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7 octobre, 2010

Mécanismes de gestion des Problèmes sociaux dans les traditions des Touaregs Kel Adagh (MALI)

Classé dans : culture — ibrahim ag mohamed @ 15:42

Mécanismes de gestion des Problèmes sociaux dans les traditions des Touaregs Kel Adagh (MALI)
Ibrahim Ag Mohamed

L’oeil exterieur non averti en contact avec la société des Kel Adagh peut être amené à faire de l’amalgame entre les actes que pose cette société et le Droit arabe qui il est vrai y est aussi Présent, mais n’est pas la base de prévention des problèmes sociaux. Cette société malgré son caractère inégalitaire possède sa propre »CHARTE TACITE » grâce à laquelle elle prévient bon nombre de conflits.

Chez les Kel Tamacheq quand bien même il existe une écriture (le Tifinagh), la plupart des conventions sociales ne sont pas écrites. Pendant des siècles, pourtant, elles ont entièrement régi et continuent à régir les comportements des individus et des différents groupes sociaux.
Certains comportements sont unanimement recherchés, car ils sont le gage de la sociabilité de l’individu.
I ["L'ACHCHEK"] :
Ce mot en tamacheq veut dire étymologiquement « doute ». Ce concept désigne chez les Kel Adagh une disposition morale, une loi tacite intériorisée par l’individu et le groupe social et qui lui permet une certaine autocritique et autocensure lorsqu’il commet un acte répréhensible du point de vue social ou moral.
Malgré le caractère inégalitaire de la société Kel Adagh, l’ensemble de ces dispositions témoigne d’un certain souci de justice et d’altruisme.
L’ALTRUISME:
« Awil iman-s iyyad ». Littéralement, cela veut dire: « Vois toute âme comme une autre ». Ce qui donne littérairement : « Pense à toi avant d’agir à l’égard de l’autre »
["L'ACHCHEK"] a pour socle la ["Takrakedt"], littéralement, « la honte » qui peut se définir comme « la peur de la honte ». En effet, dans les actes de tous les jours, les Kel Adagh en particulier et les Tamacheq en général ont une peur bleue de ce qui peut faire honte. Ainsi l’une des bénédictions les plus fréquentes dans le milieu est :  » War hanagh askarakad yallah » ; « qu’Allah ne nous fasse pas honte. » Par contre, la plus grande imprécation est : « Askarakad kayy yallah » : « Que Dieu te fasse honte »
Cette réalité se traduit par la crainte extrême et l’intolérance de l’humiliation. En effet il est préférable dans les cas extrêmes de « tuer un habitant de l’Adagh sans l’humilier. On ne tolérera jamais sa mort s’il a été humilié avant. »*
La peur de la honte est réelle tant pour les actes universellement répréhensibles comme voler, violer, montrer sa nudité, que pour certains actes apparemment normaux, mais que craignent les Kel Tamacheq : ouvrir la bouche en public, parler et manger devant ses beaux parents ; se découvrir la tête devant des gens qu’on respecte (["Tamancheqt"] ou en public
II La ["Tamancheqt"] : Ce vocable désigne toute personne respectable : personne plus âgée que soi, les femmes en général, les étrangers, toutes personnes qui ne nous sont pas familières. Toute famille ayant des jeunes filles ou jeunes garçons est potentiellement la belle famille de chacun. Une famille devient plus respectable aux yeux des jeunes garçons quand il y a des filles. Elle le devient pour les jeunes filles quand il y a des jeunes garçons.
Pour cela, les vieilles personnes de celle-ci sont d’office très respectées.
["Tamancheqt-in"] ; « ma tamancheqt », désigne pour celui qui parle toute personne respectable et toute autre qu’il ne connaît pas d’abord.
["Ahnimmi"] synonyme de ["akroukad"]:
C’est avoir de l’égard et du respect pour l’autre. ["Ahnimmi"] est plus fort que ["akroukad"] qui veut dire littéralement « avoir honte de quelqu’un ». ["Tassadja"] littéralement le « côté ». (Y aurai t il un lien entre ce mot et le fait d’approcher l’individu ou le groupe de profil -côté-) ? est le nom donné à la « timidité ».
