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25 avril, 2011

Femmes et prévention des conflits sociaux dans l’Adagh

Classé dans : guerre/espoirs — ibrahim ag mohamed @ 15:42

PLAIDOYER DES FEMMES   DU  MALI POUR LA PAIX A  KIDAL

 

Initié par le Mouvement des Femmes pour la Sauvegarde la Paix  et de l’Unité Nationale

 

Communication :

 

Par M. Ibrahim Ag MOHAMED,

Directeur du Centre Régional de la Promotion de l’Artisanat de Kidal

 

 

THEME :

ROLE DE LA FEMME DANS LA PREVENTION, LA GESTION DES

           CONFLITS ET LA CONSOLIDATION DE LA PAIX :

 

1. LA FEMME OCCUPE UNE PLACE DE CHOIX DANS L’HISTOIRE ET LA CULTURE DES KEL TAMASHEQ :

De part sa position dans la famille, le rôle que lui confère la société dans les communautés tamasheq en général et dans l’Adagh en particulier, rien ne peut être au dessus des capacités de la femme, même si cela s’appelle imposer la paix.

 

Les Historiens en s’appuyant sur la Tradition orale des bérbéro-tamasheq mentionnent des noms de femmes qui furent reines.

  • Lakahina, reine selon certains, prophétesse et détentrice de grands pouvoirs magiques selon d’autres,  a résisté avec Kusayla à la pénétration de la culture arabo-islamique dans l’Aurès1 déjà en 647 après JC.
  • Tinhinane, reine dont la tombe a été découverte à Abelessa (Algérie) ancêtre des Kel Tamasheq selon certains historiens.

 

Dans la société traditionnelle Tamasheq en général et dans celle de l’Adagh en particulier, la femme joue un rôle essentiel dans la sauvegarde des valeurs culturelles et sociétales.

La société est matriarcale (système social dans lequel les femmes, notamment les mères  ont un rôle très important à jouer et détiennent le pouvoir).

La femme en langue Tamasheq s’appelle «Tamadt » et aurait donné son nom au lien de sang (« temedt »). Et ce mot veut dire aussi placenta2

La langue nous fournit des illustrations dans ce sens : le mot [« Aïtma »], qui veut dire en tamasheq mes « frères » veut dire littéralement, « les fils de ma mère » [« Aït »], « fils de » en tamasheq ancien. Et [« ma »], « ma mère »

 

 

 

1.       Nord-est Algérien

2.       Paraphrase des propos de M. Ambéyri AG RHISSA

 

 

 

2. LA FEMME DANS LA SOCIETE TRADITIONNELLE EST  LA DEPOSITAIRE

DE LA CULTURE ET/DONC EST GARANTE DE LA PAIX SOCIALE :

 

En effet, l’élément fédérateur de beaucoup d’aspects culturels et artistiques qu’est la tente est la propriété de la femme. C’est sur la femme aussi que repose essentiellement l’éducation des enfants. Les contes, les devinettes sont des canaux qu’elle utilise en permanence pour la formation de l’enfant.

Et si la langue, l’écriture Tifinagh, la tente et d’autres aspects culturels continuent à résister aux assauts extérieurs, c’est parce qu’ils sont plus la chose des femmes (moins mobiles et plus conservatrices) que celle des hommes.

La femme gère toutes les questions relatives au bien être et à l’honneur de la famille. Ainsi, elle est une conseillère très discrète, mais efficace de son mari. C’est à elle que revient principalement la décision de marier ses enfants. Et cette décision va le plus souvent dans le sens de tisser des liens honorables pour la famille. Elle joue également un grand rôle dans  le choix des voisins et l’emplacement de la tente. Ce qui s’avère souvent important dans l’entente et la paix sociale.

La femme est aussi la personne la mieux informée de ce qui se passe au sein du groupe social du fait qu’elle est tout le temps  plus dans le campement qu’ailleurs et est de fait communicatrice permanente, dépositaire de l’Histoire événementielle de son milieu.

