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Bienvenue sur mon blog! Il vous permettra de plonger dans la culture des touaregs « Kel Adagh » ou d’apporter votre contribution sur ce thème en ce qui concerne surtout les coutumes, le mode de pensée et les habitudes actuelles. Merci!

25 avril, 2011

Vêtements et coiffures chez les Kel Adagh

Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

REGION DE KIDAL                                                            REPUBLIQUE DU MALI

                                                                                    UN PEUPLE-UN BUT-UNE FOI

 

 

 

 

DOCUMENT SUR L’EVOLUTION DES TRESSES, PARURES ET

COIFFURES DE 1960  A NOS JOURS DANS LA REGION DE KIDAL

 

 

Vêtements et coiffures chez les Kel Adagh dans culture clip_image002

 

Préparé par :

M.  Ibrahim AG MOHAMED

Chercheur indépendant, Directeur du Centre Régional

de la Promotion de l’Artisanat de Kidal

 

 

 

 

Novembre 2010

 

 

 

 

Exposition objets d’art Biennale,  Edition 2010 à Sikasso :

Tresses, coiffures et parures de 1960 à nos jours dans la région de Kidal

En 1960, les traditions des Kel Adagh ne connaissaient pratiquement pas d’influence extérieure notoire. Les emprunts culturels s’inscrivaient plus dans le domaine de l’utilitaire et des services : riz du fleuve (Gao), appelé [« Alkukəš »] sabres et boubous de Kumasi (Ghana), litham du Nigeria, tissu guinée du Sénégal,  objets de maroquinerie du Niger, ustensiles empruntés au colonisateur…

A partir de 1963, le projet social du régime socialiste bouleversa quelque peu ce schéma. Le métissage culturel et social qu’il prône fait que les tamasheqs en milieu urbain surtout,  sont imbus de la culture du sud du Mali et  surtout bambara. En 1973, la sécheresse ayant poussé les  jeunes à l’émigration, contribua à l’installation de nouvelles mœurs empruntées aux milieux arabes en ce qui concerne les parures, les tresses, la langue et les comportements vestimentaires.

 

I LES TRESSES :

De 1960 à 1980 : Pendant cette période,  les tresses n’avaient pas beaucoup changé dans les campagnes et dans les quelques sites urbains que comptait la région.

Chez lez tamasheq de l’Adrar des Iforas, les tresses commencent à bas âge: 7-8 ans chez la fille. Au fil de son évolution physiologique, mentale et intellectuelle, les tresses évoluent dans leur forme et leur esthétique.

Chez la fillette :

La fille de 3-4-6 ans est coiffée en laissant seulement un filet  de cheveux de moins de 5 cm de large. Ce filet divise le crâne longitudinalement en deux parties égales. Ce filet s’appelle en tamasheq [« ašăgăda »] ou [« ăɣărkoba »]. De part et d’autre de celui-ci, on laisse des touffes de cheveux appelées [« tišəkka »] ou [« tifăgagen »]. Ces touffes la différencient du garçon qui,  lui a un filet semblable, mais avec une seule touffe [« tafăgagt »] du côté droit de la tête.

A partir de 7-8 ans, sont seulement tressés les cheveux au dessus du front et ceux des extrémités latérales. Cette tresse, la vraie première s’appelle [« tiɣarɣiwen »]. Ce nom est devenu synonyme d’être fillette et une référence pour déterminer l’âge d’une fille

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Dessins Ibrahim

Rasage fillette (à en haut) et garçonnet (en bas)

 

 

 

Chez la jeune femme :

Les tresses les plus recherchées sont :

Tišəkka : Les cheveux sont tressés en deux nattes (une de chaque côté de la tête). L’essentiel des cheveux est tressé  en arrière donnant deux cordes de part et d’autre du cou.

  Ibăndăn :  Ce type de tresses  consiste à tresser les cheveux en deux petites nattes distinctes qui commencent au dessus du front de part et d’autre de crâne chevelu en

tăbanbayt :

ăgola : se dit du filet de tresses assez gros commençant au dessus du front et bourré de sable cuit.

arăt-er : qui signifie littéralement « derrière le cou ».

