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25 avril, 2011

Vêtements et coiffures chez les Kel Adagh

Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

REGION DE KIDAL                                                            REPUBLIQUE DU MALI

                                                                                    UN PEUPLE-UN BUT-UNE FOI

 

 

 

 

DOCUMENT SUR L’EVOLUTION DES TRESSES, PARURES ET

COIFFURES DE 1960  A NOS JOURS DANS LA REGION DE KIDAL

 

 

Vêtements et coiffures chez les Kel Adagh dans culture clip_image002

 

Préparé par :

M.  Ibrahim AG MOHAMED

Chercheur indépendant, Directeur du Centre Régional

de la Promotion de l’Artisanat de Kidal

 

 

 

 

Novembre 2010

 

 

 

 

Exposition objets d’art Biennale,  Edition 2010 à Sikasso :

Tresses, coiffures et parures de 1960 à nos jours dans la région de Kidal

En 1960, les traditions des Kel Adagh ne connaissaient pratiquement pas d’influence extérieure notoire. Les emprunts culturels s’inscrivaient plus dans le domaine de l’utilitaire et des services : riz du fleuve (Gao), appelé [« Alkukəš »] sabres et boubous de Kumasi (Ghana), litham du Nigeria, tissu guinée du Sénégal,  objets de maroquinerie du Niger, ustensiles empruntés au colonisateur…

A partir de 1963, le projet social du régime socialiste bouleversa quelque peu ce schéma. Le métissage culturel et social qu’il prône fait que les tamasheqs en milieu urbain surtout,  sont imbus de la culture du sud du Mali et  surtout bambara. En 1973, la sécheresse ayant poussé les  jeunes à l’émigration, contribua à l’installation de nouvelles mœurs empruntées aux milieux arabes en ce qui concerne les parures, les tresses, la langue et les comportements vestimentaires.

 

I LES TRESSES :

De 1960 à 1980 : Pendant cette période,  les tresses n’avaient pas beaucoup changé dans les campagnes et dans les quelques sites urbains que comptait la région.

Chez lez tamasheq de l’Adrar des Iforas, les tresses commencent à bas âge: 7-8 ans chez la fille. Au fil de son évolution physiologique, mentale et intellectuelle, les tresses évoluent dans leur forme et leur esthétique.

Chez la fillette :

La fille de 3-4-6 ans est coiffée en laissant seulement un filet  de cheveux de moins de 5 cm de large. Ce filet divise le crâne longitudinalement en deux parties égales. Ce filet s’appelle en tamasheq [« ašăgăda »] ou [« ăɣărkoba »]. De part et d’autre de celui-ci, on laisse des touffes de cheveux appelées [« tišəkka »] ou [« tifăgagen »]. Ces touffes la différencient du garçon qui,  lui a un filet semblable, mais avec une seule touffe [« tafăgagt »] du côté droit de la tête.

A partir de 7-8 ans, sont seulement tressés les cheveux au dessus du front et ceux des extrémités latérales. Cette tresse, la vraie première s’appelle [« tiɣarɣiwen »]. Ce nom est devenu synonyme d’être fillette et une référence pour déterminer l’âge d’une fille

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Dessins Ibrahim

Rasage fillette (à en haut) et garçonnet (en bas)

 

 

 

Chez la jeune femme :

Les tresses les plus recherchées sont :

Tišəkka : Les cheveux sont tressés en deux nattes (une de chaque côté de la tête). L’essentiel des cheveux est tressé  en arrière donnant deux cordes de part et d’autre du cou.

  Ibăndăn :  Ce type de tresses  consiste à tresser les cheveux en deux petites nattes distinctes qui commencent au dessus du front de part et d’autre de crâne chevelu en

tăbanbayt :

ăgola : se dit du filet de tresses assez gros commençant au dessus du front et bourré de sable cuit.

arăt-er : qui signifie littéralement « derrière le cou ».

[« tašəkkot »].  C’est une corde de cheveux tressés prenant naissance au dessus de l’occipital. Elle porte généralement une amulette [« tăkare »] qui doit porter chance à la femme et mettre la « baraka » dans son foyer. Cette amulette peut être encastrée dans de l’aluminium et/ou fourrée dans du cuir par une artisane (forgeronne).

 

A partir de la sécheresse de 1973 et le déplacement massif des populations vers le sud du Mali, le Niger, l’Algérie et la Libye, les Kel Tamasheq se sont appropriés de nouvelles tresses. Il faut noter que celles-ci pas très nombreuses sont utilisées dans les milieux urbains. Il s’agit :

  • de certaines  tresses songhay,
  • de certaines tresses bambaras et (« bambara tur »), mot songhoi qui veut dire « tresses bambaras »,
  • certaines tresses arabes (agofa… )

 

 

 

 

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Jeunes filles de l’école Baye AG Mahaha avec des tresses

« Tišəkkaḍ ». Photo seydou A. Cissé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tresses « ăgola »

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Photo Seydou A. Cissé

 

 

II LES COIFFURES :

Dans la région de Kidal, chez les Kel Tamasheq, les enfants ne portent pas de coiffures avant l’âge de la puberté.

Le turban est la coiffure des hommes. Chacun à une façon personnelle de l’attacher, le plus souvent hérité de son père ou d’un parent proche. En ce sens, il est un élément identitaire fort. Au delà, c’est non seulement un instrument de pudeur, (cache certaines parties de la tête comme le sommet du crâne, la bouche et la barbe) mais aussi un moyen de préserver la tête de certaines intempéries : froid, chaleur, vent de sable. Le turban noir est même un cosmétique et aurait des vertus pour rendre à la peau du visage son unité.

 

La fille au même âge  se voile le sommet de la tête,  la poitrine et les épaules avec un coupon du « tissu guinée ». Ce petit voile est appelé [« ekăršăy »]. Il est porté sur un boubou de couleur bleue ou blanche pour donner un accoutrement à deux tons.

A l’âge adulte la femme met sur la tête un pan de son toungou « tasăɣnəst », cette action s’appelle « aswăr »

 

 

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« Ekăršăy », Coiffure de fillette en tissu « guinée » noir

 

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Jeunes filles avec différentes tresses et « ekăršăy » brodé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Femmes en voiles  « légers » qui se sont répandus à partir des années 1990

 

A 15-16 ans, le garçon adolescent entoure la tête d’un petit morceau du tissu qu’utilisent les adultes comme turban. Il laisse paraître le sommet de son crâne. Cette action se dit « ăkkorrăt » de « korɾət » : « mettre sur le sommet », sous-entendu de la tête. Une extrémité du petit turban reste pendante, laissant la bouche découverte.