["Immouchagh"] :
C’est le caractère d’une personne qui a l’ ["Achchek"]. ["Im"]: démonstratif, équivalent à « celui ».Et, ["chagh"], déformation probable du mot ["achchek"]. Donc, un ["amachegh"] est une personne qui a ["l'achchek"]. ["Imouchagh"] ou ["Kel Tamacheqt"] ou ["Imouhagh"] ont pour caractéristique essentielle ["l'Achchek"]
On dit d’une personne qui pose des actes répréhensibles : ["idjar-in takrakedt-inet"] qui veut dire littéralement : « il a jeté sa honte », c’est-à-dire que l’individu dont il s’agit est amoral, dénué de conscience.
III ["Tahanint"] : qui veut dire littéralement « la pitié »
Disposition d’un être humain à avoir pitié de son proche quand il se trouve dans certaines situations : dénuement matériel, maladie physique ou mentale, statut d’étranger…Ce mot est enseigné aux enfants dès leur bas âge. Lorsqu’ils séquestrent un criquet, un oiseau, ou un autre animal, les parents leur reprochent leur manque de pitié en ajoutant souvent « qu’ils ont le cœur noir », expression populaire synonyme du manque de pitié.
La pitié chez les Kel Adagh est d’abord l’apanage des femmes et particulièrement de la mère dit-on, comme le révèle la réponse à une devinette du milieu: [ "ihanan war ha mak, war tan ha tahanint"]. Ce qu veut dire : « la pitié n’habite pas le campement où n’habite pas ta mère. » L’on entend très souvent dire qu’il est mieux de mettre au monde des filles que des garçons, car quand on devien impotent, elles « auront pitié et s’occuperont de nous ». « Avoir pitié » (ou avoir le « cœur blanc ») est une qualité humaine très recherchée et se manifeste chez l’individu par :
-La promptitude au larmoiement en cas de tristesse ou de joie extrême ;
- la durée que met l’animal avant de mourir quand cet individu l’égorge ;
-L’absence de sang noir coagulé dans le cœur de l’animal qu’il a égorgé
C’est cette prédisposition naturelle qui pousse les femmes à cacher aux hommes leurs armes lorsqu’ils sont au bord d’un conflit.
IV talaqt :
C’est le caractère d’une personne éloquente et communicative dans tous les actes qu’elle pose. Cette prédisposition est liée par les Kel Adagh au degré d’acceptation de l’individu par ses camarades du même groupe d’âge, mais de sexe opposé. On dit d’une femme qu n’est pas éloquente qu’elle n’est pas aimée des hommes et d’un homme du même caractère qu’il n’est pas aimé des femmes.
La talaqt d’un individu peut se mesurer et dans le langage et dans les autres actes.
Pour excuser une personne et couper court à un conflit naissant, on dit d’elle « war itillagh » ; il n’est pas doué de ["talaqt"]
Même aux enfants, on parle de ["talaqt"]
Le contraire de ["Talaqt"] est [" Ibbiyyou"], caractère de celui qui fait tout de travers. Celui qui a ce comportement s’appelle ["anabbayyou"] et est très mal côté au sein du groupe social.
V Les actes répréhensibles ou ["Tighawelen"]:
Ce sont les actes très bannis, ou délits. Les principaux sont :
["Iman"] : Ce mot veut dire littéralement âme. Par extension, fait d’ôter la vie.
Il désigne l’homicide involontaire et l’homicide volontaire. Celui qui commet l’homicide en milieu de l’Adagh paie ce qu’on appelle »achni » qui veut dire »le sang ». Il faut entendre « le prix du sang ».
["Aladad"]
C’est le fait de traire ou téter illicitement le lait d’un animal qui ne nous appartient pas. Par extrapolation, il est comme devenu illicite des traire des animaux au pâturage même s’ils nous appartenaient.
Cet acte devient encore plus répréhensible s’il s’agit des animaux des forgerons comme le dit la chanson populaire invitant les jeunes hommes à la lutte : ["Medden balanat, war tamdjadadam. Wa idjadadan, inta a eldadan ulli n-inhadan"]. Ce qui peut se traduire par : « Hommes luttez. Le peureux, c’est celui qui a tété les chèvres des forgerons ! »