[« tašəkkot »].  C’est une corde de cheveux tressés prenant naissance au dessus de l’occipital. Elle porte généralement une amulette [« tăkare »] qui doit porter chance à la femme et mettre la « baraka » dans son foyer. Cette amulette peut être encastrée dans de l’aluminium et/ou fourrée dans du cuir par une artisane (forgeronne).

 

A partir de la sécheresse de 1973 et le déplacement massif des populations vers le sud du Mali, le Niger, l’Algérie et la Libye, les Kel Tamasheq se sont appropriés de nouvelles tresses. Il faut noter que celles-ci pas très nombreuses sont utilisées dans les milieux urbains. Il s’agit :

  • de certaines  tresses songhay,
  • de certaines tresses bambaras et (« bambara tur »), mot songhoi qui veut dire « tresses bambaras »,
  • certaines tresses arabes (agofa… )

 

 

 

 

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Jeunes filles de l’école Baye AG Mahaha avec des tresses

« Tišəkkaḍ ». Photo seydou A. Cissé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tresses « ăgola »

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Photo Seydou A. Cissé

 

 

II LES COIFFURES :

Dans la région de Kidal, chez les Kel Tamasheq, les enfants ne portent pas de coiffures avant l’âge de la puberté.

Le turban est la coiffure des hommes. Chacun à une façon personnelle de l’attacher, le plus souvent hérité de son père ou d’un parent proche. En ce sens, il est un élément identitaire fort. Au delà, c’est non seulement un instrument de pudeur, (cache certaines parties de la tête comme le sommet du crâne, la bouche et la barbe) mais aussi un moyen de préserver la tête de certaines intempéries : froid, chaleur, vent de sable. Le turban noir est même un cosmétique et aurait des vertus pour rendre à la peau du visage son unité.

 

La fille au même âge  se voile le sommet de la tête,  la poitrine et les épaules avec un coupon du « tissu guinée ». Ce petit voile est appelé [« ekăršăy »]. Il est porté sur un boubou de couleur bleue ou blanche pour donner un accoutrement à deux tons.

A l’âge adulte la femme met sur la tête un pan de son toungou « tasăɣnəst », cette action s’appelle « aswăr »

 

 

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« Ekăršăy », Coiffure de fillette en tissu « guinée » noir

 

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Jeunes filles avec différentes tresses et « ekăršăy » brodé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Femmes en voiles  « légers » qui se sont répandus à partir des années 1990

 

A 15-16 ans, le garçon adolescent entoure la tête d’un petit morceau du tissu qu’utilisent les adultes comme turban. Il laisse paraître le sommet de son crâne. Cette action se dit « ăkkorrăt » de « korɾət » : « mettre sur le sommet », sous-entendu de la tête. Une extrémité du petit turban reste pendante, laissant la bouche découverte.

Dans la société ancienne, l’homme adulte portait deux turbans : un blanc au dessus d’un noir et deux boubous ; un noir au dessus d’un blanc : « Les Kel Adagh anciens, à l’instar des autres tamacheq, et certains même aujourd’hui se vêtent doublement : un boubou noir au dessus d’un boubou blanc et un turban blanc au dessus d’un turban noir.

Dans la conception populaire, l’un lutterait contre le chaud (blanc) et l’autre contre le froid (noir). On considère que l’organisme humain est fait d’une partie dite froide

([« tisamdhe »])- des pieds au nombril- et d’une partie dite chaude ([« touksé »])- du nombril à la tête »1

 

A partir des années 1970, les deux turbans sont quasiment abandonnés comme les deux boubous au profit d’un seul turban et d’un seul boubou ample.

Le « chach » blanc, en tissu léger et transparent venu de la Libye a vécu une bonne période des années 80 toujours plus joli quand il est trempé dans le bleu « bula ».

Ce type de turban était surtout porté par les jeunes hommes et était véritable objet de parade et de séduction. Pendant cette période, le litham ([« alăššo »]) est surtout porté par les chefs traditionnels et certains marabouts.

Des années 90 à nos jours, le « chach » blanc est porté autant que le turban noir en [« bukar »], tissu Guinée. Il y a aujourd’hui une certaine répartition zonale du turban suivant la couleur :

 

Le noir est plus répandu dans les zones nord et nord-est de la région,  (cercles de Tessalit, Abeïbara,  une partie du cercle de Tinessako et Nord du cercle de Kidal).