Dans la société ancienne, l’homme adulte portait deux turbans : un blanc au dessus d’un noir et deux boubous ; un noir au dessus d’un blanc : « Les Kel Adagh anciens, à l’instar des autres tamacheq, et certains même aujourd’hui se vêtent doublement : un boubou noir au dessus d’un boubou blanc et un turban blanc au dessus d’un turban noir.

Dans la conception populaire, l’un lutterait contre le chaud (blanc) et l’autre contre le froid (noir). On considère que l’organisme humain est fait d’une partie dite froide

([« tisamdhe »])- des pieds au nombril- et d’une partie dite chaude ([« touksé »])- du nombril à la tête »1

 

A partir des années 1970, les deux turbans sont quasiment abandonnés comme les deux boubous au profit d’un seul turban et d’un seul boubou ample.

Le « chach » blanc, en tissu léger et transparent venu de la Libye a vécu une bonne période des années 80 toujours plus joli quand il est trempé dans le bleu « bula ».

Ce type de turban était surtout porté par les jeunes hommes et était véritable objet de parade et de séduction. Pendant cette période, le litham ([« alăššo »]) est surtout porté par les chefs traditionnels et certains marabouts.

Des années 90 à nos jours, le « chach » blanc est porté autant que le turban noir en [« bukar »], tissu Guinée. Il y a aujourd’hui une certaine répartition zonale du turban suivant la couleur :

 

Le noir est plus répandu dans les zones nord et nord-est de la région,  (cercles de Tessalit, Abeïbara,  une partie du cercle de Tinessako et Nord du cercle de Kidal).

Le turban blanc, le turban couleur terre et le turban vert dans le cercle de Kidal, surtout au sud.

Les années 2000, voient un retour de certaines traditions : port plus important du litham et chez les hommes et chez les femmes, port des deux turbans, blanc et noir, surtout lors des manifestations culturelles. L’on peut affirmer que cet élan a été

favorisé par la politique du Mali en matière de culture (organisations de festivals, de semaines artistiques et culturelles, salons et foires). On peut y associer l’exemple que donnent les groupes musicaux de l’Adagh lors de leurs productions en public: Tinariwen, Amanar, Tamikrest, Tartit…,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Ibrahim AG Mohamed : Pratiques divinatoires chez les Kel Adagh : cas des Idjachan ; volume 7 de l’Ouest Sharien, Editions l’Harmattan, décembre 2009

 

 

 

 

Photo : Seydou Abba Cissé, Tanaïnaït, nord du cercle de Kidal

Prédominance du turban noir

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Photo Ibrahim

Forum de Kidal : Ifoghas, Kuntas et alliés

Turbans divers

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III LES PARURES :

Si l’homme peut s’en passer, on ne concède pas dans l’Adagh à une femme de rester sans parures.

De 1960 aux années 80, les parures  chez les femmes ont évolué comme suit :

Chez la jeune fille :

[« Eark-dalen » ]: « le collier bleu » ; fait de perles bleues, moyennes

išəbjan n-timăɣwanen : bracelets formés de petites perles à un ton ou à plusieurs (bleu, rouge, noir). Ils sont petits chez la fillette et la jeune fille, plus gros pour les femmes adultes. Les perles chez les fillettes sont reliées par un fil de synthétique ou de coton. Chez la femme adulte, elles ont pour support un bracelet en cuir.

 [«Ilkəzăn »] : Première forme de bracelets en argent. Ils sont assez gros. Portés aux poignets,  ils sont très visibles à cause de leur grosseur.

[« Imănănaăn »] : bracelets en argent, torsadés. Ils ont ravi la vedette aux « ilkəzăn »

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Bracelets : « imănănaḍăn »

clip_image024[« Ioran »] :

C’est un assemblage de fils de cuir fins,  teintés avec une décoction issue des ferrailles ayant longuement séjourné dans un récipient contenant de l’eau.

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« Tăkarḍe » avec supports en cuir teinté en noir (« iḍoran »)

clip_image028 Photo ibrahim

 

 

 

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clip_image030Photo ibrahim

 

  1. boucles d’oreilles en argent et or
  2. bracelets pour filles
  3. chaine en argent
  4. petits xumăysa en argent et or
  5. bracelets dames

 

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clip_image032Photo Ibrahim

  1. Grand « asăyar » à gauche (parure) et petit « asăyar » pour ouvrir le cadenas traditionnel
  2. « eărk » (collier à prédominance bleue) pour jeune fille
  3. Deux petits « xumăysa »
  4. petits et grands « xumăysa »

 

 

LA CLEF TRADITIONNELLE TAMASHEQ : [« Asăyar »]

1. La plus grande (sur la photo) en plus de l’aspect parure,  pend à l’arrière du voile des femmes pour le maintenir sur le corps. Elle est également utilisée comme arme au besoin. De 1960 à nos jours, on la retrouve sous la même forme, seulement moins pesante que l’originale. Aux abords des années 80, les femmes ont préféré lui substituer un assemblage de clés de cadenas chinois, souvent jusqu’à 50 clés. Cet assemblage autour d’un anneau en métal (« sədəw) » s’appelait « isăyarăn » (les clés)

Elle est maintenant passée dans la maroquinerie, dans la menuiserie métallique et dans la peinture comme objet et/ou motif décoratif. Elle est très rarement utilisée même dans la campagne en ce moment.

La seconde clé est celle du cadenas traditionnel qui se trouve à côté sur la photo

 

LE COLLIER DE PERLES :

Il est généralement fait de perles de couleurs différentes et met en valeur le cou de la femme. La taille,  le nombre et la qualité des perles varient selon l’âge, la classe sociale et/ou économique de l’individu.

2. Le petit collier de perles :

C’est le collier de perles (« eẓărk »). Il est simple : tout en « perles bleues » (« eẓărk-dalen »), ou rouges ou noires. Il peut souvent avoir deux ou trois tons. C’est le collier par excellence de la jeune fille.

A l’origine, le collier des grandes dames est fait avec de grosses perles et présente toujours au centre une perle multicolore et plus grosse et plus longue que toutes les autres (« buzrada »).

Des années 1990 à nos jours, il  a pris de nouvelles formes plus teintes et plus esthétiques ([« ărražəl »] par exemple) et compte très souvent des perles d’argent et d’or.

LE « XUMAYSA » :

Il est fait de cinq morceaux de coquillage en forme de losange. Son nom viendrait de l’arabe (« khamsa »), qui veut dire « cinq » en allusion au nombre de pièces formant cet objet. Selon certains, il joue un rôle important contre les mauvaises langues (« tašoḍt »)

 

  1. Petits xumăysa en argent :

A partir des années 80, le xumăysa traditionnel est de plus en plus remplacé par un plus petit et plus raffiné en argent ou en or, surtout dans les milieux urbains.

  1. Grands xumăysa  en coquillage.

     C’est la forme première du  « xumăysa ». Sa couleur blanche apparaît comme une lueur sur le fond noir du voile. Il met ainsi en valeur le buste de la femme.

