l’esclave

est noire ?

Nous pouvons dire que les esclaves de Tin-Hinane sont probablement noirs. Car les Kel-Tamacheq ne font que des esclaves noirs. Donc le commerce transsaharien est très ancien, antérieur à l’arrivée des arabes. La société Tamacheq est une société hiérarchisée (nous l’étudierons dans un autre chapitre)

La tombe de Tin-Hinane a été fouillée par une mission franco-américaine en 1926.

« La fouille d’une salle funéraire… a permis de découvrir un squelette de femme qui pouvait être celui de la reine Tin-Hinane. Rien ne permet cependant d’être affirmatif à ce sujet. Ce fut tout d’abord la découverte sous un dallage de pierres monumentales, d’un squelette de femme couchée sur un lit de bois. Elle portait 7 bracelets d’or massif à un bras, 8 bracelets d’argent à l’autre. Sur sa poitrine, un collier de grain en verre, de jaspe, d’agate, de coraline et d’amazonite semblable aux parures carthaginoises. Une colonnette d’or de style byzantin, une belle coupe romaine en verre, une coupe en bois portant des empreintes de monnaie de Constantin le Grand, complétaient le mobilier » (3).

Les restes de Tin-Hinane sont aujourd’hui conservés au musée du Bardo à Alger.

« … Une datation au C14 a donné 470+130 ap. JC… nous pouvons donc penser que Tin-Hinane est arrivée en Ahaggar vers le début du IV è. s. soit 400 et 450 ap. J.C. »1

La datation au C14 nous permet de remédier à la lacune chronologique de la légende de Tin-Hinane.

Tin-Hinane serait arrivée en Ahaggar vers le IV è s. bien avant l’islam. Elle n’était donc pas musulmane.

Les Kel-Tamacheq pas plus que certains peuples africains n’échappent pas à se donner une origine arabe.

La légende de Tin-Hinane est donc très importante pour la connaissance des Kel-Tamacheq. Mais il faut qu’elle soit épaulée par d’autres sources, l’archéologie par exemple. La légende de Tin-Hinane mène à l’origine yéménite c’est à dire l’origine arabe.

b) Origine yéménite :

C’est celle qui leur donne une origine arabe, précisément de l’extrême sud de la péninsule arabique. Elle est le fait des lettrés Kel-Tamacheq. H. Duveyrier nous rapporte ceci : « tu nous demandes des renseignements sur notre origine.

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1.   Maître J.P. 1976 p 763.

2.   Léhuraux L. 1928, p.128

3. Maître J.P. 1976 p 763

Je te réponds : notre descendance la plus générale est celle des Idrissides de Fez ; quelques uns viennent d’Ech-Chinguit, entre

Tombouctou et l’océan ; d’autres sont les gens de  « l’adagh » (Adrar ) entre le Niger et nos montagnes.

Nous descendons des Idrissides par un Chérif qui fut tué par le roi Ourmin et ce Chérif est à la fois l’ancêtre commun des chorfa d’Azdjer, des chorfa de Kerzag et des chorfa d’Aouazzan. Ainsi nos chorfa foghas et Iman sont de la même lignée que les plus grandes familles du Maghreb… » (1).

Seuls quelques groupes Tamacheq peuvent prétendre avoir une origine arabe ou du moins avoir du sang arabe notamment les tribus chérifiennes vivant en milieu Tamacheq, mais ils sont de culture Tamacheq.

Il ajoute : « si tu nous demandes de mieux caractériser les origines de chaque tribu et de distinguer les nobles des serfs, nous te dirons que notre ensemble est mélangé et entrelacé comme les fils d’une tente dans lequel entre le poil de chameau avec la laine du mouton, il faut être habile pour établir une distinction entre le poil et la laine. Cependant nous savons que chacune de nos nombreuses tribus est sortie d’un pays différent. »(2).

Le métissage entre Kel-Tamacheq et arabes a amené les Kel-Tamacheq à se donner une origine arabe. Certes quelques familles Tamacheq ont eu des liens de mariage avec les Arabes. C’est certainement ces liens de mariage entre arabes et Tamacheq  qui ont poussé certains auteurs arabes à leur donner des origines arabes.

2.Origines selon les sources écrites : 

La plupart des sources écrites s’inspirent de la tradition orale notamment les sources arabes. Les auteurs arabes donnent aux Kel-Tamacheq des origines yéménites et berbères tandis qu les Européens s’accordent à leur donner une origine berbère.

a)      Origine selon les sources écrites arabes : 

Les sources écrites arabes donnent aux Kel-Tamacheq des origines yéménite et berbère.

-         Origines yéménites : Ibn Hawkal  qui visita le Sahara au X è. s., parlant des Sanhadja dit que :  « leurs traditions les font venir du Yémen.» La même idée sera plus tard en 1156 rapportée par Edrissi.

Ibn Kaldoum nous met en garde contre les prétentions exagérées des populations africaines à une origine arabe. 1.