Le turban blanc, le turban couleur terre et le turban vert dans le cercle de Kidal, surtout au sud.

Les années 2000, voient un retour de certaines traditions : port plus important du litham et chez les hommes et chez les femmes, port des deux turbans, blanc et noir, surtout lors des manifestations culturelles. L’on peut affirmer que cet élan a été

favorisé par la politique du Mali en matière de culture (organisations de festivals, de semaines artistiques et culturelles, salons et foires). On peut y associer l’exemple que donnent les groupes musicaux de l’Adagh lors de leurs productions en public: Tinariwen, Amanar, Tamikrest, Tartit…,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Ibrahim AG Mohamed : Pratiques divinatoires chez les Kel Adagh : cas des Idjachan ; volume 7 de l’Ouest Sharien, Editions l’Harmattan, décembre 2009

 

 

 

 

Photo : Seydou Abba Cissé, Tanaïnaït, nord du cercle de Kidal

Prédominance du turban noir

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Photo Ibrahim

Forum de Kidal : Ifoghas, Kuntas et alliés

Turbans divers

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III LES PARURES :

Si l’homme peut s’en passer, on ne concède pas dans l’Adagh à une femme de rester sans parures.

De 1960 aux années 80, les parures  chez les femmes ont évolué comme suit :

Chez la jeune fille :

[« Eark-dalen » ]: « le collier bleu » ; fait de perles bleues, moyennes

išəbjan n-timăɣwanen : bracelets formés de petites perles à un ton ou à plusieurs (bleu, rouge, noir). Ils sont petits chez la fillette et la jeune fille, plus gros pour les femmes adultes. Les perles chez les fillettes sont reliées par un fil de synthétique ou de coton. Chez la femme adulte, elles ont pour support un bracelet en cuir.

 [«Ilkəzăn »] : Première forme de bracelets en argent. Ils sont assez gros. Portés aux poignets,  ils sont très visibles à cause de leur grosseur.

[« Imănănaăn »] : bracelets en argent, torsadés. Ils ont ravi la vedette aux « ilkəzăn »

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Bracelets : « imănănaḍăn »

clip_image024[« Ioran »] :

C’est un assemblage de fils de cuir fins,  teintés avec une décoction issue des ferrailles ayant longuement séjourné dans un récipient contenant de l’eau.

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« Tăkarḍe » avec supports en cuir teinté en noir (« iḍoran »)

clip_image028 Photo ibrahim

 

 

 

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clip_image030Photo ibrahim

 

  1. boucles d’oreilles en argent et or
  2. bracelets pour filles
  3. chaine en argent
  4. petits xumăysa en argent et or
  5. bracelets dames

 

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clip_image032Photo Ibrahim

  1. Grand « asăyar » à gauche (parure) et petit « asăyar » pour ouvrir le cadenas traditionnel
  2. « eărk » (collier à prédominance bleue) pour jeune fille
  3. Deux petits « xumăysa »
  4. petits et grands « xumăysa »

 

 

LA CLEF TRADITIONNELLE TAMASHEQ : [« Asăyar »]

1. La plus grande (sur la photo) en plus de l’aspect parure,  pend à l’arrière du voile des femmes pour le maintenir sur le corps. Elle est également utilisée comme arme au besoin. De 1960 à nos jours, on la retrouve sous la même forme, seulement moins pesante que l’originale. Aux abords des années 80, les femmes ont préféré lui substituer un assemblage de clés de cadenas chinois, souvent jusqu’à 50 clés. Cet assemblage autour d’un anneau en métal (« sədəw) » s’appelait « isăyarăn » (les clés)

Elle est maintenant passée dans la maroquinerie, dans la menuiserie métallique et dans la peinture comme objet et/ou motif décoratif. Elle est très rarement utilisée même dans la campagne en ce moment.

La seconde clé est celle du cadenas traditionnel qui se trouve à côté sur la photo

 

LE COLLIER DE PERLES :

Il est généralement fait de perles de couleurs différentes et met en valeur le cou de la femme. La taille,  le nombre et la qualité des perles varient selon l’âge, la classe sociale et/ou économique de l’individu.