Le collier qui permettait jadis de le mettre au cou « tašawt » est devenu aujourd’hui moins grossier et plus simple.

Il faut noter q’aujourd’hui, les femmes qui en ont les moyens portent volontiers une chaîne, des boucles d’oreilles, des bracelets en argent ou en or.

CHEZ L’HOMME :

De 1960 à nos jours, au niveau des campagnes, le petit garçon comme l’adolescent porte souvent une ou deux amulettes encastrées  dans du cuir teint au rouge. Ce sont généralement des talismans sensés protéger ou soigner l’enfant et même temps ressemblent aux parures que porte l’adulte au cou (« išəšlaj ») et qui,  elles peuvent compter souvent une dizaine d’amulettes ou plus.

 « tăkoba » le sabre et « ebărtak » (fouet fait de cuir et de tissu)  en plus de leur rôle d’armes sont aussi des parures à cause de travail artistique et esthétique que représentent leurs ornements.

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Jeune garçon avec  son fouet :

« ebărtăk »

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Gros « enăfăd » (tabatière),  la plus portée des parures

Traditionnelles actuellement

Enăfăd : C’est la tbatière traditionnelle utilisée et par les hommes et par les femmes. Il y en a de toutes les tailles.

 

IV LES COSMETIQUES:

Les produits naturels restent les plus utilisés. Pour maintenir les cheveux en bon état, les femmes utilisent la boule de beurre animal ([« tasəndut »]. Gràce à elle, ils ont un aspect brillant et deviennent moins cassants. Pour le défriser avant de tresser, on utilise le sable cuit « ăkall » dont on saupoudre tous les cheveux, action appelée [« alăhay »]

 

A) Le lavage des cheveux : il se fait avec l’une des 3 herbes :

1 .[« Amădɣos »] : C’est une herbe sauvage vivace dont les feuilles ressemblent à celles de la menthe ordinaire qu’on au Mali. Elle est très collée au sol et contient une matière gluante comme celle du gombo.

  1. [« Aɣărdəlli »] : C’est une plante sauvage qui pousse dans les abords des aires herbacées pouvant atteindre dans les bonnes conditions un mètre de haut. Il contient également une matière gluante.

 

B) Les soins du visage :

Ils sont utilisés en cas de besoin, mais  surtout à la veille des fêtes et des grands événements.

  1. Le [« makăra »] :

C’est un morceau d’une roche de couleur marron. On le frotte contre une petite meule et la femme s’enduit le visage de la poudre qu’on en obtient. Cet enduit lisse, élimine les rides le visage et guérit les boutons.

  1. L’[« ekăwel »]

C’est une matière noirâtre extraite d’un vieux tronc de Merua crassifolia ([« ăjarr »] en tamasheq). Sa poudre est utilisée par les femmes pour s’en enduire le visage afin de guérir les petits boutons occasionnés par la chaleur. C’est aussi un signe que la femme peut être en période de menstruation ou vient d’accoucher.

3. Erăfăynăn :

C’est un mélange de « makăra » et de certaines herbes malaxées. Il soigne le visage et le rend lisse.

4. Tamăkšoyt :

Latérite rouge utilisé chez les Tamasheq pour donner sa couleur à la tente en peaux. Les femmes s’en enduisent le visage pour combattre la chaleur et les petits boutons qu’elle provoque.

C) Beauté et soins des yeux et de la bouche :

1. Les yeux :

Deux produits sont fréquemment utilisés : « taolt » en tamasheq : « Khol » en arabe, antimoine en français. En plus de donner une couleur noir vif aux yeux cils et sourcils, il les soigne.

Aujourd’hui encore certaines femmes utilisent à l’interieur de l’œil et sur les paupières le [« šərki »], colorant rouge utilisé en maroquinerie.

2.La bouche :

a) Les lèvres :

Le fait de mettre une substance sur les lèvres s’appelle en tamasheq [« ebăyănbăy »].

Très généralement, on le fait avec l’antimoine.

b) Les dents et la langue :

Pour la bouche le cure-dents de certaines plantes sont particulièrement utilisés.

Par ordre de préférence, on utilise un bâtonnet de :

[« Tešăɣt »] : nom scientifique : Salvadora Persica, très utilisé au moyen orient et en France, connu chez les arabes sous le nom d’ [« arak »]. Très efficace pour rendre les dents éclatantes.

[« Tadhant »] : Nom scientifique, boscia senegalensis, soigne en plus les dents et la gencive.

[« ăjarr »] : Nom scientifique : merua crassifolia, a les mêmes vertus que le Boscia

La racine de [« tabăkat »] : nom scientifique : Ziziphus mauritiana

Contient une substance moussante au contact de la salive et aurait des vertus à soigner la bouche et à blanchir les dents.

 

A partir des années 1990, on assiste à une utilisation de plus en plus grande dans les centres urbains de Kidal et Tessalit,  des vernis pour ongles sont utilisés ainsi que les shampoing, les rouges à lèvres et crayons.

Dans les centres urbains, les pâtes dentifrices sont de plus en plus utilisées surtout par les jeunes, mais ne ravissent pas encore la vedette aux cure dents traditionnels.

 

7 octobre, 2010

Mécanismes de gestion des Problèmes sociaux dans les traditions des Touaregs Kel Adagh (MALI)

Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

Mécanismes de gestion des Problèmes sociaux dans les traditions des Touaregs Kel Adagh (MALI)
Ibrahim Ag Mohamed

L’oeil exterieur non averti en contact avec la société des Kel Adagh peut être amené à faire de l’amalgame entre les actes que pose cette société et le Droit arabe qui il est vrai y est aussi Présent, mais n’est pas la base de prévention des problèmes sociaux. Cette société malgré son caractère inégalitaire possède sa propre »CHARTE TACITE » grâce à laquelle elle prévient bon nombre de conflits.