["Tikra"] : Le vol dont la forme la plus grave dans le milieu traditionnel est celui des animaux. Celui des domiciles était très peu connu.
["Alghar"] :
C’est le fait de refuser de servir son prochain alors qu’on a la possibilité de le faire. Pour réfuter un fait vu comme impossible, la langue retient les expressions : ["alghar yad"] ou ["alghar n-tilyaden"], qui veut dire refus de servir les femmes. Par comparaison, l’acte qu’on veut faire faire ou qu’on lui colle, il le compare au refus de servir les femmes.
["Asakal"] : le viol
Cet acte est vu comme anormal, posé par un individu anormal. ["Emeskel"] ; de « em » : « celui » et « iskil » : « violer », désigne le violeur et par extension, un dégénéré.
VI Applications sociales des principes :
Protection et assistance aux plus faibles :
Les femmes, les enfants et les vieillards sont reconnus comme faibles du point de vue de la constitution physique et souvent pas actifs dans des situations qui nécessitent la force. Ils ne sont pas non plus présents dans des situations auxquelles la société ne les autorise pas. Les hommes (adolescents et adultes) les assistent en situation de guerre, d’inondation, de feux de brousse, de voyage…
Les Forgerons :
Les forgerons sont connus pour être des gens pacifiques ne faisant rien en dehors de leur travail d’artisans. Autant ils se replient sur eux-mêmes (endogamie), autant ils évitent toute confrontation physique ou morale avec les autres.
La société traditionnelle Kel Adagh accorde certains privilèges aux forgerons (["Inhadhan"] :
On doit :
•leur prêter une assistance matérielle et policière permanente
•Leur prêter ou leur donner des animaux à traire pour se nourrir ;
• Leur donner des rations alimentaires sèches ;
• Les protéger contre les toutes atteintes à leur personne physique ou morale.
La ["Tadhouwla "]:
C’est la relation spécifique qui existe entre un individu et sa bru ou son gendre ou entre une bru, un gendre et le père ou la mère de son conjoint. Cette relation doit être emprunte de respect profond en toute circonstance. Pour éviter qu’elles se fassent une mauvaise opinion de soi, on évite jusqu’à manger ou boire en présence de ces personnes, à plus forte raison poser d’autres actes connus publiquement comme répréhensibles.
On dit de cette relation
["war tihini"] ; qui peut se traduire littéralement par : « elle ne déménage pas » ; c’est-à-dire que la relation demeure même après des années de divorce d’avec son conjoint ou sa conjointe.
["Tiliwsa"], désigne le lien spécifique qu’on a avec les frères et sœurs de son conjoint ou de sa conjointe. A ces personnes, on voue un certain respect, quand même moindre par rapport à celui voué aux parents ascendants.
VII LES GARANTIES DE L’APPLICATION DES PRINCIPES :
["Tisiway"] : La Poésie
Qu’elle soit dite ou chantée, à travers elle, les femmes et les hommes magnifient l’Etre social idéal, les bienfaits des individus et fustigent les actes qui remettent en cause ou violent les conventions et principes sociaux.
["Imgharan"] :
Ce mot en Tamasheq veut dire « les vieux », c’est-à-dire les anciens. Il désigne une demande généralement adressée verbalement à un individu pour qu’il pose un acte souhaité, ou qu’il abandonne un acte répréhensible qu’il veut poser ou, est entrain de poser. S’il refuse, on considère qu’il a offensé tous les anciens de la communauté et les femmes préparent des mets qu’il doit manger à l’excès (une forme d’humiliation de l’individu) Souvent, on lui en met sur le visage et sur le reste du corps.
["Laghtiya"]
C’est une amende infligée à un individu à la suite d’un comportement maladroit ou injurieux vis-à-vis de son prochain. Elle est prononcée par ceux de sa classe d’âge ou par des personnes plus âgées. Celui qui en fait l’objet doit payer du thé, du sucre, du tabac ou inviter le groupe à partager un méchoui…
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