2. Le petit collier de perles :

C’est le collier de perles (« eẓărk »). Il est simple : tout en « perles bleues » (« eẓărk-dalen »), ou rouges ou noires. Il peut souvent avoir deux ou trois tons. C’est le collier par excellence de la jeune fille.

A l’origine, le collier des grandes dames est fait avec de grosses perles et présente toujours au centre une perle multicolore et plus grosse et plus longue que toutes les autres (« buzrada »).

Des années 1990 à nos jours, il  a pris de nouvelles formes plus teintes et plus esthétiques ([« ărražəl »] par exemple) et compte très souvent des perles d’argent et d’or.

LE « XUMAYSA » :

Il est fait de cinq morceaux de coquillage en forme de losange. Son nom viendrait de l’arabe (« khamsa »), qui veut dire « cinq » en allusion au nombre de pièces formant cet objet. Selon certains, il joue un rôle important contre les mauvaises langues (« tašoḍt »)

 

  1. Petits xumăysa en argent :

A partir des années 80, le xumăysa traditionnel est de plus en plus remplacé par un plus petit et plus raffiné en argent ou en or, surtout dans les milieux urbains.

  1. Grands xumăysa  en coquillage.

     C’est la forme première du  « xumăysa ». Sa couleur blanche apparaît comme une lueur sur le fond noir du voile. Il met ainsi en valeur le buste de la femme.

Le collier qui permettait jadis de le mettre au cou « tašawt » est devenu aujourd’hui moins grossier et plus simple.

Il faut noter q’aujourd’hui, les femmes qui en ont les moyens portent volontiers une chaîne, des boucles d’oreilles, des bracelets en argent ou en or.

CHEZ L’HOMME :

De 1960 à nos jours, au niveau des campagnes, le petit garçon comme l’adolescent porte souvent une ou deux amulettes encastrées  dans du cuir teint au rouge. Ce sont généralement des talismans sensés protéger ou soigner l’enfant et même temps ressemblent aux parures que porte l’adulte au cou (« išəšlaj ») et qui,  elles peuvent compter souvent une dizaine d’amulettes ou plus.

 « tăkoba » le sabre et « ebărtak » (fouet fait de cuir et de tissu)  en plus de leur rôle d’armes sont aussi des parures à cause de travail artistique et esthétique que représentent leurs ornements.

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Jeune garçon avec  son fouet :

« ebărtăk »

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Gros « enăfăd » (tabatière),  la plus portée des parures

Traditionnelles actuellement

Enăfăd : C’est la tbatière traditionnelle utilisée et par les hommes et par les femmes. Il y en a de toutes les tailles.

 

IV LES COSMETIQUES:

Les produits naturels restent les plus utilisés. Pour maintenir les cheveux en bon état, les femmes utilisent la boule de beurre animal ([« tasəndut »]. Gràce à elle, ils ont un aspect brillant et deviennent moins cassants. Pour le défriser avant de tresser, on utilise le sable cuit « ăkall » dont on saupoudre tous les cheveux, action appelée [« alăhay »]

 

A) Le lavage des cheveux : il se fait avec l’une des 3 herbes :

1 .[« Amădɣos »] : C’est une herbe sauvage vivace dont les feuilles ressemblent à celles de la menthe ordinaire qu’on au Mali. Elle est très collée au sol et contient une matière gluante comme celle du gombo.

  1. [« Aɣărdəlli »] : C’est une plante sauvage qui pousse dans les abords des aires herbacées pouvant atteindre dans les bonnes conditions un mètre de haut. Il contient également une matière gluante.

 

B) Les soins du visage :

Ils sont utilisés en cas de besoin, mais  surtout à la veille des fêtes et des grands événements.

  1. Le [« makăra »] :

C’est un morceau d’une roche de couleur marron. On le frotte contre une petite meule et la femme s’enduit le visage de la poudre qu’on en obtient. Cet enduit lisse, élimine les rides le visage et guérit les boutons.

  1. L’[« ekăwel »]

C’est une matière noirâtre extraite d’un vieux tronc de Merua crassifolia ([« ăjarr »] en tamasheq). Sa poudre est utilisée par les femmes pour s’en enduire le visage afin de guérir les petits boutons occasionnés par la chaleur. C’est aussi un signe que la femme peut être en période de menstruation ou vient d’accoucher.