Chez les Kel Tamacheq quand bien même il existe une écriture (le Tifinagh), la plupart des conventions sociales ne sont pas écrites. Pendant des siècles, pourtant, elles ont entièrement régi et continuent à régir les comportements des individus et des différents groupes sociaux.
Certains comportements sont unanimement recherchés, car ils sont le gage de la sociabilité de l’individu.
I ["L'ACHCHEK"] :
Ce mot en tamacheq veut dire étymologiquement « doute ». Ce concept désigne chez les Kel Adagh une disposition morale, une loi tacite intériorisée par l’individu et le groupe social et qui lui permet une certaine autocritique et autocensure lorsqu’il commet un acte répréhensible du point de vue social ou moral.
Malgré le caractère inégalitaire de la société Kel Adagh, l’ensemble de ces dispositions témoigne d’un certain souci de justice et d’altruisme.
L’ALTRUISME:
« Awil iman-s iyyad ». Littéralement, cela veut dire: « Vois toute âme comme une autre ». Ce qui donne littérairement : « Pense à toi avant d’agir à l’égard de l’autre »
["L'ACHCHEK"] a pour socle la ["Takrakedt"], littéralement, « la honte » qui peut se définir comme « la peur de la honte ». En effet, dans les actes de tous les jours, les Kel Adagh en particulier et les Tamacheq en général ont une peur bleue de ce qui peut faire honte. Ainsi l’une des bénédictions les plus fréquentes dans le milieu est :  » War hanagh askarakad yallah » ; « qu’Allah ne nous fasse pas honte. » Par contre, la plus grande imprécation est : « Askarakad kayy yallah » : « Que Dieu te fasse honte »
Cette réalité se traduit par la crainte extrême et l’intolérance de l’humiliation. En effet il est préférable dans les cas extrêmes de « tuer un habitant de l’Adagh sans l’humilier. On ne tolérera jamais sa mort s’il a été humilié avant. »*
La peur de la honte est réelle tant pour les actes universellement répréhensibles comme voler, violer, montrer sa nudité, que pour certains actes apparemment normaux, mais que craignent les Kel Tamacheq : ouvrir la bouche en public, parler et manger devant ses beaux parents ; se découvrir la tête devant des gens qu’on respecte (["Tamancheqt"] ou en public
II La ["Tamancheqt"] : Ce vocable désigne toute personne respectable : personne plus âgée que soi, les femmes en général, les étrangers, toutes personnes qui ne nous sont pas familières. Toute famille ayant des jeunes filles ou jeunes garçons est potentiellement la belle famille de chacun. Une famille devient plus respectable aux yeux des jeunes garçons quand il y a des filles. Elle le devient pour les jeunes filles quand il y a des jeunes garçons.
Pour cela, les vieilles personnes de celle-ci sont d’office très respectées.
["Tamancheqt-in"] ; « ma tamancheqt », désigne pour celui qui parle toute personne respectable et toute autre qu’il ne connaît pas d’abord.
["Ahnimmi"] synonyme de ["akroukad"]:
C’est avoir de l’égard et du respect pour l’autre. ["Ahnimmi"] est plus fort que ["akroukad"] qui veut dire littéralement « avoir honte de quelqu’un ». ["Tassadja"] littéralement le « côté ». (Y aurai t il un lien entre ce mot et le fait d’approcher l’individu ou le groupe de profil -côté-) ? est le nom donné à la « timidité ».
["Immouchagh"] :
C’est le caractère d’une personne qui a l’ ["Achchek"]. ["Im"]: démonstratif, équivalent à « celui ».Et, ["chagh"], déformation probable du mot ["achchek"]. Donc, un ["amachegh"] est une personne qui a ["l'achchek"]. ["Imouchagh"] ou ["Kel Tamacheqt"] ou ["Imouhagh"] ont pour caractéristique essentielle ["l'Achchek"]
On dit d’une personne qui pose des actes répréhensibles : ["idjar-in takrakedt-inet"] qui veut dire littéralement : « il a jeté sa honte », c’est-à-dire que l’individu dont il s’agit est amoral, dénué de conscience.
III ["Tahanint"] : qui veut dire littéralement « la pitié »
Disposition d’un être humain à avoir pitié de son proche quand il se trouve dans certaines situations : dénuement matériel, maladie physique ou mentale, statut d’étranger…Ce mot est enseigné aux enfants dès leur bas âge. Lorsqu’ils séquestrent un criquet, un oiseau, ou un autre animal, les parents leur reprochent leur manque de pitié en ajoutant souvent « qu’ils ont le cœur noir », expression populaire synonyme du manque de pitié.
La pitié chez les Kel Adagh est d’abord l’apanage des femmes et particulièrement de la mère dit-on, comme le révèle la réponse à une devinette du milieu: [ "ihanan war ha mak, war tan ha tahanint"]. Ce qu veut dire : « la pitié n’habite pas le campement où n’habite pas ta mère. » L’on entend très souvent dire qu’il est mieux de mettre au monde des filles que des garçons, car quand on devien impotent, elles « auront pitié et s’occuperont de nous ». « Avoir pitié » (ou avoir le « cœur blanc ») est une qualité humaine très recherchée et se manifeste chez l’individu par :
-La promptitude au larmoiement en cas de tristesse ou de joie extrême ;
- la durée que met l’animal avant de mourir quand cet individu l’égorge ;
-L’absence de sang noir coagulé dans le cœur de l’animal qu’il a égorgé
C’est cette prédisposition naturelle qui pousse les femmes à cacher aux hommes leurs armes lorsqu’ils sont au bord d’un conflit.
IV talaqt :
C’est le caractère d’une personne éloquente et communicative dans tous les actes qu’elle pose. Cette prédisposition est liée par les Kel Adagh au degré d’acceptation de l’individu par ses camarades du même groupe d’âge, mais de sexe opposé. On dit d’une femme qu n’est pas éloquente qu’elle n’est pas aimée des hommes et d’un homme du même caractère qu’il n’est pas aimé des femmes.
La talaqt d’un individu peut se mesurer et dans le langage et dans les autres actes.
Pour excuser une personne et couper court à un conflit naissant, on dit d’elle « war itillagh » ; il n’est pas doué de ["talaqt"]
Même aux enfants, on parle de ["talaqt"]
Le contraire de ["Talaqt"] est [" Ibbiyyou"], caractère de celui qui fait tout de travers. Celui qui a ce comportement s’appelle ["anabbayyou"] et est très mal côté au sein du groupe social.
V Les actes répréhensibles ou ["Tighawelen"]:
Ce sont les actes très bannis, ou délits. Les principaux sont :
["Iman"] : Ce mot veut dire littéralement âme. Par extension, fait d’ôter la vie.
Il désigne l’homicide involontaire et l’homicide volontaire. Celui qui commet l’homicide en milieu de l’Adagh paie ce qu’on appelle »achni » qui veut dire »le sang ». Il faut entendre « le prix du sang ».
["Aladad"]
C’est le fait de traire ou téter illicitement le lait d’un animal qui ne nous appartient pas. Par extrapolation, il est comme devenu illicite des traire des animaux au pâturage même s’ils nous appartenaient.
Cet acte devient encore plus répréhensible s’il s’agit des animaux des forgerons comme le dit la chanson populaire invitant les jeunes hommes à la lutte : ["Medden balanat, war tamdjadadam. Wa idjadadan, inta a eldadan ulli n-inhadan"]. Ce qui peut se traduire par : « Hommes luttez. Le peureux, c’est celui qui a tété les chèvres des forgerons ! »
["Tikra"] : Le vol dont la forme la plus grave dans le milieu traditionnel est celui des animaux. Celui des domiciles était très peu connu.
["Alghar"] :
C’est le fait de refuser de servir son prochain alors qu’on a la possibilité de le faire. Pour réfuter un fait vu comme impossible, la langue retient les expressions : ["alghar yad"] ou ["alghar n-tilyaden"], qui veut dire refus de servir les femmes. Par comparaison, l’acte qu’on veut faire faire ou qu’on lui colle, il le compare au refus de servir les femmes.
["Asakal"] : le viol
Cet acte est vu comme anormal, posé par un individu anormal. ["Emeskel"] ; de « em » : « celui » et « iskil » : « violer », désigne le violeur et par extension, un dégénéré.
VI Applications sociales des principes :
Protection et assistance aux plus faibles :
Les femmes, les enfants et les vieillards sont reconnus comme faibles du point de vue de la constitution physique et souvent pas actifs dans des situations qui nécessitent la force. Ils ne sont pas non plus présents dans des situations auxquelles la société ne les autorise pas. Les hommes (adolescents et adultes) les assistent en situation de guerre, d’inondation, de feux de brousse, de voyage…
Les Forgerons :
Les forgerons sont connus pour être des gens pacifiques ne faisant rien en dehors de leur travail d’artisans. Autant ils se replient sur eux-mêmes (endogamie), autant ils évitent toute confrontation physique ou morale avec les autres.
La société traditionnelle Kel Adagh accorde certains privilèges aux forgerons (["Inhadhan"] :
On doit :
•leur prêter une assistance matérielle et policière permanente
•Leur prêter ou leur donner des animaux à traire pour se nourrir ;
• Leur donner des rations alimentaires sèches ;
• Les protéger contre les toutes atteintes à leur personne physique ou morale.
La ["Tadhouwla "]:
C’est la relation spécifique qui existe entre un individu et sa bru ou son gendre ou entre une bru, un gendre et le père ou la mère de son conjoint. Cette relation doit être emprunte de respect profond en toute circonstance. Pour éviter qu’elles se fassent une mauvaise opinion de soi, on évite jusqu’à manger ou boire en présence de ces personnes, à plus forte raison poser d’autres actes connus publiquement comme répréhensibles.
On dit de cette relation
["war tihini"] ; qui peut se traduire littéralement par : « elle ne déménage pas » ; c’est-à-dire que la relation demeure même après des années de divorce d’avec son conjoint ou sa conjointe.
["Tiliwsa"], désigne le lien spécifique qu’on a avec les frères et sœurs de son conjoint ou de sa conjointe. A ces personnes, on voue un certain respect, quand même moindre par rapport à celui voué aux parents ascendants.
VII LES GARANTIES DE L’APPLICATION DES PRINCIPES :
["Tisiway"] : La Poésie
Qu’elle soit dite ou chantée, à travers elle, les femmes et les hommes magnifient l’Etre social idéal, les bienfaits des individus et fustigent les actes qui remettent en cause ou violent les conventions et principes sociaux.
["Imgharan"] :
Ce mot en Tamasheq veut dire « les vieux », c’est-à-dire les anciens. Il désigne une demande généralement adressée verbalement à un individu pour qu’il pose un acte souhaité, ou qu’il abandonne un acte répréhensible qu’il veut poser ou, est entrain de poser. S’il refuse, on considère qu’il a offensé tous les anciens de la communauté et les femmes préparent des mets qu’il doit manger à l’excès (une forme d’humiliation de l’individu) Souvent, on lui en met sur le visage et sur le reste du corps.
["Laghtiya"]
C’est une amende infligée à un individu à la suite d’un comportement maladroit ou injurieux vis-à-vis de son prochain. Elle est prononcée par ceux de sa classe d’âge ou par des personnes plus âgées. Celui qui en fait l’objet doit payer du thé, du sucre, du tabac ou inviter le groupe à partager un méchoui…
.