3. FEMME ET PREVENTION DES CONFLITS :

Dans la société traditionnelle Kel Adagh, la femme est au premier rang des garants des conventions sociales (non écrites mais bien intériorisées dans le subconscient individuel et collectif) qui assurent la sociabilité de l’individu et du groupe. De la longue liste de ces conventions, on peut citer entre autres :

[« L'ACHCHEK » ]:

Ce mot en tamacheq veut dire étymologiquement « doute ». Il désigne chez les Kel Adagh une disposition morale, une loi tacite intériorisée par l’individu et le groupe social et qui lui permet une certaine autocritique et autocensure lorsqu’il est sur le point de commettre ou quand il commet un acte répréhensible du point de vue social ou moral.

[« TAHANINT »] : qui veut dire littéralement « la pitié »

Disposition d’un être humain à avoir pitié de son proche quand il se trouve dans certaines situations : dénuement matériel, maladie physique ou mentale, statut d’étranger…Ce mot est enseigné aux enfants dès leur bas âge par la mère à travers des actes concrets. Lorsqu’ils séquestrent un criquet, un oiseau, ou un autre animal, on leur reproche leur manque de pitié en ajoutant souvent « qu’ils ont le cœur noir », expression populaire synonyme du manque de pitié.

La pitié chez les Kel Adagh est d’abord l’apanage des femmes et particulièrement de la mère,  dit-on,  comme le révèle la réponse à une devinette du milieu:[ « ihanan war ha mak, war tan ha tahanint »]. Ce qui veut dire littéralement : « la pitié n’habite pas le campement où n’habite pas ta mère. » L’on entend très souvent dire qu’il est mieux de mettre au monde des filles que des garçons, car « quand vous serez impotent, elles  auront pitié  et s’occuperont de vous ». C’est cette prédisposition naturelle qui pousse les femmes à cacher aux hommes leurs armes lorsqu’ils sont au bord d’un conflit.

LA [« TAMANCHEQT »] : Ce vocable désigne l’attitude qu’on doit observer vis-à-vis de toute personne respectable : personne plus âgée que soi, les femmes en général, les étrangers, toutes personnes qui ne nous sont pas familières.

[« Tamancheqt-in »] ; [« ma tamancheqt »], désigne pour celui qui parle,  toute personne respectable et toute autre qu’il ne connaît pas d’abord.

 

4. LES MECANISMES UTILISES PAR LES FEMMES POUR FAIRE

RESPECTER LES CONVENTIONS DANS LA SOCIETE TRADITIONNELLE :

A titre indicatif, nous mentionnerons ici seulement deux :

La Poésie[« Tisiway »]

Qu’elle soit dite ou chantée, à travers elle, les femmes magnifient l’Etre social idéal, les bienfaits des individus et fustigent les actes qui remettent en cause ou violent les conventions et principes sociaux.

[« Imgharan »] :

Ce mot en Tamasheq veut dire « les vieux », c’est-à-dire les anciens. Il désigne une demande généralement adressée verbalement à un individu pour qu’il pose un acte souhaité, ou qu’il abandonne un acte répréhensible qu’il veut poser ou,  est entrain de poser. S’il refuse, on considère qu’il a offensé tous les anciens de la communauté et les femmes préparent des mets qu’il doit manger à l’excès. Souvent, on lui en met sur le visage et le reste du corps.

 

Il est donc aisé de voir que la femme en milieu traditionnel Tamasheq est à l’avant-garde des crises sociales qui peuvent dégénérer en conflits et prône de par son rôle et les actes qu’elle pose,  la non violence.

Puisque aujourd’hui, les conflits revêtent des formes nouvelles, il faut  renforcer et adapter ces mécanismes traditionnels.

Il est donc certain que le renforcement de valeurs culturelles et sociales (mentionnées plus haut) chez la femme peut l’aider aujourd’hui à jouer efficacement son rôle de prévention des conflits. A long terme, les résultats peuvent être plus probants si on accroissait la scolarisation des filles et l’alphabétisation des femmes.

 

Quelles stratégies mettre en place pour la prévention des conflits aujourd’hui ?

Les femmes doivent être les premières artisanes et actrices de la paix à part entière.

Il faut entre autres, que les organisations (associations et groupements) des femmes de Kidal soient formés sur les Droits Humains et fortement informées sur les conflits : les facteurs qui peuvent engendrer un conflit, les situations apparemment ordinaires qui peuvent dégénérer en conflit, les conséquences des conflits.

Elles doivent être capables d’identifier les crises sociales naissantes et impliquer les acteurs qui peuvent aider à leur apaisement.