3. Erăfăynăn :

C’est un mélange de « makăra » et de certaines herbes malaxées. Il soigne le visage et le rend lisse.

4. Tamăkšoyt :

Latérite rouge utilisé chez les Tamasheq pour donner sa couleur à la tente en peaux. Les femmes s’en enduisent le visage pour combattre la chaleur et les petits boutons qu’elle provoque.

C) Beauté et soins des yeux et de la bouche :

1. Les yeux :

Deux produits sont fréquemment utilisés : « taolt » en tamasheq : « Khol » en arabe, antimoine en français. En plus de donner une couleur noir vif aux yeux cils et sourcils, il les soigne.

Aujourd’hui encore certaines femmes utilisent à l’interieur de l’œil et sur les paupières le [« šərki »], colorant rouge utilisé en maroquinerie.

2.La bouche :

a) Les lèvres :

Le fait de mettre une substance sur les lèvres s’appelle en tamasheq [« ebăyănbăy »].

Très généralement, on le fait avec l’antimoine.

b) Les dents et la langue :

Pour la bouche le cure-dents de certaines plantes sont particulièrement utilisés.

Par ordre de préférence, on utilise un bâtonnet de :

[« Tešăɣt »] : nom scientifique : Salvadora Persica, très utilisé au moyen orient et en France, connu chez les arabes sous le nom d’ [« arak »]. Très efficace pour rendre les dents éclatantes.

[« Tadhant »] : Nom scientifique, boscia senegalensis, soigne en plus les dents et la gencive.

[« ăjarr »] : Nom scientifique : merua crassifolia, a les mêmes vertus que le Boscia

La racine de [« tabăkat »] : nom scientifique : Ziziphus mauritiana

Contient une substance moussante au contact de la salive et aurait des vertus à soigner la bouche et à blanchir les dents.

 

A partir des années 1990, on assiste à une utilisation de plus en plus grande dans les centres urbains de Kidal et Tessalit,  des vernis pour ongles sont utilisés ainsi que les shampoing, les rouges à lèvres et crayons.

Dans les centres urbains, les pâtes dentifrices sont de plus en plus utilisées surtout par les jeunes, mais ne ravissent pas encore la vedette aux cure dents traditionnels.

 

Femmes et prévention des conflits sociaux dans l’Adagh

Classé dans : guerre/espoirs — ibrahim ag mohamed @ 15:42

PLAIDOYER DES FEMMES   DU  MALI POUR LA PAIX A  KIDAL

 

Initié par le Mouvement des Femmes pour la Sauvegarde la Paix  et de l’Unité Nationale

 

Communication :

 

Par M. Ibrahim Ag MOHAMED,

Directeur du Centre Régional de la Promotion de l’Artisanat de Kidal

 

 

THEME :

ROLE DE LA FEMME DANS LA PREVENTION, LA GESTION DES

           CONFLITS ET LA CONSOLIDATION DE LA PAIX :

 

1. LA FEMME OCCUPE UNE PLACE DE CHOIX DANS L’HISTOIRE ET LA CULTURE DES KEL TAMASHEQ :

De part sa position dans la famille, le rôle que lui confère la société dans les communautés tamasheq en général et dans l’Adagh en particulier, rien ne peut être au dessus des capacités de la femme, même si cela s’appelle imposer la paix.

 

Les Historiens en s’appuyant sur la Tradition orale des bérbéro-tamasheq mentionnent des noms de femmes qui furent reines.

  • Lakahina, reine selon certains, prophétesse et détentrice de grands pouvoirs magiques selon d’autres,  a résisté avec Kusayla à la pénétration de la culture arabo-islamique dans l’Aurès1 déjà en 647 après JC.
  • Tinhinane, reine dont la tombe a été découverte à Abelessa (Algérie) ancêtre des Kel Tamasheq selon certains historiens.

 

Dans la société traditionnelle Tamasheq en général et dans celle de l’Adagh en particulier, la femme joue un rôle essentiel dans la sauvegarde des valeurs culturelles et sociétales.

La société est matriarcale (système social dans lequel les femmes, notamment les mères  ont un rôle très important à jouer et détiennent le pouvoir).