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29 novembre, 2007

Les KEL ADAGH, La Société traditionnelle

Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

Les Kel ADAGH ont toujours formé une confédération de plusieurs tribus elles-mêmes subdivisées en fractions. C’était une société de caste très hiérarchisée. Elle comprenait: Les nobles: Iforas(Kel Affala, Taghat mallet, Ifirgoumissene et Erayakene), Idnan(divisés en plusieurs fractions),

Les vassaux: Ce sont: les Imghad(étymologiquement, les guides= « Im« : Ceux qui et « aghid« : guident ), composés de beaucoup de fractions

Les Esclaves ou « Eklan »: Sont généralement des Noirs issus de rapts individuels ou de razzias collectives

Les Forgerons ou « Inhadhan » A la peau foncée, ils sont les dépositaires d’une grande part du savoir artisanal. Ceratins Historiens les font venir d’Ethiopie et pensent qu’ils se sont adaptés à la société et à la culture des touaregs à qui ils ont proposé leur savoir-faire.

Cette société a toujours eu un chef issu de la tribu guerrière IFORAS. C’est un chef presque consensuel qui consultait les chefs de tribus par rapport aux décisions à prendre en face des grandes questions.

La succession au pouvoir était patrilinéaire

Les différents chefs traditionnels qui se sont succédé sont:

  • Mohammad Ayitta( Que la tradition orale dit venir du Maroc au 17e siècle) 
  • Ghabdou Salam
  • Idda
  • Dida
  • Alkhassan
  • Malick
  • Sidaghmar Ag Malick
  • Diffa
  • Khammadin, Vers 1880
  • Illy, vers 1880-1908
  • Safikhoun, 1908-1912
  • Mohammed Wan-Ferzou, 1912-1913
  • Attaher Ag Illy,1913-1914
  • Elbakri Ag Illy,1914-1915
  • Attaher Ag Illy, 1915-1962
  • Intalla Ag Attaher,1962 à nos jours

2 novembre, 2007

Divination et pratiques de Géomancie chez les « Kel Adagh »

Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

Quatre choses ont essentiellement déterminé le destin des Kel Tamachaqt en général et de ceux de l’Adagh en particulier:la divination, les pâturages, le chameau, la guerre.

La divination, pratique ancestrale multiséculaire des bérbero-tamacheq a survécu aux prêcheurs musulmans qui l’ont toujours indexée comme pratique satannique grâce à quatre facteurs essentiels: Une sorte de résistance psychologique et culturelle au monde arabe; l’étendue de la région(260 000 Km2); les incertitudes du climat et l’Insécurité(du 10e siècle jusqu’à l’arrivée des Français). Les premier et  dernier facteurs ont été les plus déterminants. L’Adagh a toujours été mis en insécurité par ses voisins à cause de son bétail et de la turbulence de ses populations.

Les Kel Adagh pratiquent la divination sous deux formes globalement: les présages(auspices) et les pratiques de Géomancie.