Ainsi, elles pourront alerter de façon précoce les personnalités et organisations qui peuvent intervenir dans la prévention des conflits : leaders d’opinion, chefs traditionnels, mécanismes juridictionnels et non juridictionnels de la garantie des Droits Humains (Justice de paix à compétence étendue, tribunaux, nationaux, sous-régionaux et internationaux ; Ligues et Associations de Protection des Droits Humains)

 

 

 

 

 

 

 

5. FEMME ET MEDIATION LORS DES CONFLITS :

 Comment expliquer que les femmes de la région de Kidal soient moins visibles dans le règlement des conflits ?

a)    Les raisons culturelles et sociales :

Dans la société de l’Adagh, les femmes jouent plus un rôle de prévention que de gestion de conflit une fois qu’il est déclenché. Le terrain de guerre « appartient aux hommes ». Il est rare même en temps de paix de voir une femme ou des femmes discuter publiquement avec des hommes de quelques questions que ce soit. Cette « suprématie » du sexe masculin pour certaines questions « éprouvantes et dures pour la femme » (dans la conception populaire)  n’encouragent pas les femmes à devenir négociatrices ou médiatrices dans les conflits.

b) Les femmes leaders d’opinion ne sont pas sensibilisées aux dangers de la guerre pour l’individu, le clan social, la région et le pays. Elles sont un champ plus ou moins favorable aux opinions qui privilégient la guerre, car elles ne sont pas sensibilisées dans le sens contraire.

c) Les taux d’illettrisme et d’analphabétisme sont très élevés chez les femmes. Elles sont politiquement mal organisées et les pouvoirs,  politique et militaire ne leur font pas de place dans les processus de paix (médiation, réinsertion et actions de consolidation de la paix)

L’aggravation, la continuation ou la cessation d’un conflit peut dépendre en grande partie des femmes. Il est difficile en milieu tamasheq qu’elles s’interposent dans un conflit et qu’il continue.    En effet, les Kel tamasheq de l’Adagh tiennent beaucoup compte de la présence des femmes et des enfants au moment des conflits. Mais aujourd’hui, force est de constater que les hommes, plus portés vers la guerre que les femmes,  ont tendance à infléchir la position de celles-ci.

Lors des guerres intestines il est malheureux de constater qu’au lieu d’utiliser la poésie pour calmer les ardeurs des différents camps, les femmes incitent les hommes à se battre.

Le fait que les femmes abandonnent les villes et villages encourage les hommes à faire la guerre de façon moins réservée que si elles étaient sur place. Et pourtant, les femmes sont aussi des perdantes lors de ces conflits. Il est vrai que  les guerres survenues au Mali,  ont jusqu’ici épargné au maximum la vie des femmes, mais elles y ont perdu des enfants, des frères, des maris et des économies qu’il est difficile de reconstituer. Elles ont souvent vendu jusqu’à leurs boucles d’oreilles pour quitter les lieux .Et les biens lourds qu’elles laissent derrière elles sont volés ou dans le meilleur des cas, dégradés.      La guerre apparaît donc comme un facteur important de paupérisation des femmes et partant, de la société dans un milieu déjà pauvre.

Il faut donc pour aider à instaurer une paix durable que les femmes jouent en plus de la prévention, les rôles de :

  • Le Rôle de médiatrices ou négociatrices :

Nous pensons que les femmes ont plus de chance que les hommes de réussir, lorsqu’elles acceptent d’être médiatrices.

Mener une négociation ou une médiation, c’est proposer faciliter un accord entre des individus, des groupes sociaux en situation de conflit. Ce travail doit commencer et continuer sans relâche dès lors qu’un conflit mal prévenu est déclenché. Cette action exige une prise de contact avec les parties en conflit, un recensement des causes du conflit, la mise en place de stratégies, le rapprochement des points de vue,  l’aboutissement à une décrispation et la préparation d’un accord.

 

  • Le rôle de réconciliatrices :

Réconcilier, c’est faire revenir la confiance et l’entente entre des personnes ou des groupes de personnes fâchés à la suite d’une querelle ou d’un conflit armé. Cela ne saurait se faire non plus sans une bonne connaissance des vraies causes du conflit. Cette action passe nécessairement par l’organisation de rencontres entre les personnes ou les groupes en conflit, et plusieurs séances de communication pour les rendre réceptifs au pardon, à l’oubli volontaire des désagréments qu’ils se sont mutuellement causés et au changement de comportement dans le sens de faire la paix et l’imposer.