La femme en langue Tamasheq s’appelle «Tamadt » et aurait donné son nom au lien de sang (« temedt »). Et ce mot veut dire aussi placenta2

La langue nous fournit des illustrations dans ce sens : le mot [« Aïtma »], qui veut dire en tamasheq mes « frères » veut dire littéralement, « les fils de ma mère » [« Aït »], « fils de » en tamasheq ancien. Et [« ma »], « ma mère »

 

 

 

1.       Nord-est Algérien

2.       Paraphrase des propos de M. Ambéyri AG RHISSA

 

 

 

2. LA FEMME DANS LA SOCIETE TRADITIONNELLE EST  LA DEPOSITAIRE

DE LA CULTURE ET/DONC EST GARANTE DE LA PAIX SOCIALE :

 

En effet, l’élément fédérateur de beaucoup d’aspects culturels et artistiques qu’est la tente est la propriété de la femme. C’est sur la femme aussi que repose essentiellement l’éducation des enfants. Les contes, les devinettes sont des canaux qu’elle utilise en permanence pour la formation de l’enfant.

Et si la langue, l’écriture Tifinagh, la tente et d’autres aspects culturels continuent à résister aux assauts extérieurs, c’est parce qu’ils sont plus la chose des femmes (moins mobiles et plus conservatrices) que celle des hommes.

La femme gère toutes les questions relatives au bien être et à l’honneur de la famille. Ainsi, elle est une conseillère très discrète, mais efficace de son mari. C’est à elle que revient principalement la décision de marier ses enfants. Et cette décision va le plus souvent dans le sens de tisser des liens honorables pour la famille. Elle joue également un grand rôle dans  le choix des voisins et l’emplacement de la tente. Ce qui s’avère souvent important dans l’entente et la paix sociale.

La femme est aussi la personne la mieux informée de ce qui se passe au sein du groupe social du fait qu’elle est tout le temps  plus dans le campement qu’ailleurs et est de fait communicatrice permanente, dépositaire de l’Histoire événementielle de son milieu.

3. FEMME ET PREVENTION DES CONFLITS :

Dans la société traditionnelle Kel Adagh, la femme est au premier rang des garants des conventions sociales (non écrites mais bien intériorisées dans le subconscient individuel et collectif) qui assurent la sociabilité de l’individu et du groupe. De la longue liste de ces conventions, on peut citer entre autres :

[« L'ACHCHEK » ]:

Ce mot en tamacheq veut dire étymologiquement « doute ». Il désigne chez les Kel Adagh une disposition morale, une loi tacite intériorisée par l’individu et le groupe social et qui lui permet une certaine autocritique et autocensure lorsqu’il est sur le point de commettre ou quand il commet un acte répréhensible du point de vue social ou moral.

[« TAHANINT »] : qui veut dire littéralement « la pitié »

Disposition d’un être humain à avoir pitié de son proche quand il se trouve dans certaines situations : dénuement matériel, maladie physique ou mentale, statut d’étranger…Ce mot est enseigné aux enfants dès leur bas âge par la mère à travers des actes concrets. Lorsqu’ils séquestrent un criquet, un oiseau, ou un autre animal, on leur reproche leur manque de pitié en ajoutant souvent « qu’ils ont le cœur noir », expression populaire synonyme du manque de pitié.

La pitié chez les Kel Adagh est d’abord l’apanage des femmes et particulièrement de la mère,  dit-on,  comme le révèle la réponse à une devinette du milieu:[ « ihanan war ha mak, war tan ha tahanint »]. Ce qui veut dire littéralement : « la pitié n’habite pas le campement où n’habite pas ta mère. » L’on entend très souvent dire qu’il est mieux de mettre au monde des filles que des garçons, car « quand vous serez impotent, elles  auront pitié  et s’occuperont de vous ». C’est cette prédisposition naturelle qui pousse les femmes à cacher aux hommes leurs armes lorsqu’ils sont au bord d’un conflit.

LA [« TAMANCHEQT »] : Ce vocable désigne l’attitude qu’on doit observer vis-à-vis de toute personne respectable : personne plus âgée que soi, les femmes en général, les étrangers, toutes personnes qui ne nous sont pas familières.

[« Tamancheqt-in »] ; [« ma tamancheqt »], désigne pour celui qui parle,  toute personne respectable et toute autre qu’il ne connaît pas d’abord.