Les présages: Ce sont des signes heureux ou malheureux par lesquels, l’Homme essaie de lire l’avenir. Ces signes résident dans les comportements des animaux, de l’homme(surtout l’enfant) et de certains phénomènes naturels comme l’eau, le vent…

A titre d’exemple:

  •  Rencontrer le chacal au cours d’un voyage indique que ce voyage sera bon
  • Rencontrer une hyène par contre n’est pas bon
  • Selon que le croissant lunaire soit penché vers le sud ou le nord, on prédit une bonne ou une mauvaise année.
  • Que le corbeau noir (sans collier blanc) vole permanemment au dessus de votre tête est un mauvais présage
  • Les rougeurs célestes au crépuscule présagent que le sang humain sera versé

Les Pratiques de Géomancie:

Elles sont au nombre de trois: ["Tiddekil"];["Tignougan"] et ["Idjachan"]

["Tiddekil"] en tamacheq est un nom féminin singulier qui vient de ["Tedekilt"] qui veut dire « paume de la main ». Cette pratique se fait à partir de la trace de la paume laissée sur lme sable. On cerne la circonférence de points et on les élimine ensuite deux à deux. S’il reste 1 seul point non éliminé, la situation pour laquelle on « interroge la Terre » est dite favorable ou positive. S’il ne reste aucun point, elle est défavorable.

["Tignougan"], veut dire en Tamacheq quelque chose d’hermitique, d’énigmatique. Cette pratique consiste à tracer sur le sable un rectangle divisé en trois colonnes. Dans chacune d’elles on écrit au hasard trois lettres de l’alaphabet tifinagh. On lit ensuite le mot écrit dans chaque colonne, ensuite on lit les mots par ligne et enfin en diagonales. L’ensemble des déchiffrements donne un message complet.

 

diyen.bmp

[" Idjachan"]:

C’est la pratique la plus répandue et qui demande une certaine initiation dans (apprentissage). Le mot vient de ["Idjyich"] qui veut dire en Tamacheq »scarifier ». Cette pratique commence par des scarifications faites sur le sol qui vont donner ensuite des signes symboles dont un certain nombre va former le message à lire.

Il existe deux types de ["Idjachan"]: les ["Din-ADHAR"], littéralement, ceux du pied et les["Daytamadhal"], littéralement en français: »les fils de la Terre » qu’on appelle aussi les ["idjachan "] nombreux, car le nombre de leurs signes symboles est plus élévé que dans le premier type. Le premier type compte 4 signes alors que le second en compte 16 comme chez les Bambaras et les Méditerranéens. De très grandes similitudes existent entre la géomancie tamacheq(2e type) celle, bambara et la greco-latine(méditerranéenne)

 

16 octobre, 2007

Sahara

Classé dans : Poésie — ibrahim ag mohamed @ 15:42

Sable, Regs,

tourbillons, immensité,

Acacias crucifiés,

Plateau ocre de ma terre,

Couvercle de ciel toujours vierge!

Couleurs sempiternelles de mon Sahara!

Ici, tout mue, tout meurt

Pour revivre la nuit.

Bêlements, choeurs, Romances,

Pas lourds des danseurs,

Chouintement des épineux,

Chuchotement des reptiles en chasses,

Silence langagé,

Confidences,

Cimetières de paroles tues,

C’est la vie d’un siècle qui

le Lendemain

Dès l’Aube

S’évanouit!

9 octobre, 2007

Eghewid=Tagalmoust

Classé dans : Poésie — ibrahim ag mohamed @ 15:42

Terne est la roche sans herbe!

Nihile est le message découvert!

Inâne est la gousse sans graine!

Impudique est la face dévoilée!

 

Tu es l’herbe recouvrant la roche!

Tu es l’enveloppe qui cache le message!agibrahimlechameaudanstoussestats008.jpg

Tu es la gousse qui préserve la graine!

Tu es le voile pudique!

 

Turban, Chach…

Peu importe le nom qu’on te donne.

Blanc, tu es la candeur, tu es la générosité

De ce peuple,

Noir, tu es discrétion, tu es mystère!

Tu es le mystère qui conserve la vue

Et porte loin le regard!

Chaque jour, tu accomplis des millions de rotations

Au premier tour, les miens se demandent si la journée

Sera et restera bonne,

Ton dernier tour est toujours un tour d’optimisme!

Chach, turban ou litham,

Ô vestige!

Le plus vivant des vestiges

De toute une Humanité

Air sans frontières

Classé dans : Poésie — ibrahim ag mohamed @ 15:42

suc52447.jpgMon frère,

Si ton coeur de séchéresse

Venait à se lasser des tohus

de la vie atomique de là-bas,

Viens au sahara cet été!

Viens,

Prendre l’air où le ciel au crépuscule enfile

Son Grand boubou

Rouge, blanc et Bleu

Où l’air fait la vie respirable et légère!

Ce ciel où l’oiseau à tire-d’aile passe les frontières

A tire-d’aile

Plonge dans l’air Universel!

Viens voir tout près les traces

Des gens d’avant-hier!

Viens cueillir un peu d’humeur

Sous une tente, dans un buisson

Viens!

Rencontrer une svelte bergère,

Serrer la main d’un chamelier

Au costume lavé de sueur  de la chaleur

des derniers jours!

Viens prendre un peu d’ amour

Dans un pré, dans le musc des acacias

Dans le silence des choses mortes

Et  qui revivent la nuit!

L’Amour pur

L’Amour de l’Homme,

Quelque part au sein des choses

Qui restent fidèles!

Viens toujours

Dans ce pays où les moutons en choeur bêlent

Et comme les chèvres se font la part belle

Sur les automobiles aux voix très vieilles!

A travers dunes et regs encore vierges,

Viens Vivre la Création du Monde!

3 octobre, 2007

Prière d’un petit Saharien

Classé dans : Poésie — ibrahim ag mohamed @ 15:42

 

Je suis graine!

Graine de sable emoussée que l’Harmattan

 A roulée depuis la nuit des temps!

Graine de tribulus aux aiguillons malveillants

 Et son goût amer cachant l’aliment bienfaiteur!

Je suis graine!

Graine d’acacia que la véhémence de tous les hivernages

 n’a su entretenir à la vie!

 Je suis graine de  citrilis!

Amer Citrilis amuse-gueule des baudets

Vulgaire citrilis ballon-jouet des enfants!

Je suis graine de Calotropis

 Répulsif Calotropis

 Au lait vénéneux aveuglant les yeux imprudents!

Salvateur Calotropis dont le lait ôte du pied

 l’épine têtue!

Je suis le Calotropis, remède divin

Pour rendre sa vitalité à la Terre!

Je suis graine!

Graine de Merua Crassifolia s’éternisant à germer!

Le Merua ennemi du forgeron qui n’en a pu rien tirer

Crassifolia dont le dur rameau mit jadis en déroute  guerriers

Et razzieurs venus de toutes parts!