Abderhamane  Es- Sa’ adi le Soudanais dans son ouvrage « le Tarikh Es-Sudan » leur donne une origine yéménite.

Une fois de plus rappelons que les premiers conquérants arabes venus en Afrique ne comprenaient que des hommes en armes. Ils restèrent dans le pays, prirent des femmes dans les familles Kel-Tamacheq et firent souche.

-         Origines berbères : Ce sont Jean Léon l’Africain, Ibn Kaldoum, El- Békri … qui

donnent une origine berbère aux Kel-Tamacheq. El-Békri, par exemple parlant des habitants de Tademekka dit que : « les habitants sont berbères  et musulmans ; ils se voilent la figure comme le font les berbères du désert » (3).

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1. H. Duveyrier, 1864, p 318

2.H. Duveyrier : 1964, p 319 

3.El Bekri;1965; p339

b)      Origine selon les sources écrites européennes : Les sources écrites européennes s’accordent aussi à donner aux Kel-Tamacheq une origine berbère. Il y a d’autres ouvrages non moins importants. Barth s’inspirant des historiens Gréco-romains  

Les ouvrages les plus importants sur les Kel-Tamacheq sont : « Les Touareg du Nord » de Henri Duveyrier ; « Chez les Touareg de l’Aïr » de Heinrich Barth ;   « Les Touareg du Niger » de A. Richier.

 (Hérodote, Pline) dit que : «  toutes les populations d’Afrique du Nord semblent appartenir au stock sémitique mais de leurs inter mariages avec les tribus venues d’Egypte elles ont reçu certains apports. La conséquence en fut que diverses tribus se différencièrent, désignées par les anciens  sous le nom de  « libyens, de maures, numides libyco-berbères, phéniciens, Gétules et autres » Il ajoute que «  les berbères semblent être restés à l’intérieur de leurs propres frontières jusqu’à ce qu’ils aient été chassés de leurs positions d’origine par les Arabes car ils avaient été maltraités par les précédents conquérants du pays( phéniciens, romains, vandales et byzantins…) (1)

Les Kel-Tamacheq se souviennent encore qu’ils viennent d’Afrique du Nord. Cela est attesté par les noms tamacheq de certaines villes et régions d’Afrique septentrionale.

Mais le mot « berbère » est inconnu des Kel-Tamacheq. Pour A. Richier  « ce nom d’une simple tribu  fut généralisé par les gréco-romains, et s’applique par eux à l’ensemble des peuplades de même race de l’Afrique du nord ; ils en firent barbaroi, barbari ; et plus tard, par une confusion facile à concevoir, l’expression prit peu à peu la valeur d’une épithète à laquelle s’attache le sens péjoratif de Barbare » (2)

  Le mot « barbare » désignait pour les gréco-romains les étrangers ou ceux qui n’habitaient pas dans les cités.

Plus tard, les Arabes utilisèrent le même mot pour désigner les Kel-Tamacheq. Mais selon J.L. l’Africain « ils sont appelés El-barbar, nom dérivé à ce que disent certains, du verbe arabe barbara qui a le sens de murmurer » (3.)

Nous pouvons donc penser que les Kel-Tamacheq descendent des Berbères d’Afrique du Nord. 

Egalement les berbères et les Kel-Tamacheq ont d’autres traits communs. Le Tifinar, l’écriture tamacheq qui est la forme évoluée de l’écriture libyco-berbère est un alphabet berbère.

Sur le plan linguistique, le Tamacheq est un dialecte de la langue berbère. Les berbères restés en Afrique du Nord bien qu’assimilés aux arabes ont gardé quelques traits de leur civilisation. Quelques groupes berbères comme les Shawi ou Shelluh au Maroc, les Kabyles en Algérie parlent et écrivent un dialecte berbère très proche du Tamacheq.

Barth dit à cet effet que :  « le vrai nom indigène par lequel ces peuples se nomment eux-mêmes est le même que celui sous lequel ils étaient déjà connus des Grecs et des Romains, et qui fut donné par Ibn Kaldum à leurs ancêtres et d’autres écrivains arabes, c’est à dire Amazik Mazix, Magus, Magaw et même Maxitanus au singulier. La forme générale utilisée actuellement dans ces régions est Amoshagh au singulier et Imoshagh au pluriel, et Temashight est la forme neutre. » (4)

__________ 

1. Barth H;1972, p12

2 Richier A. 1924, p 17

3  L’Africain J.L.  1896 ; p 10-11  4  Barth H;1972, p12- 13 

Les Kel-Tamacheq seraient donc une de ces nombreuses tribus berbères qui ont quitté différentes régions d’Afrique du Nord à la suite des conquêtes arabes pour s’installer au Sahara.

Les appellations « touareg », « sourgou » ou berbère que les voisins des Kel-Tamacheq ont utilisé pour les désigner sont péjoratives. Il faut désormais les appeler les Kel-Tamacheq.

 

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