 

4. LES MECANISMES UTILISES PAR LES FEMMES POUR FAIRE

RESPECTER LES CONVENTIONS DANS LA SOCIETE TRADITIONNELLE :

A titre indicatif, nous mentionnerons ici seulement deux :

La Poésie[« Tisiway »]

Qu’elle soit dite ou chantée, à travers elle, les femmes magnifient l’Etre social idéal, les bienfaits des individus et fustigent les actes qui remettent en cause ou violent les conventions et principes sociaux.

[« Imgharan »] :

Ce mot en Tamasheq veut dire « les vieux », c’est-à-dire les anciens. Il désigne une demande généralement adressée verbalement à un individu pour qu’il pose un acte souhaité, ou qu’il abandonne un acte répréhensible qu’il veut poser ou,  est entrain de poser. S’il refuse, on considère qu’il a offensé tous les anciens de la communauté et les femmes préparent des mets qu’il doit manger à l’excès. Souvent, on lui en met sur le visage et le reste du corps.

 

Il est donc aisé de voir que la femme en milieu traditionnel Tamasheq est à l’avant-garde des crises sociales qui peuvent dégénérer en conflits et prône de par son rôle et les actes qu’elle pose,  la non violence.

Puisque aujourd’hui, les conflits revêtent des formes nouvelles, il faut  renforcer et adapter ces mécanismes traditionnels.

Il est donc certain que le renforcement de valeurs culturelles et sociales (mentionnées plus haut) chez la femme peut l’aider aujourd’hui à jouer efficacement son rôle de prévention des conflits. A long terme, les résultats peuvent être plus probants si on accroissait la scolarisation des filles et l’alphabétisation des femmes.

 

Quelles stratégies mettre en place pour la prévention des conflits aujourd’hui ?

Les femmes doivent être les premières artisanes et actrices de la paix à part entière.

Il faut entre autres, que les organisations (associations et groupements) des femmes de Kidal soient formés sur les Droits Humains et fortement informées sur les conflits : les facteurs qui peuvent engendrer un conflit, les situations apparemment ordinaires qui peuvent dégénérer en conflit, les conséquences des conflits.

Elles doivent être capables d’identifier les crises sociales naissantes et impliquer les acteurs qui peuvent aider à leur apaisement.

Ainsi, elles pourront alerter de façon précoce les personnalités et organisations qui peuvent intervenir dans la prévention des conflits : leaders d’opinion, chefs traditionnels, mécanismes juridictionnels et non juridictionnels de la garantie des Droits Humains (Justice de paix à compétence étendue, tribunaux, nationaux, sous-régionaux et internationaux ; Ligues et Associations de Protection des Droits Humains)

 

 

 

 

 

 

 

5. FEMME ET MEDIATION LORS DES CONFLITS :

 Comment expliquer que les femmes de la région de Kidal soient moins visibles dans le règlement des conflits ?

a)    Les raisons culturelles et sociales :

Dans la société de l’Adagh, les femmes jouent plus un rôle de prévention que de gestion de conflit une fois qu’il est déclenché. Le terrain de guerre « appartient aux hommes ». Il est rare même en temps de paix de voir une femme ou des femmes discuter publiquement avec des hommes de quelques questions que ce soit. Cette « suprématie » du sexe masculin pour certaines questions « éprouvantes et dures pour la femme » (dans la conception populaire)  n’encouragent pas les femmes à devenir négociatrices ou médiatrices dans les conflits.

b) Les femmes leaders d’opinion ne sont pas sensibilisées aux dangers de la guerre pour l’individu, le clan social, la région et le pays. Elles sont un champ plus ou moins favorable aux opinions qui privilégient la guerre, car elles ne sont pas sensibilisées dans le sens contraire.

c) Les taux d’illettrisme et d’analphabétisme sont très élevés chez les femmes. Elles sont politiquement mal organisées et les pouvoirs,  politique et militaire ne leur font pas de place dans les processus de paix (médiation, réinsertion et actions de consolidation de la paix)

L’aggravation, la continuation ou la cessation d’un conflit peut dépendre en grande partie des femmes. Il est difficile en milieu tamasheq qu’elles s’interposent dans un conflit et qu’il continue.    En effet, les Kel tamasheq de l’Adagh tiennent beaucoup compte de la présence des femmes et des enfants au moment des conflits. Mais aujourd’hui, force est de constater que les hommes, plus portés vers la guerre que les femmes,  ont tendance à infléchir la position de celles-ci.