Je suis feuille!

Feuille de cet accacia crucifié qui tend ses mille bras morts

Et implore la clémence du ciel pour rénaître.

Je suis la feuille du jujubier à la tignasse désordonnée

S’agrippant vigoureusement à cette Terre

Sans suc,  sans sève,  sans sel!

Je suis le jujubier cantonnant  bousiers et scorpions.

Je suis feuille!

Feuille de Balanitès, signe indéniable  de l’eau profonde.

Le Balanites dont les feuilles guérissent nos angines rebelles!

Je suis feuille!

Feuille de « Balanzan« ,

Curieux Balanzan,  qui meurt pour révivre quand les autres meurent!

Je suis feuille de Boscia

Boscia dont les rameux amers portent des fruits succulents

Boscia dont les feuilles fumantes repoussent  sorciers et varicelles!

Je suis racine!

Racine flottante dans les terrains argileux

Cherchant à subsister n’en déplaise à l’Harmattan hargneux!

Puissante racine du Balanites fendillant la terre jusqu’à l’eau profonde!

Je sui racine!

Racine de l’Acacia Seyal, mère de ma flûte à quatre trous

Ma flûte aux  sons mélodieux!

Ma flûte glorifiant Almoqdis, le vaillant guerrier!

Ma flûte interprétant Abbillan, le fléau, son bruit effrayant

Mu par les bras valides de l’esclave et battant

Avidement le Cram-cram pour le ventre de son maître!

Je suis cendre!

Je suis cendre acide de Panicum  qui bonnifie ma chique

et me donne  la vigueur!

Je suis tendre cendre, mais épilant bien les peaux!

Je suis tous les hommes banalisés!

Je suis tous les esclaves chosifiés!

Je suis chose!

Je suis toutes les choses et toutes les plantes

 xérophites nées de l’intérieur

Appauvri de ma Terre!

 

 

26 septembre, 2007

ADAGH, les ruptures

Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

Une analyse personnelle m’amène à dire qu’aujourd’hui l’Adrar des Iforas connaît des fractures  qui le situent dans un tournant décisif de son histoire. La rupture revêt en gros 2 formes: La Rupture sociale et la Rupture écologique. Les deux ont pour point de depart la sécheresse de 1973.

A) La Rupture sociale:La terrible sécheresse de 1973  a décimé les troupeaux, principale ressource économique à l’époque et qui a provoqué la« coulée humaine » vers les pays comme le Niger, le Nigéria, l’Algérie et la Libye.Petit à petit dans ces pays, les hommes se sont installés et leurs fils et (dans beaucoup de cas), leurs petits fils aujourd’hui sont plus proches de la culture des pays hôtes que de celle de l’Adagh auquel pourtant ils se sentent très liés surtout que souvent les populations hôtes aiment à leur rappeler leurs origines.

Ceux qui sont le plus souvent revenus au bercail( de l’Algérie ou de la Libye) se sont retrouvés(pendant les années 70 - 80 ) devant une sorte de vide lorsqu’ils constatent que l’arrière pays n’est pas comme ils en rêvent. On note ainsi un transfert des réalités vécues sur le terroir;  ce qui donne place à la déception, à l’amertume, car entre la Libye, l’Algérie et l’Adagh, la différence est grande sur beaucoup de plans.

Cette société « revenante » essaie de s’insérer avec des compétences acquises ailleurs. Parmi ces compétences, il y a la langue arabe. Mais que faire avec celle-ci dans un pays où la langue officielle est le Français, les langues de travail, encore le Français, le Songhoï et le Bambara? Pas grand’chose. On parle alors l’Arabe pour faire une confidence à son compagnon ou pour montrer à ceux qui sont restés qu’on sait parler la langue dans laquelle le Saint Coran a été mis à la disposition du prophète(PSL)!

Ceux qui n’ont pas bougé vous voient comme un assimilé qui rejette sa langue et ses coutumes et veut imposer les habitudes étrangères.

Les compétences acquises en matière de maraîchage, mécanique auto, menuiserie, décoration…jusqu’à un passé récent n’ont pu être mises  en pratique, faute de matériel, ou même d’insertion sociale permettant de découvrir les chemins à suivre pour y accéder.

Il est vrai que certains regardaient quelques fois les »autochtones » comme des gens d’esprit inférieur et économiquement miséreux. Résultats: incompréhension, difficultés d’insertion, frustration et retour au pays hôte, recommencement du cycle infernal de l’émigration. 

Ceux qui ne sont jamais partis constituent aujourd’hui quatre couches sociales bien distinctes: Les ruraux,  les commerçants, les cadres lettrés et moyens  et les cadres supérieurs( sortants des facultés grandes écoles).

Les Ruraux:

Ils sont nomades et vivent en brousse sous des tentes que les femmes confectionnent avec des peaux tannées de chévre et mouton. Ils pratiquent l’élévage extensif et souffrent beaucoup quand surviennent les sécheresses qui déciment leur bétail( Exemple des sécheresses de 1973 et 1984).  Par le passé, pour subvenir à leurs besoins quotidiens, ils vendaient quelques bêtes à Timiyawin ou Tamanrasset(villes Algériennes situées respectivement à 300 et 900 Km de Kidal) ou Gao et Ménaka(villes maliennes situées toutes à plus de 300 Km de Kidal). Au retour, ils ramenaient des cotonnades, du mil, denrée essentielle dans l’alimentation à l’époque, du riz du thé, du sucre, souvent de l’arachide. Ils l’ont (jusque dans les années 1990) fait à dos de chameau ou à pied.

Les années 90 ont vu une multiplication des véhicules 4X4 japonais dans la région, ce qui a accéléré ce commerce en direction de l’Algérie , activité qui du reste aujourd’hui nourrit son homme. Parmi cette couche, on a un taux d’alphabétisation très faible surtout que l’écriture « Tifinagh » est de plus en plus abandonnée. Elle entre les intellectuels de l’école malienne francophone et les cadres issus du monde arabe qui le plus souvent l’exploitent à des fins politiques et autres… Ainsi, elle manque d’organisation et de formation pour promouvoir ses activités pastorales.

Les lettrés et cadres moyens: Ils sont très dynamiques sur le plan économique et politique: ils sont commerçants, agents de l’Etat, animateurs d’ONG internationales ou locales. Ils font surtout de l’ombre aux cadres supérieurs grâce à leur maîtrise du terrain. Ils sont également pour beaucoup dans cette sorte de « fractionnisme »(morcellement de la société en fractions) où l’Adagh s’est figé et qui a tendance à bloquer toute avancée significative vers le développement. En effet, certains de ces cadres jouent sur cette corde sensible quand ils veulent se faire élire ou dès que besoin est de mobiliser la fraction dont on est issu afin d’atteindre un objectif personnel.