 

 6. FEMME ET CONSOLIDATION DE LA PAIX :

Dans la société traditionnelle, le conflit et l’après conflit, comme la paix s’accompagnent d’offrandes généralement faites par les femmes de façon permanente [ « Almaghroufan »] pour préserver la famille et le clan.

La fin des conflits s’accompagne très souvent de retrouvailles autour du [« tendé »] 3 ou d’autres festivités dont les femmes sont les actrices principales. Tout cela a une certaine importance dans l’adoucissement des mœurs, mais il ne suffit pas pour une très bonne consolidation de la paix.

L’on retiendra que les femmes de Kidal ne jouent pas encore le rôle qui est le leur dans le règlement des conflits. Ou disons qu’elles mises à contribution très en deçà de leurs capacités.

__________________________________________________________________________________3.Tam-tam traditionnel des grands jours autour duquel paradent les chameliers

 

 

 

Que peuvent entreprendre les femmes de Kidal pour

                              consolider la paix ?

 

a)     De façon individuelle, imposer chacune la paix dans sa famille ;

b)     Œuvrer à renforcer la cohésion sociale et la paix entre les différentes fractions de la région de Kidal.

c)     s’affilier aux organisations nationales et internationales oeuvrant pour la consolidation de la paix afin de coordonner les actions de groupes sociaux féminins favorables à la paix ;

d)     S’imposer des objectifs de paix et des échéances pour leur exécution ;

e)     S’impliquer Fortement dans le programme du PECASED, en cours pour la lutte contre la prolifération des armes légères ;

f)       Faire un Plaidoyer auprès des autorités locales, régionales et centrales pour une plus grande participation des femmes de Kidal aux programmes de réinsertion et de consolidation de la paix

 

 

 

 

 

23 juillet, 2008

Insécurité: les autorités régionales appaisent les populations

Classé dans : guerre/espoirs — ibrahim ag mohamed @ 15:42

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Le mercredi 16 avril 2008, les autorités administratives et militaires de la Région de Kidal ont convié la population à un meeting d’explication et d’apaisement. Le meeting fait suite à l’assassinat du Colonnel Barka Ag CHEICK et de Monsieur Mohamed Ag Mossa, étudiant arabophone. Suite à cet assassinat, les soldats de l’Alliance Démocratique pour le changement avaient déseté la ville. Ces deux evenements ont créé la panique chez les populations d’origine tamacheq voyant leur peur aggravée par certains individus de mauvaise foi qui parlent de Génocide planifié contre les KEL TAMACHEQ.

Bon nombre de personnes ont été surprises de voir ce jour-là le stade municipal de Kidal se combler de monde.

Les propos tenus sont tous allés dans le sens de faire revenir les populations, de réaffirmer le caractère républicain de l’Armée malienne, de réaffirmer sa mission de garantie de la sécurité des citoyens et de leurs biens.

Les intervenants furent:

  • Attayoub Ag Intalla,  maire de la commune urbaine de Kidal
  •  Zeïd Ag HAMZATA, chef de la fraction Taghat mallat dont sont issus les défunts,
  • Ghousmane Ag Ahmed, chef de la fraction Kel Taghlit,
  • Ahmoudène Ag  IKMAS, chef d’une des fractions Imghad,
  • Le commandant du régiment militaire de Kidal
  • Le colonnel Niangaly, chef de l’opération Djigui Tougou à Kidal
  • Le Colonnel Malick Chérif natif de Kidal en langue nationale Tamacheq
  • Le colonnel Naji, en langues nationales arabe t songhoï
  • Le Gouverneur de la région de Kidal, Monsieur Alhamdou Ag Illiyène 

Il a été essentiellement dit que:

  • depuis le 23 mai 2006, l’armée ne s’est pas attaqué à ni n’a viloenté un seul individu ni à Kidal, ni à TINZA, ni à AGUEL’HOC
  • Que les populations reviennent, car l’armée est là pour leur sécurité et celle de leurs biens
  • Que les informations selon lesquelles l’armée est l’auteur du double assassinat sont fausses et tiennent de l’intoxication et de la diversion
  • Que les enquêtes avancent et que les assassins seront arrêtés et traduits devant la justice
  • Que les soldats de l’Alliance vont bientôt revenir
 

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