Lors des guerres intestines il est malheureux de constater qu’au lieu d’utiliser la poésie pour calmer les ardeurs des différents camps, les femmes incitent les hommes à se battre.

Le fait que les femmes abandonnent les villes et villages encourage les hommes à faire la guerre de façon moins réservée que si elles étaient sur place. Et pourtant, les femmes sont aussi des perdantes lors de ces conflits. Il est vrai que  les guerres survenues au Mali,  ont jusqu’ici épargné au maximum la vie des femmes, mais elles y ont perdu des enfants, des frères, des maris et des économies qu’il est difficile de reconstituer. Elles ont souvent vendu jusqu’à leurs boucles d’oreilles pour quitter les lieux .Et les biens lourds qu’elles laissent derrière elles sont volés ou dans le meilleur des cas, dégradés.      La guerre apparaît donc comme un facteur important de paupérisation des femmes et partant, de la société dans un milieu déjà pauvre.

Il faut donc pour aider à instaurer une paix durable que les femmes jouent en plus de la prévention, les rôles de :

  • Le Rôle de médiatrices ou négociatrices :

Nous pensons que les femmes ont plus de chance que les hommes de réussir, lorsqu’elles acceptent d’être médiatrices.

Mener une négociation ou une médiation, c’est proposer faciliter un accord entre des individus, des groupes sociaux en situation de conflit. Ce travail doit commencer et continuer sans relâche dès lors qu’un conflit mal prévenu est déclenché. Cette action exige une prise de contact avec les parties en conflit, un recensement des causes du conflit, la mise en place de stratégies, le rapprochement des points de vue,  l’aboutissement à une décrispation et la préparation d’un accord.

 

  • Le rôle de réconciliatrices :

Réconcilier, c’est faire revenir la confiance et l’entente entre des personnes ou des groupes de personnes fâchés à la suite d’une querelle ou d’un conflit armé. Cela ne saurait se faire non plus sans une bonne connaissance des vraies causes du conflit. Cette action passe nécessairement par l’organisation de rencontres entre les personnes ou les groupes en conflit, et plusieurs séances de communication pour les rendre réceptifs au pardon, à l’oubli volontaire des désagréments qu’ils se sont mutuellement causés et au changement de comportement dans le sens de faire la paix et l’imposer.

 

 6. FEMME ET CONSOLIDATION DE LA PAIX :

Dans la société traditionnelle, le conflit et l’après conflit, comme la paix s’accompagnent d’offrandes généralement faites par les femmes de façon permanente [ « Almaghroufan »] pour préserver la famille et le clan.

La fin des conflits s’accompagne très souvent de retrouvailles autour du [« tendé »] 3 ou d’autres festivités dont les femmes sont les actrices principales. Tout cela a une certaine importance dans l’adoucissement des mœurs, mais il ne suffit pas pour une très bonne consolidation de la paix.

L’on retiendra que les femmes de Kidal ne jouent pas encore le rôle qui est le leur dans le règlement des conflits. Ou disons qu’elles mises à contribution très en deçà de leurs capacités.

__________________________________________________________________________________3.Tam-tam traditionnel des grands jours autour duquel paradent les chameliers

 

 

 

Que peuvent entreprendre les femmes de Kidal pour

                              consolider la paix ?

 

a)     De façon individuelle, imposer chacune la paix dans sa famille ;

b)     Œuvrer à renforcer la cohésion sociale et la paix entre les différentes fractions de la région de Kidal.

c)     s’affilier aux organisations nationales et internationales oeuvrant pour la consolidation de la paix afin de coordonner les actions de groupes sociaux féminins favorables à la paix ;

d)     S’imposer des objectifs de paix et des échéances pour leur exécution ;

e)     S’impliquer Fortement dans le programme du PECASED, en cours pour la lutte contre la prolifération des armes légères ;

f)       Faire un Plaidoyer auprès des autorités locales, régionales et centrales pour une plus grande participation des femmes de Kidal aux programmes de réinsertion et de consolidation de la paix

 

 

 

 

 

 

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