Les Cadres supérieurs:

Ils se subdivisent en cadres jeunes venus tout droit des facultés et de vieux cadres pour la plupart des enseignants. Ils sont mal organisés. Malgré des tentatives de création de coordinations des cadres de la région(Club des Amis de Kidal; Coordination des Cadres Ressortissants de Kidal),  ils ne jouent pas encore le rôle prépondérant qui doit être le leur par rapport aux affaires de la région. Ils sont souvent même contestés par l’élite arabophone qui les trouve trop occidentalisés à son goût.

Pour des lendemains meilleurs de la région de Kidal, ils se doivent d’opérer un véritable sursaut sur la base d’un renoncement aux interêts individuels et au profit des interêts de Kidal.

Il faut noter que les différents changement del’organisation sociale se sont accompagnés d’un changement de mentalités pas toujours positif.

Si l’ouverture vers l’extérieur a été un point de depart dans l’acquisition de savoirs et savoirs faire nouveaux, elle s’est accompagnée d’un flétrissement certain des moeurs se caractérisant par une diminution très sensible de l’ACHEKK et de l’altruisme, ce qui avec la mondialisation met la société kidalienne sur le starting block de la course vers le capital et une défection de plus en plus visible des liens sociaux.

B) La Rupture écologique:

En 1973, la sécheresse de l’air a entraîné la rarefaction des pluies et des pâturages, ce qui a occasionné  une hécatombe dans le bétail de l’Adagh. Ainsi la richesse animale a chuté de plus de la moitié. L’élévage du boeuf a atteint le point zéro comme celui du cheval. Le premier a connu un retour timide à partir des années 1990 seulement. Les ressources naturelles en faune et flore de la région ont connu un coup dur duquel elles ne se sont plus rémises.

En effet, si certaines populations ont sensiblement diminué en nombre, d’autres ont complètemnt disparu. Le gommier se résume aujourd’hui à quelques individus perdus dans les vallées les plus inaccessibles. De même, l’Acacia albida. La couverture végétale même en hivernage se rarefie à mesure qu’on va vers le Nord.

Des espèces comme les gazelles l’Adax, Dorcas, l’autruche ont complètement disparues aux abords des années 80. Il en est de même pour les singes que quelques individus isolés de macaques dans le massif du Tigharghar; dans les oueds de Telabbit et Tessalit. Le même sort est peut être réservé au moufflon des massifs du Tigharghar(Tessalit) et Timadjlalène(Telabbit).

L’une des conséquences de la rupture écologique aujourd’hui est le manque de combustibles. Kidal et Tessalit manquent cruellement de bois de chauffe, car n’ayant presque plus d’arbres. Dans les années 80 à 90, la région de Gao a « mangé » son bois avant de commencer à le chercher à coup de camions dans le secteur de Anéfis (120Km au sud de Kidal) et au délà. Ce qui a accéléré la disparition du bois de Kidal.

Aujourd’hui, le sac de charbon à Kidal coûte entre 6000 et 7500f CFA contre 3000 il y a quelques années. Pire, il arrive des moments où on ne l’a pas sur le marché, car provenant de Gao!

Des mesures palliatives s’imposent, sinon les populations de la région, vont s’abattre sur les très fragiles ligneux qui restent pour les transformer en charbon. Il faut une politique régionale de reboisement adéquate(PREPARER EN REBOISANT) et en même temps, vulgariser l’utilisation du gaz Butane, car le Voisin algérien peut sauver la situation, grand producteur de son Etat et soucieux de l’avenir de cette région! 

21 septembre, 2007

La langue »Tamachaqt de l’Adagh »

Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

La Langue “Tamachaqt” de l’Adagh

C’est une langue d’origine sémitique, apparentée au kabyle et au bèrbere.Elle est très proche de celles parlées par les Tamacheq de Gao, du Gourma, les Ioulimiden de Ménaka et dans une certaine mesure les Tamacheq du Niger et ceux du Hoggar en Algérie. Elle est très poétique, ce qui explique que les poètes kidalruines2101.jpgfadimat.bmpet les musiciens tamacheqs les plus éminents soient de l’Adagh.

L’écriture utilisé par les Kel Adagh, s’appelle le “tifinagh” qui est un ensemble de graphèmes à valeur consonantique. Elle n’admet que 2 voyelles: [”ou”] et [”a”] et une semi-voyelle:[”y”]. Aujourd’hui, elle est très peu écrite. Et pourtant, elle peut être d‘un grand apport à l’enfant qui va fréquenter l’école publique moderne, tant pour la maîtrise de l’écriture, de l’espace que du calcul.

On pense aujourd’hui que le tifinagh est né de l’écriture phénicienne. Cependant, force est de constater que sans vouloir faire de ce peuple des grecs ou des latins, des traces de ceux-ci abondent dans la langue parlée et dans l’écrtiture. Mes recherches personnelles m’ont améné à me poser un certaines questions sur le vocabulaire tamacheq. En ayant consulté  le Larousse, des pistes se sont dessinées. Se sont pour moi donc des hypothèses et les soumet au public en tant que telles.

Prenons un certain nombre de mots en exemple. La liste est très loin d’être exhaustive.

Abjurer:  Du latin, Abjurare: rénier avec serment donne en Tamacheq”Abadjar“, se dit surtout d’une mère qui a tendance à fuir son petit.

Haras:  Peut être, du scandinave: Hârr; qui a le poil gris. “Aharr”en tamacheq(lion)?

Immanent(te):  Du latin scolastique, de Immanere:”résider dans”, se dit de ce qui est contenu dans la nature d’un être. “Iman”(âme) en tamacheq?

Ami: Latin, amicus, amica. “Amidi”(ami) en tamacheq?

Amour: latin Amor. “Amayar” (chérir) en tamacheq?

Ange:  Du latin ecclésiastique, Angelus; Grec Aggelos. “Andjelos”(Ange) en Tamacheq?

Boule: latin, Bulla. “Abillagh”(boule) en tamacheq?

Aile: latin, ala: …Botanique, nom donné aux pétales de la fleur des papilionacées. “Ala”(feuilles d’un végétal) en tamacheq?

Anachorète: du grec, Anakhôrein(s’éloigner). réligieux: celui qui vit dans la solitude; celui qui mène une vie très rétirée. “Ankkar”(animal qui s’isole du troupe) en tamacheq?

Courbe :( latin:curvus)=.En Tamacheq: « akorf », pluriel: « Ikorfan »: anse(s) en demi-cercle.

Couple: (latin: copula). En tamacheq: « akubbil »(s’associer, former un tout, se réunir)

Agnat: (du latin, ad: près de et natus :né), celui qui descend d’un même ancêtre de sexe masculin, « Agna « en tamacheq qui veut dire frère

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